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Économie |

L'Iran et ses intermédiaires sabotent le secteur agricole irakien

Faris al-Omran

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Des agriculteurs de la province de Kerbala rassemblent leur récolte de blé pour la vendre aux entrepôts de céréales du gouvernement en mai 2019. [Photo fournie par le ministère irakien de l'Agriculture]

Le régime iranien et ses agents mènent une guerre économique en Irak, en particulier dans le secteur de l'agriculture, expliquent des agriculteurs et des spécialistes de la sécurité irakiens.

L'un des aspects de ce sabotage économique concerne l'afflux de produits agricoles iraniens en Irak, malgré les sanctions américaines imposées à l'Iran en août 2018 et l'engagement de l'Irak a maintenir ces sanctions pour protéger ses propres intérêts.

Les agriculteurs et les chefs d'entreprises de l'agroalimentaire se plaignent du fait que les récoltes iraniennes inondent les marchés locaux, notamment les légumes, alors même que le ministère de l'Agriculture irakien a interdit les importations agricoles iraniennes.

« Nous sommes face à un complot, dans la mesure où certaines parties influentes [qui ont des liens avec l'Iran] ne souhaitent pas que le secteur agricole irakien fleurisse, et souhaitent plutôt désavantager les agriculteurs irakiens en général », a expliqué à Diyaruna un agriculteur de Bagdad qui a demandé à conserver l'anonymat.

« Nous investissons beaucoup d'argent et d'efforts dans la plantation de nos récoltes, et au final les récoltes iraniennes inondent nos marchés, nous enlèvent notre moyen de subsistance et ne nous laissent que nos yeux pour pleurer », a-t-il poursuivi.

Les produits agricoles irakiens de bonne qualité ne peuvent rivaliser avec les prix plus bas des fruits et légumes iraniens.

« Nous devons en général vendre nos produits à prix coûtant afin d'éviter les pertes », a expliqué Abou Hassan, un autre agriculteur de Bagdad.

« Malgré nos pertes, nous ne pouvons rivaliser avec les prix des productions iraniennes, qui sont pour l'essentiel de mauvaise qualité, mais les bas prix sont très demandés », a-t-il ajouté à Diyaruna.

Une coïncidence suspecte

Le fait que les marchés irakiens soient inondés de produits iraniens, couplé à une épidémie dans les cultures en Irak fait penser à certains qu'il ne s'agit pas d'une simple coïncidence.

Ainsi, en début d'année, une épidémie d'origine inconnue a frappé des milliers de dounams de champs de tomates dans la province de Bassorah.

« Pendant la récolte des tomates,les agriculteurs irakiens souffrent chaque année de lourdes pertes à cause de l'offre en fruits et légumes iraniens, en particulier de tomates, dont le goût et la couleur n'ont rien à voir avec les tomates irakiennes », a expliqué l'agriculteur Jassem Hussein à Al-Khaleej Online.

« Le fait d'inonder le marché irakien de fruits et de légumes pendant la saison des récoltes est une politique qui vise à affaiblir l'économie irakienne et à détruire l'agriculture de ce pays », a-t-il poursuivi.

Les champs de blé et d'orge sont également affectés.

Ils accusent non seulement « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) pour avoir provoqué des incendies qui ont détruit plus de 16 000 hectares de terres de cultures céréalières, mais aussi les milices appuyées par l'Iran dont le but est de veiller à ce que « l'Irak reste un pays importateur de produits alimentaires, en particulier iraniens, et qu'il ne parvienne jamais à la sécurité alimentaire », a expliqué l'expert en stratégie Alaa al-Nashou.

Ces incendies ont ruiné les espoirs irakiens de voir la production locale passer à 4,5 millions de tonnes, soit le double de la production annuelle des précédentes récoltes, grâce aux abondantes précipitations de l'hiver dernier.

« [Les milices] iraniennes sont impliquées dans toutes les crises qui ont frappé l'Irak, et il existe des preuves de cette culpabilité dans les cas d'incendies criminels, d'empoisonnement de rivières et de propagation de pandémies agricoles », a expliqué al-Nashou.

Protection des intérêts nationaux irakiens

Le rôle de l'Iran dans la destruction de l'économie irakienne est clair, a déclaré Ghazi Faisal Hussein, conseiller au Centre irakien d'études stratégiques.

« La stratégie iranienne est basée sur l'épuisement des ressources d'autres nations et la mainmise sur leurs productions économiques, débouchant en fin de compte sur une hégémonie et une ingérence dans les processus de décisionnels », a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

Au travers de cette stratégie, l'Iran a réussi à « saper les plans et les programmes nationaux [irakiens] de développement, de reconstruction et de remise en état de l'agriculture, entraînant des difficultés pour les agriculteurs et les éleveurs, ainsi que des effets néfastes sur le secteur agricole et alimentaire dans tout le pays », a-t-il précisé.

La dépendance de l'Irak envers les seules importations alimentaires iraniennes a augmenté de 6 milliards de dollars par an, a-t-il ajouté.

« L'effet de cette stratégie a impacté tous les secteurs de l'économie [irakienne], pas seulement l'agriculture », a-t-il précisé.

« L'Iran utilise tous les moyens possibles pour entrer sur le marché irakien afin de contourner les sanctions économiques qui pèsent sur son économie », a expliqué l'économiste Basem Jamil Antoine.

Cela ressort clairement du volume croissant des échanges entre les deux pays, qui atteint plus de 13 milliards de dollars depuis l'année dernière.

« Nous devons prendre en compte nos intérêts nationaux et protéger notre production agricole en interdisant les importations aléatoires et en imposant des tarifs douaniers élevés sur les marchandises qui entrent dans notre pays », a-t-il conclu.

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