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Un retrait militaire des États-Unis serait mauvais pour l'Irak, affirment des analystes

Faris Omran

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Un conseiller militaire de la coalition internationale donne une conférence sur les règles d'engagement des soldats irakiens du commandement des opérations à Bagdad, le 4 mars 2018. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Les spécialistes de la sécurité et les officiels irakiens que Diyaruna a rencontrés ont mis en garde que les projets de loi appelant au retrait des troupes étrangères d'Irak pourraient avoir des conséquences négatives pour la sécurité du pays et de la région.

Deux blocs parlementaires pro-iraniens ont présenté des projets de loi appelant au retrait des troupes étrangères, chacun définissant un calendrier pour ce retrait.

Cette législation concernerait environ 5 200 soldats américains stationnés en Irak en vertu d'un accord passé avec le gouvernement irakien pour conseiller, assister et soutenir les forces irakiennes dans leur lutte contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

S'ils sont approuvés par le parlement irakien, ces projets de loi permettraient d'affaiblir l'Irak, de l'isoler de la communauté internationale et de renforcer l'influence iranienne dans la région, ont expliqué ces spécialistes de la sécurité.

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Des soldats irakiens et des conseillers de la coalition internationale conduisent un exercice militaire à balles réelles dans le camp de Basmaya, au sud de Bagdad, le 19 juin 2015. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Ce projet de législation a créé une « profonde division » entre les forces politiques irakiennes qui appuient cette mesure et celles qui la rejettent, a expliqué à Diyaruna Essam al-Faily, professeur de science politique à l'Université al-Mustansiriya.

« Un troisième camp estime que ce retrait des troupes étrangères ne devrait pas s'appliquer qu'aux seules forces de la coalition internationale, mais également aux conseillers, troupes et personnels iraniens, présents en grands nombres en Irak », a-t-il ajouté.

Opposition aux projets de loi

Al-Faily a expliqué faire partie des opposants à ce projet de loi parce que « les soldats de la coalition ne sont pas des forces de combat au sens strict du terme, mais plutôt des formateurs et des experts stationnés sur des bases militaires et affectés à des missions spécifiques ».

Ces missions sont liées à « l'entraînement de nos soldats et l'amélioration de leur aptitude au combat, ainsi que l'aide dans la coordination des renseignements et le ciblage aérien des cellules terroristes, qui constituent encore une menace », a-t-il ajouté.

Dans un centre de contrôle situé non loin de l'aéroport international de Bagdad, des experts militaires internationaux travaillent avec des experts irakiens à traquer les derniers éléments de l'EIIS et à faire échouer leurs activités, a-t-il poursuivi.

« Nous avons grandement besoin de la coalition, et des États-Unis en particulier, qui nous ont fourni pour 4,5 milliards de dollars d'appareils sophistiqués, en plus d'environ 185 chars Abrams, ainsi que du matériel technique », a poursuivi al-Faily.

« Nous avons besoin des experts de la coalition pour entretenir et mettre à niveau ce matériel », a-t-il ajouté.

Al-Faily a souligné qu'une décision de retrait des troupes étrangères aurait d'autres conséquences, notant que « ces forces pourraient ne pas revenir pour nous appuyer militairement si notre sécurité était une nouvelle fois menacée ».

Les conséquences ne se limitent pas qu'à des préoccupations sécuritaires, a-t-il précisé, car « le soutien international pour la reconstruction de notre pays et l'atténuation des conséquences de la guerre pourraient également en être affectés ».

L'Iran souhaite combler le vide sécuritaire après le départ de la coalition pour consolider sa présence et son influence en Irak « afin de contourner les pressions politiques et économiques exercées sur lui par la communauté internationale », a-t-il poursuivi.

Mais son influence ne fera qu'attiser les conflits dans la région « et placera l'Irak dans l'œil du cyclone », a-t-il ajouté, soulignant que « toutes les forces politiques doivent bien comprendre la gravité de ces conséquences avant de prendre une quelconque décision en soutien à ce retrait ».

Pressions externes de l'Iran

L'Iran exerce des pressions sur l'Irak par le biais de ses alliés au sein du bloc parlementaire de la Coalition Binaa pour contraindre les forces parlementaires opposées à ces projets de loi à les accepter, a expliqué à Diyaruna l'analyste militaire et en stratégie Rabie al-Jawary.

Ces projets de loi « ne vont pas du tout dans le sens des intérêts irakiens », mais servent plutôt les desseins du régime iranien, qui cherche à rendre l'Irak dépendant de l'Iran et à l'isoler du reste du monde, a-t-il précisé.

« Ce retrait sert la stratégie iranienne visant à contrôler l'Irak et à s'étendre vers la Syrie et le Liban pour atteindre en fin de compte la Méditerranée, ainsi que les États du Golfe et le Yémen », a-t-il expliqué.

« Les Irakiens sont désormais bien conscients des ambitions réelles de l'Iran, et les manifestations populaires qui ont éclaté l'année dernière dans la province de Basra et l'incendie du consulat d'Iran en sont la preuve manifeste », a ajouté al-Jawary.

« Aujourd'hui, le peuple irakien ne souhaite pas que les responsables politiques se préoccupent du retrait des forces étrangères, mais plutôt qu'ils se concentrent sur les problèmes que connaît le pays depuis des années », a-t-il poursuivi.

Ce sont notamment la dégradation des services et la corruption généralisée qui ont érodé sa richesse et permis aux terroristes de s'implanter dans le pays, a-t-il expliqué.

« Un risque grave » pour la sécurité

Prendre des mesures pour exiger que les pays de la coalition internationale retirent leurs conseillers d'Irak porte en soi « un risque grave », a expliqué à Diyaruna Mahmoud al-Jubouri, membre de la commission pour la sécurité du conseil provincial de Ninive.

Il a expliqué avoir été personnellement témoin de nombres des opérations militaires contre l'EIIS, soulignant que beaucoup avaient réussi grâce au soutien de la coalition internationale.

Il s'agissait notamment d'opérations visant à éliminer les derniers éléments de l'EIIS dans les îles du Tigre près de Mossoul, a-t-il précisé, où « nos soldats avaient tenté plus d'une fois de lancer des opérations mais en vain, jusqu'à ce que les appareils de la coalition décident du sort de la bataille ».

Ces zones sont aujourd'hui « libres de toute activité terroriste et sûres », a-t-il conclu.

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