http://diyaruna.com/fr/articles/cnmi_di/features/2019/02/21/feature-01

×
×

Politique |

La Russie fait appel à des mercenaires pour atteindre ses objectifs en Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

Se connecter via Twitter Se connecter via Facebook

Des membres du Wagner Group, une société militaire privée russe qui emploie des ressortissants russes en tant que mercenaires, posent pour une photo en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

La Russie fait appel à des mercenaires pour protéger ses intérêts en Syrie et pour garantir son accès aux richesses en pétrole et en gaz du pays, ont expliqué des spécialistes à Diyaruna.

Parmi eux, le Wagner Group, qui a combattu en Syrie, selon certains gouvernements étrangers et des articles parus dans les médias occidentaux et russes indépendants, a rapporté l'AFP.

Ce groupe avait attiré l'attention en février 2018, lorsque la mort de quelques 200 de ses membres en Syrie avait mis en lumière cette mystérieuse armée privée.

Deux employés du Wagner Group posent avec un soldat syrien près de la ville syrienne de Palmyre. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux] 

Un employé du Wagner Group près d'un champ de pétrole en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

À l'époque, les Forces démocratiques syriennes (FDS) présentes à Deir Ezzor avaient été attaquées par les forces fidèles au régime, et de lourdes frappes aériennes américaines et des tirs d'artillerie avaient permis de repousser cet assaut.

Après des jours de silence, Moscou avait reconnu que cinq ressortissants russes avaient été tués et « des dizaines » d'autres blessés dans cette attaque, bien que plusieurs médias eurent affirmé que le nombre de Russes tués était bien supérieur.

Selon le communiqué de Moscou, tous les ressortissants russes tués se trouvaient en Syrie « de leur propre initiative ».

Le ministère russe de la Défense avait insisté sur le fait qu'aucun soldat d'active ne se trouvait dans cette province orientale, bien que de nombreux rapports eurent confirmé le fait que de nombreux ressortissants russes combattaient en Syrie en qualité de mercenaires travaillant pour le Wagner Group.

Un groupe russe indépendant de blogueurs d'investigation, connu sous le nom de « Conflict Intelligence Team », a établi l'identité de plusieurs dizaines des combattants tués, dont tous étaient selon lui, membres du Wagner Group.

Une couverture pour l'intervention russe

La première apparition de mercenaires russes en Syrie remonte à 2013, lorsqu'ils arrivèrent pour servir les intérêts de la Russie et empêcher la chute du régime syrien, a expliqué à Diyaruna l'expert militaire Wael Abdoul-Mouttalib.

En 2015, leur nombre « était passé à tout le moins à 2000 », a-t-il poursuivi, et ils commencèrent à participer à des missions de combat qui leur étaient assignées sous la supervision des unités de l'armée russe présentes en Syrie.

Les forces russes opérant depuis la base aérienne de Hmeimim, appartenant au régime syrien, supervisent l'affectation et l'exécution de ces missions, a-t-il poursuivi.

Les mercenaires travaillant pour le Wagner Group « sont traités exactement comme des soldats pour ce qui est de l'assignation des missions, des soins médicaux, etc. », a-t-il continué.

Al-Mouttalib a expliqué que les membres du Wagner Group sont fortement concentrés dans la province de Latakia, l'une des principales zones d'influence russe en Syrie.

« Ils sont également déployés dans les régions riches en gaz et en pétrole pour maintenir le contrôle de la Russie sur les ressources naturelles de la Syrie », a-t-il poursuivi.

Le Wagner Group mène « des opérations que la Russie ne peut mener ouvertement parce que certaines lignes rouges internationales ne peuvent être franchies et l'empêchent de s'engager dans une intervention directe à l'extérieur de ses frontières », a expliqué le spécialiste de la sécurité Abdoul Karim Ahmed.

La Russie couvre cette intervention en Syrie et ailleurs en faisant appel à des sociétés comme celle-ci, a-t-il expliqué à Diyaruna, qui sont des sociétés privées impliquées dans la réalisation de contrats passés avec des gouvernements ou de grands groupes.

« Cela donne à Moscou toute latitude plausible pour dénier toute implication dans les activités de cette société si cette dernière connaît des ennuis militaires ou diplomatiques », a précisé Ahmed.

En Syrie, les zones de production pétrolière sont la principale cible de la société, a-t-il poursuivi.

En 2016, Evro Polis, une société fondée par le sous-traitant militaire russe Yevgeny Prigozhin, également soutien du Wagner Group, avait passé un accord avec le régime syrien.

Cet accord donne à la société une participation de 25 % sur le pétrole et le gaz produits durant les cinq prochaines années dans les champs syriens qu'elle a aidé à « libérer », a ajouté Ahmed.

Le fondateur du Wagner Group honoré par le Kremlin

Le Wagner Group a été fondé par l'ancien officier des renseignements russes Dimitry Utkin, membre du premier groupe de mercenaires russes envoyés en Syrie en 2013.

Mais leur mission mal équipée, et qui ne disposait pas de l'appui des autorités russes, se solda par un fiasco.

Ils s'engagèrent dans des combats contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), mais rentrèrent rapidement en Russie, où deux artisans de ce plan furent condamnés à trois ans de prison, mais où la plupart purent s'échapper sans conséquence.

Utkin réapparut en Syrie à l'automne 2015, lorsque la Russie lança une intervention en soutien au régime de Bashar al-Assad, allié du Kremlin.

En décembre 2016, cet ancien officier des renseignements a été vu lors d'une cérémonie télévisée organisée au Kremlin en l'honneur des « Héros de la Mère-Patrie », et fut le jour même photographié aux côtés du président russe Vladimir Poutine.

« Le Kremlin a reconnu indirectement la société et son fondateur en honorant Utkin comme l'un de ses héros en Syrie », a expliqué à Diyaruna le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

« La plupart des membres de Wagner sont d'anciens soldats de l'armée russe ou des détenus ayant purgé leur peine », a-t-il indiqué, précisant que le groupe est financé par des fonds privés.

Les salaires qu'il propose « vont de 3 500 à 5 000 dollars par mois », a-t-il encore indiqué, concluant que le personnel est équipé et entraîné sur une base de l'armée russe à Molkino, dans le sud de la Russie.

Se connecter via Twitter Se connecter via Facebook
Aimez-vous cet article?
3
0

0 COMMENTAIRE (S)

Politique Commentaire Captcha