Terrorisme

Le Hezbollah cache ses pertes en Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des combattants du Hezbollah sanglotent lors des funérailles d'un camarade tué en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Le Hezbollah libanais a caché le nombre de ses combattants tombés en Syrie depuis 2012 par crainte d'une hausse des récriminations, ont expliqué des militants.

« Nombre de familles qui ont perdu un fils dans la guerre en Syrie alors qu'il combattait dans les rangs du parti gardent le silence sur cette mort, comme cela leur a été ordonné par les responsables de la sécurité du parti », a précisé Salah Mansour, utilisant un pseudonyme par peur pour sa sécurité.

Le Hezbollah avait clairement fait savoir que cette information ne devait pas être diffusée, a ajouté Mansour, par ailleurs parent d'un haut responsable du Hezbollah et en liens étroits avec la direction du parti dans la vallée de la Bekaa avant de quitter le groupe.

La plupart des familles en question sont pauvres ou ne disposent pas de connexions tribales, a-t-il expliqué à Diyaruna, ce qui signifie que ces informations peuvent être contenues dans le cercle de leurs relations limitées.

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Des combattants du Hezbollah libanais en patrouille dans la région de Qalamoun en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Les funérailles de ceux tués en Syrie diffèrent en fonction de leur statut social, a-t-il ajouté : organisées rapidement et de manière discrète dans le cas d'un combattant de moindre niveau, elles comportent en revanche des manifestations publiques en masse lorsque la personne décédée est un officier de haut rang ou le fils d'une famille ou d'une tribu célèbre.

Lenteur à signaler les pertes

La milice « ne divulgue pas d'un seul coup la mort de plusieurs de ses éléments, mais plutôt avec parcimonie et de manière très étalée dans le temps, même lorsque plusieurs combattants sont tués lors d'une seule opération militaire », a expliqué Mansour.

Cela est dû au fait que le Hezbollah cherche à éviter que ne transparaissent des faiblesses, a-t-il poursuivi, ajoutant que la milice a commencé à cacher ces morts lorsque le mécontentement avait grandi au sein de sa base populaire quant au risque que n'augmente le nombre de combattants tués en Syrie.

Le Hezbollah a recruté dans ses rangs des centaines de combattants qui ne sont pas membres de sa base et sont « plutôt des mercenaires qui ont rejoint les combats en Syrie en échange d'un salaire mensuel », a indiqué Mansour.

Du fait de cette désignation, a-t-il poursuivi, le Hezbollah ne reconnaît pas ces combattants comme des « martyrs » s'ils tombent en Syrie, ou même s'ils ont combattu dans ses rangs.

La plupart de ces combattants sont envoyés discrètement en Syrie, a-t-il précisé, et seuls leurs parents et quelques proches sont informés qu'ils « ont signé un contrat pour partir travailler dans un autre pays ou une autre région du Liban, ou dans les secteurs du commerce ou de la construction en Syrie ».

Mansour a ajouté que le Hezbollah avait même déployé ses combattants lors de funérailles pour contrer toute réaction de colère spontanée de la part des membres des familles.

« Au moins 3000 combattants ont été tués en Syrie ces sept dernières années, et la milice n'en a reconnu que la moitié, ou un tout petit peu plus que la moitié », a-t-il ajouté.

Blackout du Hezbollah dans les médias

De nombreux combattants du Hezbollah ont été tués lors de combats dans lesquels la milice s'est-elle-même jetée à Qalamoun, Homs et Hama, notamment durant les premières années de la guerre, a ajouté Yasser al-Turkmani, officier dans l'Armée syrienne libre (ASL) dans le sud de la Syrie.

« Peu après, la machine médiatique de la milice et celle du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont commencé à appliquer un blackout sur les nouvelles de ces combats », a-t-il précisé pour Diyaruna, quand bien même le Hezbollah conservait une forte présence sur le terrain en Syrie.

« Mais ceux qui sont engagés dans les combats connaissent très bien l'importance des pertes humaines, parce qu'ils en ont été les témoins directs dans les zones qui ont connu un échange de contrôle entre [le Hezbollah et l'ASL] », a-t-il poursuivi.

« Des dizaines d'éléments du Hezbollah ont été enterrés là où ils étaient tombés dans les zones contrôlées par l'ASL », a ajouté al-Turkmani, précisant que les sites funéraires avaient été découverts par la suite, lorsque l'armée syrienne a repris ces zones.

« La surveillance des comptes officiels du Hezbollah dans les médias sociaux ainsi que les sites web et les journaux qui lui servent de porte-voix montre comment la milice annonce la mort de ses éléments », a expliqué à Diyaruna le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

Durant les trois premières années, les noms des combattants abattus étaient publiés rapidement et de manière complète, parce que les responsables de la milice pensaient que la situation se calmerait bientôt et que les combats seraient de courte durée, a-t-il précisé.

« Mais lorsque la guerre est entrée dans sa quatrième année, les noms [publiés] des morts commencèrent à diminuer, alors même qu'un nombre toujours plus grand d'éléments étaient abattus », a-t-il poursuivi.

Le lieu est rarement mentionné, a-t-il souligné, et des phrases telles que « tombé en martyr dans l'exercice de son devoir de djihad » sont utilisées sans préciser ni le lieu ni le moment de la mort.

« Le mécontentement est évident sur de nombreux comptes des médias sociaux appartenant au [Hezbollah] et à ses partisans quant au nombre élevé des pertes qui continuent de s'accumuler en Syrie », ajoutant en conclusion que des débats enflammés surgissent régulièrement en ligne à ce sujet.

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2 COMMENTAIRE (S)
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Salut. Quel est le nombre d'Afghans tués en Syrie ?? Sommes-nous confrontés à une forme horrible de génocide intelligent ou d'esclavage moderne ???

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Dans tous les cas, ces informations ne servent à rien. Le Hezbollah sont des combattants islamiques qui défendent leur pays, soit au Liban, en Syrie ou en Irak. Nous suivons le bon exemple de la révolution d'al-Hussain, que la paix soit sur lui, qui a été martyrisé, ainsi que sa famille et ses amis. Il est tout à fait normal pour ceux qui combattent au nom de Dieu et pour la noble conviction de vouloir devenir des martyrs, qu'ils soient riches ou pauvres, ou appartenant à de grandes ou petites tribus. Ils sacrifient leurs vies pour défendre l'arabisme et l'Islam. Pour ce qui est des hypocrites, les successeurs d'Abdoullah ben Oubay, ils seront maudits par Dieu, les anges et tous les peuples.

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