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Terrorisme |

Inquiétudes au sujet de Tahrir al-Sham dans le nord de la Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Une maison dans la campagne d'Idlib sur laquelle est inscrit « Maison confisquée par Tahrir al-Sham », car son propriétaire s'était opposé à l'alliance extrémiste. [Photo fournie par Moussab Assaf]

Tahrir al-Sham continue de consolider son emprise sur les régions du nord de la Syrie après avoir conclu un cessez-le-feu avec le Front syrien de libération et s'être emparé de plusieurs installations économiques et postes militaires, a expliqué un activiste d'Idlib.

Mais les habitants rejettent ces visées expansionnistes, qui ont conduit à la suspension des conseils locaux et de la Police libre d'Idlib, à des arrestations et à la saisie de maisons et de biens, a expliqué à Diyaruna Moussab Assaf, un activiste d'Idlib.

Tout comme la Coalition nationale syrienne, la principale instance de l'opposition, qui a critiqué dimanche 13 janvier les tentatives de Tahrir al-Sham de « mettre la main » sur l'ensemble de la région, a rapporté l'AFP.

« Il est urgent de trouver une solution radicale qui mette un terme à sa présence à Idlib et dans d'autres régions », a déclaré la coalition dans un communiqué publié à la fin d'une réunion consacrée aux derniers développements de la crise en Syrie.

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Des éléments de Tahrir al-Sham devant un poste de sécurité pris à un groupe rival dans la campagne d'Idlib. [Photo fournie par Moussab Assaf]

Idlib a été protégée par une zone tampon mise en place en vertu d'un accord russo-turc signé en septembre visant à empêcher une offensive du régime pour reprendre la région nord aux combattants de l'opposition.

En vertu de cet accord, les groupes extrémistes tels que Tahrir al-Sham étaient supposés se retirer de la zone démilitarisée avant mi-octobre, mais ne l'ont jamais fait.

Une menace croissante pour la région

Cette prise par Tahrir al-Sham ravive la menace d'une offensive du régime.

Cela a poussé la Coalition nationale à appeler de ses vœux un accord avec la Turquie pour protéger les civils, et pour « empêcher le régime et ses alliés russes et iraniens [de perpétrer] un génocide sous le prétexte d'une présence terroriste dans la région ».

Grâce à cet accord de cessez-le-feu conclu avec le Front syrien de libération,Tahrir al-Sham a pu prendre le contrôle de Maarat al-Numan, Jabal al-Zawiya et Ariha, a poursuivi Assaf.

« L'alliance contrôle désormais totalement la région du nord, qui comprend Idlib et les confins des provinces de Hama et d'Alep », a-t-il expliqué à Diyaruna.

En vertu de cet accord, Tahrir al-Sham et le « gouvernement de salut » autoproclamé, son bras politique, se chargeront de toutes tâches administratives.

La Police libre d'Idlib a annoncé sa dissolution et fermé son quartier général.

Des milliers de combattants de l'opposition, la plupart membres d'Ahrar al-Sham et de Suqur al-Sham, ont choisi de se rendre dans la région d'Afrin plutôt que de rejoindre les rangs de Tahrir al-Sham, ce qui est prévu par les termes de cet accord, a expliqué Assaf.

Certaines villes refusent la dissolution de la Police libre

L'une des principales conséquences de l'expansion de Tahrir al-Sham a été l'annonce de l'auto-dissolution de la Police libre, a-t-il poursuivi.

Celle-ci a remis l'administration sociale et de la sécurité dans plusieurs régions et est maintenant remplacée par l'al-hesba (la police religieuse) de Tahrir al-Sham, a-t-il continué.

Certaines villes ont toutefois refusé d'accepter la suspension du travail de la Police libre, et ont annoncé que leurs forces de police resteraient actives.

Il s'agit notamment de Maarat al-Numan et de Kafrouma, qui ont fait savoir que leur police était encore active et directement affiliée au conseil local, et ont rejeté toute interférence extérieure dans le travail du conseil et des forces de police.

Les habitants de Maarat al-Numan ont publié un communiqué dans lequel ils ont rejeté l'ouverture d'un poste de Tahrir al-Sham, et ont refusé le gouvernement auto-proclamé « parce que ce n'est pas un représentant légitime du peuple syrien », a poursuivi Assaf.

Poursuite des violations à l'encontre des civils

Entre-temps, a poursuivi Assaf, Tahrir al-Sham a poursuivi ses violations à l'encontre des civils en compilant des listes de ses opposants et en pourchassant ces personnes.

L'alliance extrémiste s'en est prise à des maisons privées à la recherche de personnes suspectées, a-t-il expliqué, et a saisi des dizaines de maisons au prétexte que leurs propriétaires étaient membres des groupes qui lui étaient opposés.

Ces maisons ont ensuite été mises à la disposition de Tahrir al-Sham, et sont utilisées pour loger ses éléments, a poursuivi Assaf.

Les éléments de Tahrir al-Sham s'en sont également pris aux tribunaux et postes de police, et ont saisi ce qui s'y trouvait, notamment les fonds, dans les villes d'Ariha, al-Ghadfa, Jarjanaz et Kafrouma, a-t-il expliqué.

L'alliance extrémiste a également saisi des entrepôts de grains et de farine ainsi que les fonds qui y étaient entreposés par les parties qui les administraient, a-t-il ajouté.

Bien que les combats aient cessé et que les opposants à Tahrir al-Sham se soient retirés, a poursuivi Assaf, les activistes de base continuent de manifester leur rejet de son extrémisme .

Les patrouilles de Tahrir al-Sham ont ainsi dû faire face à des manifestants hostiles à sa présence, comme cela a été récemment le cas à Kafrouma, a-t-il conclu.

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