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Les milices irakiennes appuyées par l'Iran bloquent l'accès aux zones libérées

Hassan al-Obaidi à Bagdad

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La ville de Jurf al-Sakhr dans la province de Babil fait partie d'au moins 20 villes et de près de 300 villages à rester inaccessibles pour leurs habitants qui souhaitent revenir, en raison de la présence de milices armées appuyées par l'Iran, selon certains responsables irakiens. [Hassan al-Obaidi/Diyaruna]

Après que les forces irakiennes eurent libéré les régions occupées par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), le gouvernement a lancé un programme de grande ampleur pour les réhabiliter et permettre le retour de leurs habitants.

Mais dans certaines villes et localités, malgré les quatre années écoulées depuis que l'EIIS a été chassé, les habitants ne sont toujours pas revenus, parce que les milices armées qui avaient participé aux combats pour la « libération » refusent de se retirer.

Selon des responsables irakiens et des militants, plus de 900 000 civils vivent toujours dans des camps de déplacés, malgré le fait que leurs maisons sont toujours debout et que leurs villes ont été libérées.

Comme nombre de leurs compatriotes à Falloujah et à Mossoul revenus depuis plusieurs années, ils auraient pu rentrer, mais les milices les en ont empêchés.

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Un panneau routier indique la direction de la ville de Jurf al-Sakhr dans la province de Babil, mais les habitants déplacés n'ont pas l'autorisation de rentrer chez eux. [Hassan al-Obaidi/Diyaruna]

Ces milices ont récemment empêché des équipes des Nations unies et des organisations humanitaires locales et internationales d'accéder à ces zones pour y documenter le niveau de destruction et déterminer les besoins pour faciliter la reprise.

Retour impossible pour les habitants déplacés

Au moins 20 villes et près de 300 villages ont été déclarés hors limite pour d'éventuels revenants, selon les responsables irakiens.

Parmi eux se trouvent les villes de Jurf al-Sakhr et al-Janabiyen dans la province de Babil, Yathrib, Salman Beik et Aziz Balad dans la province de Salaheddine, Jadidah, Arar, Khams Biyout et Uweisat dans l'Anbar, et al-Rashad dans la province de Kirkouk.

Les habitants ont été dans l'incapacité de rentrer dans les villes d'al-Shishan, al-Jamilat, Sansal, Baz al-Shakha, Nahr al-Imam, al-Makhisa, Abi Saida, Sherween al-Saghira, Sherween al-Kabeera, al-Tubaj et al-Adhim Dam dans la province de Diyala.

Ils ont également été empêchés de rentrer dans 300 villages de l'Anbar, de Salaheddine, de Diyala et de Ninive, notamment dans les plaines de Ninive, à Sinjar et à Tal Afar, dont les populations sont composées de chrétiens, de musulmans, d'Assyriens et de Shabaks.

Ces zones sont sous le contrôle de diverses milices appuyées par l'Iran, a expliqué Mohammed Ali, directeur d'une organisation des droits de l'homme qui se consacre aux soins à apporter aux orphelins et aux victimes des violences et du terrorisme.

Ces milices sont notamment Kataeb Hizbullah, Saraya al-Khurasani, Asaib Ahl al-Haq, Harakat al-Nujaba, Kataeb Ansar al-Hijja et la brigade al-Tufuf, a-t-il expliqué à Diyaruna par téléphone depuis Erbil.

Les organisations locales et internationales ont indiqué être prêtes à apporter leur soutien à ces villes et à y rétablir les services, a-t-il poursuivi, « mais les milices ont refusé de se retirer».

Celles-ci « utilisent maintenant ces villes comme de grandes bases militaires fermées », a-t-il ajouté. « Nous pensons qu'elles s'en servent comme entrepôts d'armes, en plus d'y garder leurs prisonniers, ce qui est illégal. »

« Maintenir un état d'instabilité »

En mai 2017, l'ancien Premier ministre irakien Ayad Allawi avait expliqué que la situation était bloquée dans les régions où l'Iran semblait avoir une influence.

Allawi avait indiqué avoir tenté de faciliter le retour de la population déplacée à Jurf al-Sakhr, mais les leaders des milices de la mobilisation populaire appuyée par l'Iran, Hadi al-Amiri et Abou Mahdi al-Muhandis, lui ont répondu que la décision en revenait à l'Iran.

L'ancien député irakien Kareem Abtan a expliqué à Diyaruna qu'il était « honteux, inhumain et immoral que les habitants ne puissent rentrer dans leurs villes libérées ».

« Comment se fait-il qu'une personne dont la maison ne se trouve qu'à quelques kilomètres doive vivre dans le désert et ne puisse rentrer chez elle ? L'EIIS est parti, pourquoi donc se trouvent-ils encore dans le désert », s'est-il interrogé.

Il a souligné que »certains groupes tentent de maintenir un état de tension et d'instabilité en Irak et sont responsables de cette situation ».

Traiter ce problème sera l'une des priorités du nouveau gouvernement irakien, a estimé Mohammed al-Rubayie, membre de la commission gouvernementale pour la réconciliation nationale.

« Le nouveau gouvernement récemment mis en place a débuté son mandat il y a un mois, et plusieurs questions sont inscrites à son agenda, notamment le rétablissement de la stabilité et de la sécurité dans toutes les villes libérées », a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

Cela inclut le retour des populations déplacées, a-t-il ajouté.

Maintenir la souveraineté de l'Irak

« Les médiations antérieures ne sont pas parvenues à garantir le retour de 80 000 habitants de plusieurs villes et villages contrôlés par des factions armées », a indiqué pour sa part Ali al-Jubury, membre du conseil tribal de Salaheddine.

« Nous avons rencontré plusieurs leaders et responsables qui avaient indiqué plus tôt que ces régions avaient été détruites et ne sont toujours pas habitables, parlant à d'autres moments de mines et d'explosifs », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Ils se contentent désormais de déclarer : « Nous nous retirerons lorsque nous recevrons l'ordre de le faire. »

Al-Jubury a accusé l'ancien gouvernement d'être trop laxiste avec ces factions, et a conseillé au chef du nouveau gouvernement de faire appliquer la loi, de maintenir la souveraineté de l'Irak, « et de permettre aux gens de rentrer chez eux ».

Bilal Talib, un habitant déplacé du village d'Abi Saida, dans la province de Diyala, a expliqué à Diyaruna qu'à l'approche de l'hiver il vit actuellement dans un lieu qui « ne conviendrait même pas à des rats »

Pendant ce temps, sa propre maison, très spacieuse, est occupée par une milice armée qui l'empêche, lui et d'autres villageois, de rentrer chez lui.

Talib a poursuivi en expliquant qu'il vit actuellement dans le sous-sol d'un immeuble à Bagdad, sans revenu qui lui assurerait un minimum de confort, mais qu'il souhaite retrouver la maison qu'il avait héritée de son père, dans laquelle il est né et a vécu toute sa vie.

Jusqu'ici, a-t-il conclu, il n'a même pas été en mesure d'entrer dans la ville pour voir si sa maison était toujours debout, ajoutant que l'objectif de ces milices appuyées par l'Iran semble être de changer la structure démographique de la région et de porter atteinte à la coexistence pacifique.

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