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Terrorisme |

L'Irak enquête sur les yézidis disparus

Khalid al-Taie

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Un médecin irakien prélève le sang d'une jeune yézidie dans le cadre d'une action du gouvernement destinée à découvrir ce qui est arrivé aux yézidis disparus. [Photo fournie par la Direction irakienne pour les affaires et la protection des fosses communes]

Le gouvernement irakien constitue une base de données de tous les yézidis disparus après l'incursion de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans Sinjar il y a quatre ans.

Une équipe du gouvernement a commencé à travailler avec des responsables locaux le 4 septembre pour rassembler des informations personnelles et des échantillons de sang auprès des familles des yézidis toujours portés disparus.

Cette équipe, composée d'experts en médecine légale, a jusqu'à présent fait entrer plus de 600 yézidis disparus dans sa base de données.

La création de cette base de données se fait avant des actions plus importantes visant à ouvrir les nombreuses fosses communes laissées par l'EIIS à Sinjar et dans les régions proches.

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Les familles de yézidis disparus dans un centre de collecte de données dans le district irakien de Sinjar. [Photo fournie par l'Institut irakien des martyrs]

La base de données comprend le nom et l'âge des personnes disparues, ainsi que la date de leur disparition, a expliqué à Diyaruna le porte-parole de la Haute-Commission indépendante des droits de l'homme, Ali al-Bayati.

Elle comporte également des échantillons de sang des proches des disparus, qui pourront être utilisés pour des tests ADN qui aideront à identifier les restes des victimes trouvés dans les charniers, a-t-il précisé.

Espoirs et craintes

« On ne sait pas ce qui est arrivé à un grand nombre de yézidis disparus », a déclaré al-Bayati.

Des sources locales pensent que certains membres de ce groupe minoritaire encore portés disparus sont toujours en vie, et qu'ils sont prisonniers de l'EIIS en Syrie.

Ces suppositions ont été appuyées par le sauvetage en septembre de huit femmes et enfants yézidis après quatre ans d'emprisonnement par l'EIIS.

Bien qu'il y a des raisons d'espérer, il est réaliste de craindre que beaucoup de yézidis aient été tués par le groupe et enterrés dans des fosses communes.

Plus de 200 charniers contenant les restes de 12 000 victimes ont été découverts à ce jour en Irak, qui peuvent contenir des preuves vitales des crimes de guerre commis par l'EIIS, ont fait savoir les Nations unies mardi 6 novembre.

Soixante-dix de ces charniers se trouvent à Sinjar et dans les régions proches, et devraient contenir les corps de victimes yézidies, a indiqué al-Bayati.

La plupart de ces fosses communes n'ont pas encore été ouvertes, car cela demandera « un effort technique gigantesque et précis », a-t-il déclaré, ajoutant que des actions sérieuses sont en cours pour fouiller tous ces sites d'inhumation.

« La création de la base de données est une étape préliminaire dans cette direction, et elle nous aidera à découvrir le sort qui a été réservé à de nombreuses personnes disparues », a affirmé al-Bayati.

La Haute-Commission indépendante des droits de l'homme est chargée de contrôler les actions du gouvernement à cet égard, a-t-il déclaré.

« Nous disposons d'un observateur dans chacune des équipes et commissions fédérales et locales pour documenter les crimes terroristes et apporter la justice aux victimes, et nous sommes déterminés à mener toutes les missions nécessaires », a-t-il poursuivi.

Une étape prometteuse

À la date du 10 octobre, 3086 yézidis, dont 1429 femmes et 1657 hommes étaient toujours portés disparus, a fait savoir Khairi Bouzani, directeur général des affaires yézidies au ministère des Dotations et des Affaires religieuses.

« Suite à l'occupation de Sinjar, l'EIIS a enlevé au total 6417 hommes, femmes et enfants yézidis, selon des statistiques officielles », a-t-il rapporté à Diyaruna.

Jusqu'ici, 3331 personnes ont été libérées, a-t-il déclaré, dont 1159 femmes, 337 hommes et 1835 enfants de moins de 14 ans.

Bouzani a ajouté qu'il était déterminé à entreprendre toutes les procédures nécessaires qui permettront de faire la lumière sur le sort des personnes disparues.

« Les familles des victimes veulent que les autorités découvrent ce qui est arrivé à leurs proches, et qu'elles mettent fin à leurs souffrances », a-t-il indiqué.

Mahma Khalil, le maire de Sinjar, a déclaré à Diyaruna que la création de cette base de données sur les yézidis disparus est une étape prometteuse qui aidera à apporter des réponses aux familles.

« Nous apprécions cet effort », a-t-il affirmé. « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider ces familles, car cela fait longtemps qu'elles ne savent pas ce qui est arrivé à leurs proches. »

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