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L'alliance irakienne al-Fateh favorise les visées de l'Iran

Faris Omran

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Hadi al-Amiri, le leader de l'alliance al-Fateh, s'exprime lors de la commémoration du 37e anniversaire de l'organisation Badr alliée de l'Iran. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

La montée de l'alliance al-Fateh, une coalition politique dirigée par Hadi al-Amiri, un allié de l'Iran, est un sujet d'inquiétude dans l'opinion irakienne, qui craint que l'hégémonie de plus en plus forte de l'Iran ne menace la souveraineté de l'Irak, ont rapporté des experts à Diyaruna.

« Nous nourrissons de réelles inquiétudes quant à l'influence toujours plus forte de l'Iran sur le court terme dans les affaires politiques irakiennes », a affirmé le politologue Adel Ashram Ben Ammar, président de l'association des érudits de la tribu Shamar en Irak.

« Ce qui est inquiétant est le fait que les Iraniens tentent de dominer la scène politique en Irak aujourd'hui plus que jamais, et étendent leur influence au travers de l'alliance al-Fateh », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Cette alliance, créée avant les élections législatives du 12 avril, regroupe des partis et des milices alignés sur l'Iran qui ont une longue tradition de soutien au programme iranien, a-t-il poursuivi.

Parmi eux se trouvent l'organisation Badr, qu'al-Amiri dirige depuis de nombreuses années, Asaib Ahl al-Haq, les brigades du Hezbollah irakien, et les brigades de l'Imam Ali.

Cette nouvelle coalition a remporté 48 sièges dans le nouveau parlement irakien.

« L'Iran a encouragé l'essor de l'alliance al-Fateh et son poids politique de plus en plus fort, pour pouvoir l'utiliser par la suite comme un moyen pression sur les autres partis du processus politique », a poursuivi Ben Ammar.

Cela permettra à l'Iran de « contrôler la politique intérieure irakienne, ses directions politiques et ses relations avec l'étranger », a-t-il ajouté.

Ingérence iranienne de plus en plus forte

« L'ingérence de l'Iran dans les affaires intérieures de l'Irak a toujours été un fait manifeste pour tous », a précisé Ben Ammar, soulignant que cette ingérence « s'est renforcée ces dernières années, sous le couvert de la lutte antiterroriste ».

« Il ne s'agit aujourd'hui pas d'une augmentation ou d'une diminution du rythme des interventions et des pressions, mais de forces politiques qui affirment ouvertement leur allégeance à l'Iran et affichent une présence armée incontrôlée dans les rues », a-t-il expliqué.

Selon Ben Ammar, ces forces sont capables « de provoquer le chaos, de susciter des conflits et de menacer la structure et la sécurité de la société ».

« En armant les milices et en soutenant les partis politiques qui lui sont fidèles, l'Iran cherche à marginaliser et à affaiblir la souveraineté de l'Irak », a-t-il ajouté.

Il cherche à faire de l'Irak un pays sans influence régionale ou internationale et souffrant de difficultés qui entravent sa stabilité et sa prospérité, a-t-il encore affirmé.

Les actions de l'Iran suscitent la colère du peuple irakien, « qui souhaite que ses dirigeants sauvent le pays de la domination de l'Iran, et que les décisions et les politiques publiques du pays soient le reflet d'un intérêt pour la patrie et pour ses citoyens », a-t-il expliqué.

Un défi pour le gouvernement irakien

La situation politique actuelle en Irak a donné naissance à « plusieurs forces totalement loyales à l'Iran », a déclaré à Diyaruna Cheikh Mouzahim al-Huweit, porte-parole des tribus de Ninive.

Cette situation est préoccupante pour les Irakiens, « parce que ces dernières années, nous avons énormément souffert de problèmes qui ont presque sapé la paix civile et la cohésion du pays », a-t-il ajouté.

L'Iran a tenté d'imposer sa volonté par la force et d'infléchir le paysage politique irakien pour qu'il serve ses propres desseins expansionnistes dans la région, a-t-il expliqué.

Le nouveau gouvernement irakien doit maintenant décider s'il souhaite se débarrasser de l'hégémonie iranienne et militer en faveur des intérêts du peuple irakien, ou accepter l'influence et les objectifs iraniens, a déclaré al-Huweit.

Ce dernier choix « ferait entrer le pays dans une période sombre et lui ferait perdre le soutien du peuple », a-t-il ajouté.

« Les milices irakiennes et les forces politiques appuyées par l'Iran tenteront sans aucun doute d'influer sur le cours des choses, mais nous espérons que le nouveau gouvernement résistera à toutes les pressions et s'efforcera de servir le peuple irakien dans le cadre d'une vision nationale », a-t-il poursuivi.

Les responsables politiques appuyés par l'Iran sont un sujet de préoccupation

Le major général Qassem Suleimani, commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI-FQ), a regroupé de nombreuses entités sous la bannière de l'alliance al-Fateh, a expliqué l'analyste stratégique et militaire Rabie al-Jawary.

« La présence de personnalités irakiennes soutenues par l'Iran sur la scène politique est un dangereux indicateur », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Ces personnalités sont « totalement détachées des aspirations du peuple irakien », a-t-il ajouté, soulignant qu'elles ne cherchent qu'à consolider l'influence de l'Iran.

« Nous estimons que cela constitue un grave motif de préoccupation pour le futur de l'Irak, sa souveraineté, la richesse de son peuple, et la politique étrangère du pays », a-t-il encore précisé.

La politique étrangère de l'Irak « doit être fondée sur le principe du respect des autres pays et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures », a poursuivi al-Jawary.

Les groupes sectaires et les milices en Irak ont gagné une couverture et une présence politiques, a-t-il conclu, qui pourraient tirer le pays en arrière en réactivant les conflits régionaux, ce qui à son tour faciliterait la montée des groupes extrémistes.

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