Terrorisme

Un groupe irakien des droits de l'homme documente les pires crimes de l'EIIS

Khalid al-Taie

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Des spécialistes irakiens exhument les restes des victimes du massacre de Camp Speicher, exécutées par « l'État islamique en Irak et en Syrie » en juin 2014. [Photo fournie par l'Association des martyrs irakiens]

La Haute Commission indépendante irakienne pour les droits de l'homme a annoncé le mois dernier avoir documenté au moins 2 000 des pires atrocités commises par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

Ce rapport précède une visite en Irak d'une équipe des Nations unies qui travaillera avec les experts irakiens pour enquêter sur ces crimes et rassembler des preuves supplémentaires.

La commission a enregistré plus de 2 000 violations sérieuses commises par des éléments de l'EIIS durant ses trois ans de règne sur certaines parties de l'Irak, a expliqué le commissaire Fadel al-Gharawi à Diyaruna.

Ces violations majeures sont classées comme génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, avec des sous-classes pour le déni du droit à la vie, les persécutions religieuses, les violences commises contre les femmes et les enfants, les déplacements forcés et la terreur, ainsi que le vol et le vandalisme des sites du patrimoine national.

Parmi les crimes les plus violents commis par l'EIIS se trouve le massacre de Camp Speicher en 2014, lors duquel plus de 1 700 recrues irakiennes ont été assassinées de sang-froid, et des centaines d'autres exécutées à la prison de Badush.

Les autres crimes de l'EIIS sont l'enlèvement et l'asservissement de près de 5 000 femmes et enfants yézidis, et les assassinats de masse de centaines d'habitants de Mossoul.

« Nous avions préalablement présenté ces crimes et d'autres au parlement et au gouvernement irakiens, et avions demandé qu'ils soient documentés afin de pouvoir être utilisés comme preuves pour poursuivre l'EIIS en Irak et au plan international », a-t-il poursuivi.

Une documentation complète

La Haute Commission indépendante des droits de l'homme se prépare à présenter une documentation complète de ces crimes à l'équipe des Nations unies, qui devrait arriver en Irak au début du mois de juillet.

Cette équipe a été mise sur pied en vertu de la Résolution 2379 (2017) du Conseil de sécurité des Nations unies pour venir en aide aux efforts du gouvernement irakien visant à tenir les éléments de l'EIIS redevables de leurs actes.

Cette résolution prévoit la mise sur pied d'une mission d'enquête indépendante chargée de collecter, de conserver et de stocker les preuves d'actes pouvant être assimilés à des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des génocides commis par l'EIIS en Irak.

« Une équipe irakienne travaillera aux côtés de l'équipe onusienne, qui comprend des enquêteurs internationaux », a précisé al-Gharawi.

Les ministères et les autorités irakiennes ont déjà commencé à choisir leurs représentants au sein de cette équipe nationale, qui comprendra des juges d'enquête, des spécialistes en médecine légale et des experts du droit international.

« L'équipe des Nations unies restera en Irak pendant deux ans », a-t-il poursuivi, où elle travaillera avec l'équipe irakienne pour enquêter sur les crimes de l'EIIS et rassembler des témoignages et des preuves de ces crimes.

Ceux-ci seront ensuite utilisés pour prononcer des peines et lancer des mandats d'arrêt internationaux contre les auteurs encore en fuite, afin de les traduire devant les tribunaux internationaux.

« Les blessures ne se sont pas encore refermées »

Soumettre les crimes de l'EIIS à un processus d'enquête international est « une mesure importante », a déclaré Athal al-Fahdawi, membre du conseil provincial de l'Anbar.

L'Anbar apporte son soutien à cet effort international et souhaite collaborer avec les équipes onusienne et irakienne chargées de conduire ces enquêtes, a-t-il expliqué à Diyaruna.

« L'EIIS a procédé à des éliminations des membres des tribus qui s'opposaient à lui dans l'Anbar », a-t-il ajouté, soulignant que ses éléments avaient tué des centaines de membres de la tribu Albou Nimr.

Les éléments de l'EIIS avaient délibérément entrepris de détruire les infrastructures de la province, en plus des biens publics et privés, a-t-il poursuivi.

« Nous avons combattu le groupe terroriste le plus dangereux au monde », a déclaré à Diyaruna Binyan al-Jarba, membre du comité de sécurité du conseil provincial de Ninive.

« Les blessures infligées par ce groupe barbare ne se sont pas encore refermées », a-t-il indiqué. « Notre province présente un niveau de destruction massif qui a touché des mosquées, et des sites et cimetières archéologiques historiques. »

« Des milliers de personnes sont encore dans l'incapacité de retourner dans leurs maisons détruites, et d'autres sont portées disparues », a conclu al-Jarba. « Nous espérons que la communauté internationale nous aidera maintenant à juger ces terroristes, tout comme elle nous a aidés à les battre. »

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