Sécurité

L'Irak envisage de rouvrir le poste-frontière d'al-Qaim vers la Syrie

Par Khalid al-Taie

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Le Premier ministre Haider al-Abbadi se joint à des responsables militaires pour hisser le drapeau irakien au poste-frontière d'al-Qaim dans l'Anbar, après qu'il ait été repris à « l'État islamique en Irak et en Syrie », sur cette photo publiée en ligne le 5 novembre. [Photo fournie par les services de presse de la primature irakienne]

La réouverture prévue du poste-frontière irakien d'al-Qaim avec la Syrie après plus de trois ans devrait revitaliser les relations sociales et commerciales de la région, ont expliqué des responsables à Diyaruna.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abbadi a parlé des « efforts de coordination » pour la réouverture du poste-frontière dans la province occidentale de l'Anbar, lors d'une rencontre avec une délégation du gouvernement syrien le 7 février.

Le 12 février, le ministre de l'Intérieur Qassim al-Araji a confirmé qu'al-Abbadi avait donné son autorisation pour la réouverture de ce point de passage.

Si les choses se passent comme prévu, ont expliqué ces responsables, ce sera un gain important pour l'Irak, qui s'est efforcé d'améliorer les perspectives économiques dans les villes libérées de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

Ces villes ont en effet subi un important manque à gagner par suite de la fermeture de ce poste-frontière pendant plus de trois ans, après que l'EIIS se fut emparé de vastes régions du nord de l'Irak en juin 2014.

Une frontière laissée en friche

Lorsqu'elles sont entrées le 3 novembre dans la ville frontalière d'al-Qaim dans l'Anbar, prenant le contrôle du point de passage en Syrie, les forces irakiennes n'ont trouvé que des ruines.

L'EIIS avait rasé les bâtiments, et le poste-frontière était devenu une zone déserte, a expliqué à Diyaruna le maire d'al-Qaim, Ahmed al-Dulaimi.

Après que l'EIIS fut entré en Irak en provenance de Syrie, a-t-il poursuivi, il avait détruit les postes de police locaux, et les panneaux indiquant la frontière et le franchissement, afin de pouvoir déclarer son soi-disant État.

Reconstruire ce poste-frontière sera un « défi colossal » pour le gouvernement, car cela exige une reconstruction intégrale, a précisé al-Dulaimi, ce qui prendra du temps et exigera des fonds importants.

« Des structures préfabriquées ont provisoirement été mises en place jusqu'à ce que la reconstruction soit terminée et que le poste-frontière redevienne entièrement opérationnel, et ne [fonctionne] plus dans l'urgence », a-t-il poursuivi.

Ce point de passage faisait office de plateforme commerciale active avant que l'EIIS n'entre en scène, a-t-il ajouté, soulignant que sa réouverture présentera un avantage significatif pour l'économie de l'Anbar, et de l'Irak en général.

Rétablir une artère commerciale

La circulation des personnes et des biens entre l'Irak et la Syrie s'effectue par la ville d'al-Qaim côté irakien, et celle d'Albou Kamal côté syrien.

Avant l'incursion de l'EIIS, le chiffre d'affaires annuel de ce commerce était estimé à cinq milliards de dollars. Mais après le déclenchement de la guerre en Syrie en 2011, ce chiffre a baissé, et lors de l'apparition de l'EIIS, toute activité commerciale s'est arrêtée.

Comme l'a indiqué le porte-parole de la province de l'Anbar, Eïd Ammash, à Diyaruna, le poste-frontière d'al-Qaim est le second poumon de l'Anbar, après celui de Trebil avec la Jordanie.

La reprise de l'activité commerciale transfrontalière viendra en appui aux efforts de reconstruction et de développement de la province, ce qui, à son tour, stimulera l'emploi, a-t-il expliqué.

Cette réouverture facilitera également les déplacements et les communications des habitants locaux, a-t-il ajouté, soulignant que les tribus de cette province occidentale de l'Anbar ont des relations de sang avec les tribus d'Albou Kamal et Deir Ezzor côté syrien.

Mais reconstruire ce poste-frontière sera une tâche complexe, a-t-il mis en garde, car l'EIIS a détruit les infrastructures pour tenter de retracer la frontière selon sa propre idéologie.

Nécessaire vigilance à la frontière

L'autre défi tient à la situation sécuritaire, a poursuivi Ammash.

« Cela nous préoccupe », a-t-il expliqué. « Nous avons sécurisé la frontière de notre côté, mais la situation est encore instable côté syrien. »

L'EIIS est en effet encore présent dans certaines régions de Syrie le long de la partie nord de l'Euphrate, a-t-il rappelé, ajoutant que le groupe lance des attaques au mortier sporadiques contre les villes frontalières.

Les membres de la tribu Albou Mahal basée à al-Qaim ont joué un rôle actif dans la libération de leur territoire de l'EIIS, a rapporté le leader tribal Sabah al-Mahalawi.

« Nous sommes encore mieux préparés à venir en aide au gouvernement s'il envisage de rouvrir le poste-frontière d'al-Qaim », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Nous sommes prêts à soutenir les forces de sécurité et à les aider à protéger le passage et la route commerciale. »

Et de conclure : « Nous espérons que le gouvernement prendra au plus tôt des mesures pour la reconstruction et la réouverture de ce poste-frontière, car il s'agit d'un point de passage vital, qui présente une valeur économique essentielle. »

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