Sécurité

Les tribus de l'Anbar joignent leurs forces pour restaurer l'État de droit

Par Khalid al-Taie

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Des combattants tribaux de l'Anbar font une pause dans leur traque des dernières poches de « l'État islamique » dans les régions occidentales de la province. [Photo extraite de la page Facebook de la brigade Haditha]

Alors que la province de l'Anbar se débarrasse des derniers résidus de « l'État islamique » (Daech), les tribus locales s'unissent pour favoriser le rétablissement de l'État de droit.

Elles se sont engagées à rejeter les membres qui avaient rejoint Daech et à veiller à ce que ces personnes reçoivent le juste châtiment pour leurs actions, ont expliqué des responsables locaux à Diyaruna.

Alors que se précise la reprise totale de la province, les représentants des tribus envisagent d'organiser une série de consultations pour étudier les moyens de stabiliser la province et l'empêcher de retomber dans un cycle de violence, ont-ils expliqué.

À cette fin, ils ont étudié des idées communes sur le renforcement de l'État de droit et l'approfondissement des actions des forces irakiennes pour conserver le contrôle de la région.

« L'État de droit doit prévaloir »

« Nous devons faire en sorte que tout revienne à la normale », a déclaré Nazim al-Jughaifi, commandant au sein des forces tribales de Haditha.

« Quiconque a prêté allégeance à Daech et a le sang d'innocents sur ses mains ne doit pas rester en liberté », a-t-il déclaré à Diyaruna, soulignant que les forces tribales aideront à appréhender les éléments de Daech afin qu'ils « puissent être jugés pour leurs crimes ».

« La position de toutes les tribus au sujet de ces terroristes est cohérente et unie », a-t-il poursuivi. « Ils doivent comparaître en justice et être strictement tenus pour responsables des atrocités qu'ils ont commises. »

Plusieurs tribus ont établi des listes de ceux qui avaient rejoint Daech et sont aujourd'hui accusés de meurtres, de persécutions et de déplacements des habitants et de destruction de biens, a-t-il poursuivi.

Bien que Daech ait forcé de nombreuses personnes à lui prêter allégeance par voie de menace et d'intimidation, les tribus de l'Anbar doivent s'assurer que ces personnes n'ont pas été impliquées dans des actes de violence avant que leur statut ne puisse être rétabli.

Lorsque les tribus se rencontreront, elles parleront de cette question, a assuré al-Jughaifi.

« Chacun sera traité en fonction de ses actes, et la décision finale reviendra à la justice, dont nous soutenons la souveraineté », a-t-il ajouté.

Les tribus se sont mises d'accord, déclarant que « nous ne permettrons aucune tentative faite par un camp ou une partie de faire naître un sentiment de vengeance », a-t-il indiqué, soulignant que « seul l'État de droit devra prévaloir ».

La stabilité est assurée « en renforçant le contrôle de la frontière pour empêcher tout afflux de terroristes et en permettant à plus de personnes de contribuer à la sécurité de leurs villes », a poursuivi al-Jughaifi.

Les tribus favorables à la stabilité

Cheikh Abdullah al-Jughaifi, leader tribal à Haditha et chef d'Ahrar al-Furat, a souligné la nécessité « d'éliminer toutes les formes de corruption au sein des autorités de sécurité » dans l'Anbar.

« En tant que membres de tribus, nous apportons tout notre soutien aux efforts de mise en place de la stabilité », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Il est de notre responsabilité d'en assurer la charge, en partenariat constant avec les forces de sécurité. »

Selon al-Jughaifi, on a assisté à un fort rejet populaire de ceux qui avaient rejoint Daech.

« Ils sont recherchés pour comparaître en justice, et les tribus continuent d'aider la police et l'armée à les traquer et à les arrêter », a-t-il indiqué.

« Certaines villes de l'Anbar, comme Haditha, Ameriyat al-Falloujah et al-Khalidiya sont totalement débarrassées des terroristes », a-t-il précisé, mais d'autres, notamment les villes récemment libérées, souffrent encore de problèmes de sécurité.

Cela est dans une large mesure dû aux cellules dormantes et aux bases de soutien, ainsi qu'aux bastions qui leur permettent de se cacher , et « qui doivent être combattus et éradiqués », a-t-il affirmé.

« Ce sera notre priorité durant la prochaine phase, et nous n'accepterons pas que les terroristes disposent d'une quelconque présence dans nos régions, pas plus que nous ne laisserons des conflits tribaux ou des opérations de représailles avoir lieu », a ajouté al-Jughaifi.

Préserver la cohésion sociale

Les tribus de l'Anbar ont toutes accepté de favoriser et de préserver l'unité du tissu social de la province, a expliqué à Diyaruna Karim al-Karbouli, membre du conseil provincial de l'Anbar.

« Un accord écrit avait été signé il y a deux ans par la plupart des tribus de l'Anbar, qui a emporté le soutien de notre gouvernement local et du parlement national », a-t-il ajouté.

Cet accord appelle au rejet du terrorisme et à un engagement en faveur de l'unité irakienne et de la coexistence pacifique, a-t-il poursuivi.

Dans les prochains jours, des responsables et des représentants des tribus de l'Anbar rencontreront des responsables locaux et de la sécurité pour faire revivre cet accord, a précisé al-Karbouli.

« Alors que la libération de l'Anbar touche à sa fin, l'étape visant à assurer la stabilité n'en est pas moins difficile et nécessite une coopération exceptionnelle entre tous », a-t-il ajouté.

« Les familles des membres de Daech qui ont aidé leurs enfants ne devront pas non plus être pardonnées », a-t-il déclaré, ajoutant « qu'elles devront elles aussi en assumer les conséquences légales ».

Quant aux familles qui avaient pris leurs distances avec leurs membres ayant rejoint les rangs de Daech, elles ne feront l'objet d'aucune action en justice ni d'aucune poursuite, a-t-il précisé, ajoutant que les prochaines réunions avec les tribus « traceront un nouvel avenir pour la province ».

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