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Des émirs et des combattants étrangers de Daech abandonnés à al-Raqqa

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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De nombreux éléments locaux de « l'État islamique » se sont rendus aux Forces démocratiques syriennes. Des combattants étrangers et des hauts commandants étaient absents de ce groupe. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

Depuis que les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont pris le contrôle total d'al-Raqqa, des questions sont apparues sur la disparition des émirs et combattants étrangers de « l'État islamique » (Daech).

Ces éléments brillaient par leur absence sur les photos prises lors de la reddition qui a été négociée par les leaders tribaux et le conseil civil d'al-Raqqa.

Les responsables s'occupant de l'affaire ont indiqué à Diyaruna que ceux qui restaient étaient des éléments de base abandonnés par leurs émirs et les combattants étrangers, qui ont fui vers d'autres zones.

« Selon des estimations actuelles, 275 combattants de Daech qui se trouvaient dans la ville d'al-Raqqa se sont rendus », a déclaré à Diyaruna le responsable médiatique des FDS Moustafa Bali.

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Des membres des Forces démocratiques syriennes fêtent leur victoire à al-Raqqa sur le rond-point d'al-Naim du centre-ville. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

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Des soldats des Forces démocratiques syriennes posent pour une photo après avoir pris le contrôle total de la ville syrienne d'al-Raqqa. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

Des tribus d'al-Raqqa et le conseil civil de la ville ont reçu les familles de ces éléments à leur reddition.

Les éléments de Daech qui se sont rendus ont été transférés vers un camp spécial sous le contrôle des FDS à al-Tabqa, où ils seront interrogés, a précisé Bali.

Ceux dont l'implication dans des activités criminelles a été prouvée seront jugés, les autres seront remis à un comité composé de membres des tribus d'al-Raqqa.

Ce comité sera leur garant, a expliqué Bali, s'assurant de leur lieu de résidence et qu'ils ne tomberont pas dans des activités louches.

« S'ils sont trouvés », les combattants étrangers qui ne se sont pas rendus seront traités par les forces de la coalition, a-t-il ajouté.

Une trahison habituelle

En se basant sur sa participation à l'opération Colère de l'Euphrate, l'officier des FDS Farhad Khoja a indiqué à Diyaruna que les émirs de première ligne, surtout les étrangers, fuient en général les villes des zones à risque qui sont sur le point de leur échapper.

Ils partent vers des zones plus sûres, a-t-il fait savoir, laissant derrière eux les éléments de base, « ceux qui sont enrôlés de force et ceux qui ont pris les armes uniquement pour le salaire mensuel que le groupe pouvait leur offrir ».

Cela a été le cas à al-Raqqa, où les seuls combattants sur place au moment de la reddition étaient les soldats de base, pour la plupart originaires de la province d'al-Raqqa et des environs, a-t-il relaté.

Khoja a ajouté qu'il estime que les émirs étrangers et la force de combat principale se sont enfuis de la ville préalablement pour rejoindre Deir Ezzor, allant surtout dans la région d'Albou Kamal, qui est toujours sous le contrôle du groupe.

Selon diverses sources, certains d'entre eux se sont rendus dans la ville d'al-Mayadeen pour ensuite rejoindre Albou Kamal et les villes et villages alentour.

« Le départ de ces combattants n'est pas synonyme de manquement au devoir de la part des forces qui ont assiégé al-Raqqa », a-t-il affirmé, car la ville a été encerclée en plusieurs étapes et non pas en une seule fois, en raison de sa topographie et d'autres facteurs.

« Il est évident que les éléments de Daech qui ont fui vers d'autres zones l'ont fait au début du siège », a-t-il ajouté.

Jamal al-Bakkar, habitant à al-Raqqa, a rapporté à Diyaruna qu'au cours des derniers mois, il n'a pas croisé d'émirs ou de combattants étrangers de Daech lorsqu'il quittait son domicile pendant les accalmies des combats pour aller chercher de la nourriture pour sa famille, comme il le faisait par le passé.

Tous les éléments de Daech qu'il voyait étaient des locaux, a-t-il poursuivi, la plupart étant connus.

« Cela a laissé la population civile perplexe, car la propagande du groupe mettait en avant le fait que la bataille d'al-Raqqa était cruciale et que ses éléments défendraient la ville », a-t-il fait savoir.

Mais au final, ils se sont enfuis et ont laissé les soldats de base affronter leur destin, a-t-il indiqué, qui a été de se battre jusqu'à la mort ou se rendre.

Un exode indéniable

Ces derniers mois, des dizaines, peut-être même des centaines de combattants de Daech ont fui la ville d'al-Raqqa et son arrière-pays pour rejoindre Albou Kamal, a rapporté à Diyaruna Fajr al-Abdoullah, militant des médias natif d'Albou Kamal.

La plupart étaient des combattants étrangers, a-t-il indiqué, dont beaucoup étaient irakiens.

« Au début, cet exode avait lieu en secret, jusqu'à ce que la présence de ces combattants et de leurs familles devienne évidente dans les rues et sur les marchés de la ville » d'Albou Kamal, a-t-il signalé.

Le transfert des éléments de Daech venus de nombreuses zones, y compris al-Raqqa, a été accompagné par un accroissement de l'activité des patrouilles du groupe, a-t-il ajouté.

Les piétons et les personnes venues faire leurs achats dans les rues et sur les marchés de ces zones pouvaient subir un contrôle d'identité à tout moment par une patrouille, a-t-il rapporté, et leurs téléphones pouvaient être inspectés pour consulter leurs photos ou leur utilisation d'internet.

Les commerçants et les habitants de ces zones ont observé de nouveaux venus de Daech déambuler dans les rues en vêtements civils, a-t-il poursuivi, surtout sur les marchés et lorsqu'ils accompagnent leurs familles.

Par ailleurs, la menace que représente le retour des combattants étrangers dans leurs pays d'origine devrait faire l'objet d'une réunion des ministres de l'Intérieur du G7 qui a débuté jeudi 19 octobre en Italie, a rapporté l'AFP.

Les dizaines de milliers de combattants étrangers partis combattre dans les rangs de Daech en Syrie se seraient pour l'essentiel enfuis au cours des derniers mois.

Alors que la surveillance aux passages frontaliers a depuis été renforcée, rendant le retour des combattants plus difficile, des experts en sécurité ont mis en garde contre les nouvelles possibilités d'attaques, alors que la pression contre Daech s'intensifie.

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