Terrorisme

Tahrir al-Sham s'impose dans tous les aspects de la vie à Idlib

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Les drapeaux de l'alliance extrémiste Tahrir al-Sham et du Front al-Nosra sont brandis lors d'une manifestation organisée par des éléments et des partisans de Tahrir al-Sham à Idlib en début d'année. [Photo fournie par Mousab Assaf]

Tahrir al-Sham – une alliance extrémiste dominée par l'ancien Front al-Nosra (FAN) – a imposé aux habitants d'Idlib son idéologie dérivée de celle d'al-Qaïda depuis qu'elle a chassé le groupe rival d'Ahrar al-Sham de la ville, ont indiqué des militants à Diyaruna.

« Tahrir al-Sham a récemment éliminé plus de vingt factions de l'Armée syrienne libre (ASL) qui avaient refusé de lui prêter serment », a rapporté à Diyaruna Mousab Assaf, activiste des médias à Idlib, sous couvert d'un pseudonyme pour des raisons de sécurité.

Immédiatement après avoir pris le contrôle de la ville, Tahrir al-Sham a interdit la création de toute nouvelle faction militaire ne faisant pas partie de son alliance, et a ordonné aux déserteurs de tous les groupes, y compris du sien, de rendre les armes.

L'alliance souhaite imposer son idéologie inspirée de celle d'al-Qaïda dans toute la province d'Idlib, en éliminant Ahrar al-Sham, qui ne partage pas ses opinions, a-t-il expliqué.

« Tahrir al-Sham a toujours insisté sur la propagation d'une idéologie extrémiste basée sur les idées d'al-Qaïda », a rappelé Assaf, soulignant que cela diffère de l'appel à la gouvernance par des conseils civils prônée par Ahrar al-Sham.

Les affrontements entre les deux camps ont débuté après que Tahrir al-Sham eut tenté à plusieurs reprises, mais sans succès, d'absorber Ahrar al-Sham, a-t-il poursuivi.

Les habitants d'Idlib craignent l'avenir incertain qui les attend, maintenant que leur ville est devenue un « quartier général important de Tahrir al-Sham, la branche d'al-Qaïda en Syrie », a indiqué Assaf.

« C'est l'un des plus grands rassemblements de groupes terroristes au monde, qui inclut des éléments arabes et étrangers venus en Syrie pour participer au 'djihad' », a-t-il rapporté, soulignant le fait que « les habitants rejettent la présence de Tahrir al-Sham ».

Raids et arrestations en masse

« La première chose que Tahrir al-Sham a faite lors de sa prise de contrôle de la ville d'Idlib et des villages environnants a été de faire des descentes dans des dizaines de maisons et d'arrêter les habitants et les activistes dans les médias opposés au groupe », a fait savoir l'activiste et professionnel des médias Sumer Agha, du comité de coordination de Salamiyah.

Tahrir al-Sham a ensuite relâché un grand nombre d'entre eux après leur avoir fait jurer par écrit qu'ils n'attaqueraient et ne critiqueraient le groupe pour aucune raison, a-t-il relaté, rappelant que nombre d'entre eux restent en détention.

Quant aux éléments d'Ahrar al-Sham, a-t-il ajouté, il n'en reste aucun dans la région – pas même ceux originaires de la ville et de la région environnante – et beaucoup d'entre eux ont emmené leurs familles vers d'autres positions détenues par Ahrar al-Sham en dehors de la zone.

Tahrir al-Sham a interdit aux imams affiliés à Ahrar al-Sham ou qui soutenaient ce groupe de donner des leçons religieuses ou de prononcer des sermons le vendredi dans les mosquées locales, a-t-il poursuivi.

Le fait d'imposer son contrôle sur la vie religieuse de la ville n'est pas le seul objectif de l'alliance.

« L'une des raisons pour lesquelles Tahrir al-Sham s'est empressé de s'emparer de cette région est pour pouvoir contrôler le passage frontalier de Bab al-Hawa », a expliqué Agha.

Bab al-Hawa est une route de ravitaillement cruciale entre la Syrie et la Turquie, a-t-il indiqué, soulignant le fait que les ressources financières de l'alliance sont épuisées et qu'elle cherche à sécuriser ses sources de revenus en garantissant un accès à ce passage frontalier et aux autres routes commerciales.

« Extrémisme, injustice, oppression »

« La vie sous le joug de Tahrir al-Sham n'est pas très différente de la vie sous le joug de 'l'État islamique' (Daech) », a expliqué Abdoul-Aziz Barakat, propriétaire d'une boutique à Idlib.

La situation est la même, avec le même mélange « d'extrémisme, d'injustice et d'oppression, et la même répression des libertés personnelles », a-t-il déclaré à Al-Mashareq.

Lorsque Tahrir al-Sham a pris le contrôle de la ville d'Idlib et des zones environnantes, « les drapeaux de la révolution syrienne ont immédiatement disparu », a-t-il rapporté.

Les combattants de l'alliance ont supprimé le drapeau dès que la ville est passée sous leur contrôle, a-t-il raconté, menaçant de punir tous ceux qui osaient le hisser.

Ils ont également saisi les tribunaux de la charia et ont commencé à mettre en place des patrouilles intensives dans les rues de la ville et ont ordonné aux cybercafés de conserver un registre de leurs clients.

« Ces patrouilles ont également commencé à harceler les femmes et les filles dans les rues et sur les marchés, les critiquant pour ne porter qu'un foulard sur la tête et les obligeant à porter un niqab complet », a-t-il déclaré.

D'autres ont été réprimandées parce qu'elles sortaient de chez elles sans être accompagnées par un homme de leur famille, a ajouté Barakat.

« La plupart des organisations humanitaires ont suspendu leurs opérations dans la ville d'Idlib et ses zones rurales suite aux récents événements », a-t-il poursuivi.

Cela ne fera qu'accroître les souffrances des civils, car beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté et ont un besoin urgent d'aide.

Par le biais de ses activistes dans les médias, l'alliance essaie de réfuter une telle situation et prétend que le travail des organisations humanitaires n'a pas cessé, a-t-il déclaré, publiant de fausses déclarations et des images d'anciens bons d'achat humanitaires n'ayant plus de solde.

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