Terrorisme

En manque d'argent liquide, l'EIIL pille les maisons de l'Anbar

Par Khalid al-Taie

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Un habitant de Mossoul regagne sa maison en portant le drapeau irakien après que « l'État islamique en Irak et au Levant » eut été chassé de la zone. [Photo extraite de la page Facebook de Hirasat Baghdadya]

La chute des finances de « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) a poussé le groupe à rechercher d'autres sources de financement, y compris le vol des biens des civils et leur revente en Syrie, expliquent les habitants et les autorités.

Dans la province de l'Anbar, la plus à l'ouest de l'Irak, les éléments de l'EIIL ont confisqué les maisons et volé les biens personnels des habitants, les faisant passer en contrebande par la frontière pour aller les revendre, ont-ils indiqué.

Abou Hakam, 47 ans et habitant Al-Qaim qui a demandé à utiliser un pseudonyme par peur pour sa sécurité, a raconté à Diyaruna qu'il avait quitté al-Qaim pour le camp de réfugiés Kilo 18 à l'ouest de Ramadi en 2015, près d'un an après que sa ville fut tombée aux mains de l'EIIL.

Des habitants d'al-Qaim nouvellement déplacés arrivant au camp lui ont dit que l'EIIL avait confisqué sa maison et volé ses meubles, ses appareils ménagers et sa voiture.

Les éléments de l'EIIL considèrent quiconque ayant fui son soi-disant « califat » comme « un traître et un apostat » a-t-il indiqué. « Ils se sont donné la liberté de confisquer et de piller ce que les gens possédaient sous le prétexte qu'il s'agit de prises de guerre ».

« Ils tentent maintenant de tout faire pour obtenir de l'argent », a-t-il poursuivi.

Pillage des maisons privées

Alors que ses pertes sont de plus en plus lourdes, l'EIIL cherche d'autres moyens de financer ses opérations et de maintenir son contrôle sur les régions les plus à l'ouest de la province, al-Qaim, Anah et Rawa, a expliqué Naeem al-Koud, membre du conseil provincial de l'Anbar.

Le groupe est confronté à une grave pénurie financière par suite de sa perte de contrôle sur de vastes régions riches en pétrole et autres ressources, a-t-il encore précisé à Diyaruna, et il a désormais recours au vol comme sa principale source de revenus.

« Ces gangs terroristes » ont commencé à piller les maisons privées des déplacés internes (DI) et celles des habitants qui refusent de coopérer avec le groupe, a-t-il ajouté.

« Ils volent les voitures et les biens de valeur légers comme les bijoux en or, ainsi que les appareils ménagers, les biens agricoles et commerciaux et les animaux », a-t-il poursuivi.

Ils prennent tout ce sur quoi ils réussissent à mettre la main, passant les biens volés en contrebande en Syrie pour les revendre, a-t-il ajouté, estimant par ailleurs que l'EIIL a tiré environ douze millions de dollars de la contrebande et de la vente de biens volés.

À un degré moindre, a expliqué al-Koud, les taxes que le groupe impose à tous les habitants lui assurent une source de revenus supplémentaire.

Les éléments de l'EIIL menacent de confisquer les biens des gens si ceux-ci ne paient pas les taxes imposées par le groupe, a-t-il ajouté, précisant que l'EIIL collecte au moins cent dollars par mois de taxe auprès de chaque ménage.

Les habitants locaux se sont vu interdire de quitter la région, à moins que ce ne soit pour des raisons médicales, a expliqué al-Koud.

Mais même alors, a-t-il précisé, ils doivent payer une forte somme, 10 000 dollars, pour être autorisés à partir, leur famille et leurs biens faisant alors office de caution pour s'assurer qu'ils reviendront.

De nombreux habitants ne peuvent payer une telle somme, a-t-il rapporté, et sont alors contraints d'endurer des conditions de santé et de vie déplorables plutôt que de chercher un traitement.

Échapper à la tyrannie de l'EIIL

L'EIIL cherche à tirer parti autant que possible de ses derniers bastions dans la province pour obtenir des fonds de quelque manière que ce soit, a indiqué le major Salah Fadhil, commandant de la force tribale Ameriyat al-Sumoud dans l'Anbar.

« Cela inclut la confiscation et le pillage des maisons dont les occupants ont fui, et les maisons des gens que l'EIIL veut capturer ou tuer, comme les anciens membres de la police et de l'armée », a-t-il précisé à Diyaruna.

Ces deux derniers mois, les camps de réfugiés de la province ont accueilli de nombreuses familles déplacées de l'ouest de l'Anbar « qui avaient abandonné tout ce qu'elles possédaient pour échapper à la tyrannie des terroristes », a-t-il ajouté.

Athal al-Fahdawi, membre du conseil provincial de l'Anbar, a expliqué pour sa part à Diyaruna que la saisie et le pillage de maisons sont encore un autre exemple du « comportement criminel » du groupe.

« Nous nous attendons à cela de la part des terroristes, qui se sont octroyé le droit de faire tout et n'importe quoi », a-t-il précisé.

Toutefois, a-t-il ajouté, le groupe s'est emparé de dizaines de maisons à Mossoul, « mais les a ensuite perdues lorsque les quartiers ont été libérés et ces maisons rendues à leurs véritables propriétaires ».

Lorsque la bataille de libération de Mossoul sera terminée, a conclu al-Fahdawi, l'accent sera mis sur la libération des parties restantes de l'ouest de l'Anbar et le retour des DI dans leurs maisons.

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