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Terrorisme |

L'alliance de Syrie liée à al-Qaïda porte la marque du groupe irakien

Par Waleed Abou al-Khaïr au Caire

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Hashem al-Cheikh Abou Jaber, ancien leader d'Ahrar al-Cham, s'est lui-même nommé commandant en chef de Tahrir al-Cham, la nouvelle alliance de factions extrémistes liée à al-Qaïda. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

Tahrir al-cham, une nouvelle alliance de factions extrémistes en Syrie, ressemble beaucoup à l'ancien Conseil consultatif des moudjahidines, une alliance de groupes extrémistes ayant combattu en Irak, indiquent des experts en groupes terroristes à Diyaruna.

Le 28 janvier, le Front al-Nosra (FAN) et quatre factions d'opposition – Noureddin al-Zinki, Liwa al-Haq, le Front Ansar Dine et Jaysh al-Sunna – ont annoncé avoir formé une nouvelle alliance appelée Tahrir al-Cham (Libération de la Syrie).

Cette nouvelle entité, qui comprend également des dizaines de factions plus petites et un grand nombre d'éléments et de responsables d'Ahrar al-Cham, est dirigée par l'ancien chef d'Ahrar al-Sham, Hashem al-cheikh Abou Jaber, aussi appelé Abou Jaber Cheikh.

Les deux alliances disent posséder une connexion avec al-Qaïda : Tahrir al-cham à travers le FAN, qui se fait désormais appeler Front Fatah al-Cham, et le Conseil consultatif des moudjahidines à travers al-Qaïda en Irak, qui en était déjà l'un des membres les plus importants.

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Des éléments de Tahrir al-Cham prennent la pose dans la province syrienne d'Idli, qui a connu d'importants combats internes entre les factions extrémistes armées de Jund al-Aqsa et du Front al-Nosra. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

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Le prêcheur saoudien Abdoullah al-Mouhaysini est connu pour son soutien à l'idéologie extrémiste d'al-Qaïda. Il a récemment rejoint Tahrir al-cham en Syrie. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

Les deux ont été mises sur pied pour tenter de consolider leurs gains en changeant leur image, apparaissant comme un front unifié, ont expliqué des experts, notant que Tahrir al-cham ne fait que répéter le même scénario qui s'est joué en Irak.

Comme le groupe irakien, les membres de l'alliance de Syrie adoptent l'idéologie des anciens chefs d'al-Qaïda, Oussama ben Laden et Abou Moussab al-Zarqaoui, partagent le même mode opératoire et fusionnent afin de survivre lorsque la pression s'intensifie.

Nombreuses similitudes

Un examen du Conseil consultatif des moudjahidines et de Tahrir al-Cham « révèle beaucoup d'aspects similaires entre les deux », a fait savoir le major général Abdoul-Karim Ahmed, ancien officier de l'armée égyptienne spécialisé dans les affaires d'al-Qaïda.

« En Irak, le conseil a été créé à partir de plusieurs groupes armés terroristes ayant adopté l'idéologie takfiriste terroriste et ayant juré fidélité à Oussama Ben Laden et à Abou Moussab al-Zarqaoui », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Cette alliance, fondée en janvier 2006 peu après la mort d'al-Zarqaoui, a réuni al-Qaïda en Irak et Jaish al-Taifa al-Mansurah, Katbiyan Ansar al-Tawhid wal Sunnah, Saray al-Jihad, les Brigades d'al-Ghuraba et les Brigades d'al-Ahwal.

Elle a été formée pour créer « une nouvelle entité unifiée pour tenter de regagner une partie du pouvoir que ces groupes avaient perdu », a expliqué Ahmed.

En Syrie, la situation est similaire, avec l'ajout d'une dimension, politique, a-t-il souligné.

« Les groupes terroristes qui ont constitué Tahrir al-cham étaient éparpillés dans plusieurs régions échappant au contrôle du régime, mais avaient perdu la plupart de ces zones lors d'opérations militaires » et de frappes aériennes qui ont pris pour cible leurs positions et leurs leaders, a-t-il déclaré.

Le blocus financier imposé par la coalition a affecté de façon négative leurs ressources, a-t-il ajouté, et les négociations politiques les ont laissés « en dehors de tout cadre d'un accord et sans espoir d'obtenir de futurs gains politiques ».

Cela « les a affaiblis et continue à les affaiblir », a-t-il rapporté, expliquant que ces factions avaient besoin de former une « nouvelle entité » pour se préserver.

Cette nouvelle entité est Tahrir al-cham, a-t-il poursuivi, qui dans le communiqué annonçant sa création prétend être « unie pour préserver les gains de la révolution [syrienne] et du djihad islamique », et qu'elle formera « le noyau des capacités collectives de la révolution et qu'elle maintiendra son cap ».

« Toutes ces entités utilisent les idées d'al-Qaïda, d'Oussama ben Laden et d'Abou Moussab al-Zarqaoui comme fondation idéologique, ce qui signifie que l'expérience irakienne, le Conseil consultatif des moudjahidines, se répète avec Tahrir al-Cham », a affirmé Ahmed.

Au cours des années précédant le déclenchement de la guerre syrienne, de nombreux leaders désormais regroupés sous la bannière de Tahrir al-Cham avaient auparavant prêté serment et agissaient pour le compte du Conseil consultatif des moudjahidines, a-t-il ajouté, dont Aboul Fath al-Farghali, Aboul Waleed al-Hanafi, Abou Bara al-Qahtani et d'autres.

Échec de la tentative de changement d'image

La tactique de changement de nom initiale du FAN était une ruse pour garantir son inclusion dans le processus politique en se présentant « comme une faction d'opposition aux orientations modérées », a déclaré le major général Yahya Mohammed Ali, officier à la retraite de l'armée égyptienne.

Après la tentative ratée du FAN de se forger une nouvelle identité en changeant de nom, il avait besoin de créer une nouvelle entité pour restaurer son statut, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Il a réussi à le faire en créant une « entité basée sur al-Qaïda pour contrecarrer toute solution militaire ou politique qui l'exclurait », a-t-il précisé, en rassemblant tous les groupes combattant en Syrie et affiliés à al-Qaïda.

C'est le mode opératoire qui avait été utilisé en Irak, a-t-il rappelé.

« Al-Qaïda en Irak était un regroupement de groupes terroristes qui s'étaient rassemblés pour former AQI, jusqu'à ce que le Conseil consultatif des moudjahidines soit formé, les unissant tous sous la même bannière », a-t-il indiqué.

Ce scénario se répète en ce moment en Syrie, a-t-il poursuivi, et est similaire à la « méthode de cellules séparées utilisée par les groupes affiliés à al-Qaïda ».

Alors que les cellules séparées agissent en secret dans la plupart des pays, a-t-il déclaré, « en Syrie et en Irak elles jouent ce rôle ouvertement sur le terrain, avec une chaîne de commandement pyramidale ou une hiérarchie de leadership complexe ».

En Syrie, c'est le leader du FAN, Abou Mohammed al-Joulani, qui est à la tête.

Les serments d'allégeance à Tahrir al-Cham révèlent clairement, en se basant sur les noms qui circulent, que ces groupes sont en fait « des cellules séparées déployées dans diverses parties de la Syrie pour étendre la zone de contrôle [d'al-Qaïda] », a-t-il affirmé.

Ces groupes unissent leurs forces « du fait de l'intensification de l'embargo international et de la menace qui pèse sur leur existence », a-t-il ajouté.

Connexion avec al-Qaïda

Un examen des noms des principaux leaders de Tahrir al-Cham révèle de nombreux anciens chefs d'Ahrar al-Cham « qui sont connus pour leur extrémisme et leur affiliation organique avec al-Qaïda », a déclaré le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

Cette liste inclut les chefs du FAN, a-t-il indiqué à Diyaruna, en plus des combattants syriens, arabes et étrangers.

La nouvelle entité comprend également des figures importantes comme « le prêcheur saoudien Abdoullah al-Mouhaysini, Abou Hamza al-Masri et Abou Bara al-Qahtani », ainsi que le bataillon ouzbek al-Mouhajiroun (immigrants), a-t-il précisé.

Cela a fait de l'alliance « l'un des plus grands groupes terroristes », a-t-il poursuivi, notant qu'elle compte presque autant de membres dans ses rangs que « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

« L'homme qui dirige actuellement le groupe est l'un des éléments d'al-Qaïda les plus importants en Syrie », a-t-il ajouté.

Hashem al-cheikh Abou Jaber, qui s'est autoproclamé commandant en chef de Tahrir al-cham était chargé du mouvement des moudjahidines vers l'Irak jusqu'à son arrestation fin 2005.

Il a été relâché en 2011 avec de nombreux terroristes détenus dans les prisons syriennes et a rejoint Ahrar al-Cham en 2013, devenant « l'émir d'Alep » et officiant au conseil consultatif du mouvement.

Il a pris les commandes d'Ahrar al-Cham pour un an avant de quitter son poste pour fonder Jaish al-Ahrar, qui a été formé par la fusion de plusieurs groupes activistes islamistes, a fait savoir al-Abdoullah.

Al-Abdoullah a déclaré s'attendre à ce que le leader du FAN, Abou Mohammad al-Joulani, prenne bientôt le commandement de Tahrir al-Cham.

En Syrie comme en Irak

Le serment d'allégeance à Tahrir al-Sham d'Abou Mousab al-Tahhan, ancien commandant militaire d'Ahrar al-cham, « révèle la lignée de la nouvelle entité et la tentative d'établir un Conseil consultatif des moudjahidines en Syrie », a affirmé al-Abdoullah.

Cette nouvelle alliance bénéficie du soutien d'un grand nombre d'éléments d'al-Qaïda venus d'Irak lorsque la pression internationale sur eux s'est intensifiée, a-t-il expliqué.

Tahrir al-Cham « n'a pas été créé à la hâte, mais était en préparation depuis quelque temps, ou était peut-être un plan de secours conçu pour échapper au danger de la pression internationale », comme cela a été le cas en Irak, a-t-il indiqué.

Les meilleures preuves en sont les serments d'allégeance à la nouvelle entité d'un grand nombre d'imams radicaux connus pour leur affiliation à al-Qaïda, a-t-il ajouté.

Parmi ceux se trouvent Abdoul Razzaq al-Mahdi, Abou al-Harith al-Masri, Abou Yousef al-Hamawi, Abou al-Taher al-Hamawi, Mousleh al-Elyani et Abdaoullah al-Mouhaysini, tous ayant répandu l'idéologie d'al-Qaïda en Syrie, a-t-il rappelé.

La plupart d'entre eux « ont été éduqués en Irak par Abou Musab al-Zarqawi en personne », a-t-il conclu.

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