Terrorisme

Des milices soutenues par l'Iran recrutent des Pakistanais et des Afghans pour combattre en Syrie

Par Abdoul Ghani Kakar

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La Brigade Fatemiyoun, une milice chiite afghane combattant sous le commandement d'officiers iraniens, se bat aux côtés des troupes favorables au gouvernement syrien à Palmyre, en décembre en Syrie. [Tasnim News Agency]

QUETTA – Des milices liées au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) recrutent des Musulmans chiites en Afghanistan et au Pakistan pour combattre en Syrie afin de soutenir le Président Bachar el-Assad.

« La Brigade Fatemiyoun, composée de mercenaires afghans chiites, et la Brigade Zainebiyoun, composée de milices pakistanaises chiites recrutement principalement des combattants chiites pour se battre aux côtés du CGRI, du Hezbollah et d'autres milices irakiennes soutenues par l'Iran en Syrie », a déclaré un haut responsable du ministère pakistanais de la Défense sous condition d'anonymat.

« Après leur recrutement, les combattants chiites suivent un entraînement de cinq semaines avant leur déploiement, et leur formation militaire spécialisée a lieu dans la province iranienne de Yazd et d'autres bases secrètes », a-t-il rapporté à Pakistan Forward.

Au cours des deux dernières années, des centaines de combattants chiites pakistanais et afghans ont également reçu un entraînement à Alep, en Syrie, a-t-il fait savoir.

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La Brigade Fatemiyoun, vue ici en décembre, est constituée d'environ 20 000 mercenaires chiites afghans, selon des informations des médias. Sur le mur de cet abri à Palmyre, en Syrie, on peut lire en persan : « Les garçons d'Hérat de Fatemiyoun étaient ici. Ya Zainab. » [Tasnim News Agency]

« Il nous est signalé qu'un grand nombre de combattants chiites pakistanais impliqués dans la guerre en Syrie résidaient déjà en Iran, tandis que d'autres viennent de Parachinar, Quetta, Lahore, Sukkur, et d'autres régions du Pakistan », a-t-il indiqué.

En Syrie, des milices armées entraînées par le CGRI

La Brigade Fatemiyoun a été créée en 2014 et recrute des combattants principalement parmi les près de trois millions d'Afghans vivants en Iran.

Elle dispose d'environ 20 000 combattants selon les médias iraniens, et a subi le plus de pertes parmi les diverses milices soutenues par le CGRI se battant en Syrie , selon d'autres médias.

Combattant sous des commandants iraniens, le groupe s'est battu avec une coalition de forces progouvernementales pour chasser « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) hors de Palmyre (Syrie) en décembre.

La Brigade Zainebiyoun est plus petite et était initialement chargée, en 2013, de garder les lieux chiites sacrés en Syrie. Son nombre a suffisamment grandi début 2015 pour justifier sa propre division, et elle a rejoint les batailles offensives autour de Daraa et d'Alep.

Elle recrute parmi les Pakistanais chiites vivant en Iran, les réfugiés hazaras chiites vivant au Pakistan, et d'autres chiites originaires du Pakistan.

Ces deux groupes sont financés, armés et entraînés par le CGRI. Leur déploiement suit un schéma selon lequel le CGRI recrute des chiites dans toute la région, y compris du Liban, de l'Irak, du Yémen et d'autres pays pour combattre en Syrie au nom de sa guerre idéologique.

Le CGRI paierait ses combattants environ 500 $ par mois et leur offre à eux et aux membres des familles des combattants tués en Syrie des documents de résidence iraniens.

Faciliter le transport des combattants

Les combattants recrutés au Pakistan se déplacent aussi vers l'Iran déguisés en pèlerins chiites.

« L'année dernière à Quetta et au point de passage Zero Point de Taftan, les forces de sécurité ont arrêté 39 pèlerins chiites à cause de leurs liens présumés avec Zainebiyoun », a déclaré le responsable pakistanais de la Défense, ajoutant que l'enquête était en cours.

Les agences de sécurité pakistanaises surveillent de près le mouvement des pèlerins chiites dans le pays pour découvrir s'ils ont des liens avec Zainebiyoun, a confirmé Mouhammad Abdoullah Khalid, responsable auprès du ministère de l'Intérieur à Islamabad.

« Les agences de sécurité pakistanaises travaillent à mettre à jour le réseau de soutien des activistes chiites au Pakistan », a-t-il expliqué à Pakistan Forward.

« C'est une véritable inquiétude pour notre sécurité nationale que des citoyens pakistanais soient utilisés dans la guerre syrienne à des fins sectaires », a-t-il déclaré.

Le 8 février, des membres de l'Agence pakistanaise de sécurité maritime ont arrêté treize activistes suspectés, parmi lesquels trois Iraniens, à bord de deux bateaux au large de la plage de Jawani, près du Baloutchistan, a fait savoir Khalid. « Ces suspects se déplaçaient illégalement dans la juridiction pakistanaise. »

« Les treize suspects [...] font l'objet d'une enquête très poussée, et leur premier interrogatoire a montré qu'ils essayaient de faciliter le transport de recrues du Baloutchistan vers la Syrie », a-t-il rapporté.

« Précédemment, en mars 2016, deux combattants chiites recrutés par le biais de Zainebiyoun ont également été retenus à [...] Quetta », a-t-il poursuivi, ajoutant que la police les avait arrêtés après leur retour de Syrie.

« Selon nos responsables du contre-espionnage, les combattants recrutés secrètement au Pakistan pour la guerre en Syrie touchent entre 60 000 roupies (573 $) et 110 000 roupies [1 050 $] par mois », a-t-il précisé.

Ces salaires sont attirants pour les jeunes, mais beaucoup ne reviennent jamais.

« Beaucoup de ces combattants ont été tués dans différentes parties de la Syrie », a déclaré Khalid.

Fatemiyoun exploité les jeunes Afghans

En Afghanistan, Fatemiyoun recrute principalement de jeunes Afghans de Kaboul et des zones chiites, dont Hérat, a fait savoir Wakil Asadoullah, ancien législateur afghan vivant à Kaboul.

« Fatemiyoun exploite l'État de droit fragile et la situation des droits de l'Homme en Afghanistan et est négligée par les autorités », a-t-il affirmé à Pakistan Forward.

Dans la partie de Dasht-i-Barchi de Kaboul, les recruteurs de Fatemiyoun travaillent en secret, a expliqué Asadoullah, ajoutant que le groupe envoie certains de se recruteurs en Iran grâce à des agences de voyages opérant à Hérat et Kaboul.

« L'augmentation du recrutement de combattants chiites en Afghanistan provoque une situation alarmante pour les zones agitées du sud-ouest de l'Afghanistan », a-t-il déclaré.

« Le gouvernement afghan doit prendre des mesures sérieuses pour éliminer les activistes soutenus par l'Iran en Afghanistan », a-t-il affirmé. « Ces éléments déstabilisent encore plus les zones sensibles d'Afghanistan. »

L'Iran alimente le sectarisme

« L'Iran alimente la violence sectaire dans la région , et le recrutement de jeunes Afghans pour la guerre en Syrie est une tentative d'augmenter les tensions entre les populations sunnites et chiites en Afghanistan », a indiqué Farhad Jahani, analyste de sécurité vivant à Jalalabad.

« Un grand nombre de chômeurs afghans dérivent vers l'Iran, mais une fois qu'ils y sont, les groupes activistes les recrutent », a-t-il expliqué à Pakistan Forward.

« À ce jour, plus de 500 combattants afghans chiites ont trouvé la mort dans diverses régions de Syrie en combattant pour le gouvernement de Bachar el-Assad », a-t-il indiqué.

Beaucoup de membres de la communauté chiite de la région de Mazar-i-Sharif prennent part à la guerre en Syrie, et la plupart d'entre eux ont été recrutés par la milice Fatemiyoun, a-t-il ajouté.

« En échange de leur service, les combattants chiites afghans se voient offrir un permis de résidence iranien », a-t-il déclaré.

« En apportant un entraînement militaire spécialisé aux jeunes chiites d'Afghanistan, l'Iran entend préparer une division de combattants qui pourrait lutter contre les talibans et d'autres groupes activistes sunnites en Afghanistan après la réduction des forces étrangères d'Afghanistan », a-t-il fait savoir.

S'occuper des causes profondes du recrutement

« Comme des [éléments au sein] de l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe soutiennent les groupes activistes sunnites, c'est de même un projet idéologique pour l'Iran afin de recruter des combattants chiites et de promouvoir son [propre mouvement] dans d'autres pays islamiques », a déclaré Hasan Askari Rizwi, professeur à l'université du Pendjab et analyste en défense et sécurité vivant à Islamabad.

Le gouvernement pakistanais doit prendre très au sérieux le recrutement des jeunes chiites du pays pour la cause iranienne, a-t-il affirmé. « Ces pratiques accroissent la fracture sectaire du pays », a-t-il indiqué à Pakistan Forward.

« L'État doit répondre aux problèmes qui poussent nos jeunes vers des groupes hors-la-loi », c'est-à-dire le chômage et un manque d'infrastructures de base, a-t-il ajouté.

« La loi iranienne qui permet au gouvernement d'accorder le droit de résidence aux familles des combattants étrangers tués en Syrie pour la cause iranienne est une tentative d'encourager les jeunes chiites à prendre part à la guerre », a déploré Rizwi.

« Les groupes activistes comme Zainebiyoun exploitent les jeunes pauvres et vulnérables », a-t-il indiqué.

« Le gouvernement fédéral doit prendre des mesures concrètes pour lutter contre le chômage dans le pays, car cela permettra de déjouer les tentatives des activistes de recruter des jeunes chiites ou sunnites pour leurs causes », a-t-il conclu.

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1 COMMENTAIRE (S)
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Et qu'en est-il des mercenaires recrutés par Israël, les Etat Unis, l'Occident, la Turquie, Al Saud et les agents dans le Golfe pour détruire la Syrie.

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