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Terrorisme

Le Hezbollah confronté à une opposition interne grandissante sur son rôle en Syrie

Par Junaïd Salman à Beyrouth

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Le 5 novembre, des partisans du Hezbollah libanais participent aux funérailles d'un combattant tué au combat en Syrie, aux côtés des forces du régime dans un quartier sud de Beyrouth. [Stringer/AFP]

Le Hezbollah, appuyé par l'Iran, a été confronté à une opposition grandissante de la part de ses propres membres et partisans concernant son intervention dans la guerre syrienne, déclarent des analystes à Al-Mashareq.

Début 2013, le premier secrétaire général du Hezbollah, Soubhi al-Toufaïli, a fermement critiqué l'implication de la milice libanaise dans la guerre syrienne, déclarant que « le Hezbollah ne devrait pas défendre le régime criminel qui tue son propre peuple ».

Fin 2016 al-Toufaïli a indiqué qu'en intervenant en Syrie pour aider le régime, le Hezbollah garde les groupes extrémistes comme « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) « tranquilles » et élimine l'opposition reconnue « afin que seuls le régime et l'EIIL restent dans l'arène comme choix pour le peuple ».

Les commentaires d'al-Toufaïli révèlent le malaise naissant dans la communauté chiite du Liban, même parmi les soutiens du Hezbollah, par rapport à l'intervention continue de la milice dans une guerre en dehors des frontières du pays.

Apparition de divisions internes

Rami Ollaïk, professeur à l'université américaine de Beyrouth, a rapporté à Al-Mashareq qu'il a servi dans les rangs du Hezbollah à sa création, mais qu'il avait ensuite quitté le parti.

L'élite dirigeante contrôle le processus de prise de décision du parti grâce à leur association avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) , a-t-il expliqué.

Les membres et partisans du Hezbollah « ont été les victimes de ce groupe d'élite, payant le coût politique de l'Iran », a ajouté Ollaïk.

Le parti n'a pas hésité à intervenir militairement en Syrie parce que ses convictions et ses calculs allaient au-delà des frontières libanaises.

« Il s'est joint à la guerre en Syrie sans considérer les conséquences qu'auraient ses actions », a-t-il indiqué, ajoutant que le contrecoup à l'encontre d'actions violentes perpétrées par-delà les frontières reviendrait au Liban.

Ollaïk a critiqué le parti pour avoir mis ses intérêts avant tout le reste, et pour avoir aveuglement soutenu l'Iran et la Syrie, qui lui ont fourni financement et soutien.

« Le parti n'a pas été perturbé par le rejet de ses actions de la part d'opposants de sa propre secte, et n'a pas pris en compte leur position », a-t-il poursuivi.

Un malaise existe au sein de la base du Hezbollah et parmi ses partisans, et certains commencent à se dévoiler au grand jour, avait indiqué à Al-Mashareq le journaliste Ibrahim Haïdar, qui écrit pour le journal an-Nahar.

Ressentiment contre les actions du Hezbollah

Ce ressentiment est globalement exprimé par les femmes, a-t-il relaté, les épouses et les mères qui ont perdu leurs maris et leurs fils lors de la guerre en Syrie .

Les Libanais qui rejettent l'intervention du Hezbollah en Syrie, y compris certains dans la communauté chiite, se demandent à quoi sert cette implication, a-t-il ajouté, car il inflige de lourdes pertes au parti et cause la mort de plusieurs jeunes tous les jours.

Le Hezbollah fait taire les épouses et les mères en deuil avec de l'argent ou un appartement, et certaines sont contraintes de se marier temporairement, a indiqué Mona Fayad, militante des Droits de l'Homme et chiite ayant condamné à plusieurs reprises l'implication du parti dans la guerre de Syrie et ses effets sur la communauté chiite au Liban.

Certaines de ces femmes sont bouleversées « parce qu'elles sont forcées à rester silencieuses et ne peuvent pas exprimer leur colère à haute voix, car elles ont besoin d'un soutien financier et économique », a-t-elle expliqué.

Le Hezbollah exploite les sentiments de ceux qui ont souffert pendant longtemps de l'oppression et de la marginalisation, et inspire la peur par l'utilisation de la force, et c'est pourquoi les membres du parti sont réticents à critiquer ses actions, a expliqué Ollaïk.

« Il n'y a pas de discussion ou de débat, rien que des actions guidées par l'obéissance », a dit Ollaïk à propos du Hezbollah.

« Sous cette excessive manifestation de force, il y a un feu qui brûle doucement, et les seules personnes qui le voit et comprennent son ampleur sont les membres du parti [...] qui savent que le divorce entre l'élite dirigeante et la base est inévitable, même après un certain temps », a-t-il affirmé.

Luttes de pouvoir caractéristiques

Le Hezbollah, comme d'autres groupes extrémistes combattant en Syrie, a été miné par des divisions internes et des désaccords de doctrine, indiquent des analystes.

Les failles qui ont commencé à apparaître dans les rangs du parti sont aussi visibles chez d'autres groupes armés impliqués dans la guerre syrienne, comme en témoigne la rupture bien documentée entre l'EIIL et le Front al-Nosra (FAN), désormais appelé Front Fatah al-Cham .

Les conflits internes au sein des groupes extrémistes ne sont pas nouveaux, a affirmé à Al-Mashareq le journaliste Hazem al-Amin, ajoutant que « la plus extrême forme de violence est celle qu'ils s'infligent les uns aux autres ».

Ces conflits sont en général attisés par des luttes de pouvoir, a-t-il déclaré, et chaque camp « liquide tous ceux qui s'opposent à lui » parmi ses propres membres.

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles des différends naissent entre les groupes extrémistes d'une même secte, a précisé Qassim Qassir, auteur politique spécialisé dans les groupes extrémistes.

Certains des litiges sont doctrinaux, a-t-il expliqué à Al-Mashareq, chaque groupe ayant sa propre vision et sa propre jurisprudence et pense ainsi avoir le droit d'exiger la vassalité des autres.

« Ainsi, tous ceux qui ne suivent pas sa perspective deviennent des ennemis », a-t-il déclaré, ajoutant que les conflits internes peuvent mener à « la séparation d'un groupe en deux ».

« La lutte de pouvoir est la cause principale » de ces conflits, a affirmé Qassir, notant que « chaque groupe cherche à monopoliser le pouvoir et à subjuguer les autres à sa volonté ».

D'autres facteurs qui divisent les groupes et attisent les luttes internes sont liés à l'acquisition de richesses, a-t-il expliqué, ainsi qu'à des « différends personnels entre les dirigeants ».

Dans ces cas, a précisé Qassir, « les affiliations du groupe avec des organisations ou des parties externes ayant leurs propres demandes et intérêts conflictuels peuvent être un facteur clef dans les conflits qui naissent entre frères ».

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