Terrorisme

Le Front al-Nosra combat ses anciens alliés à Idlib

Par Waleed Abou al-Khaïr au Caire

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Des habitants d'Idlib font la queue pour recevoir du pain devant une boulangerie. Les conflits en cours dans la ville entre le Front al-Nosra et ses anciens alliés d'opposition ont perturbé la distribution de farine. [Photo fournie par le Comité de coordination de la révolution syrienne à Idlib]

De récents affrontements à Idlib, province du nord-ouest de la Syrie, révèlent un changement des alliances qui menace en particulier la survie du Front al-Nosra (FAN), expliquent des experts et des activistes à Diyaruna.

Depuis plus d'une semaine, le FAN, maintenant appelé Front Fatah al-Cham lutte contre d'anciens alliés de l'opposition alors que les combats s'intensifient dans la partie rurale d'Idlib.

Certains groupes d'opposition se sont alliés au FAN, tandis que d'autres ont déclaré leur soutien à Ahrar al-Cham, ancien allié du FAN .

« C'est une guerre dans la guerre », a déclaré mardi à l'AFP Aymenn al-Tamimi, expert en mouvements extrémistes, notant que les combats actuels voient s'affronter des partisans d'une position sans compromis contre ceux qui cherchent une solution politique au conflit.

Cela pourrait dégénérer en une guerre existentielle que le FAN ne voudrait pas perdre, a-t-il ajouté.

La désignation du FAN comme groupe terroriste sous ses nouveaux noms est partiellement responsable de ce changement d'alliances, ont indiqué des experts à Diyaruna.

Certaines factions décident de fusionner avec Ahrar al-Cham pour former une force modérée capable de rassembler soutien et reconnaissance internationaux, ont-ils précisé, afin de pouvoir participer à la prochaine phase de la solution politique en Syrie.

Deux camps émergent à Idlib

« La situation de sécurité dans la zone rurale d'Idlib s'est rapidement détériorée le 22 janvier, après que le FAN a attaqué le quartier général de Jaish al-Mujahideen et de plusieurs autres factions », a déclaré le militant des médias Mahmoud Hajj Kamel, originaire d'Idlib.

La situation s'est calmée après que les groupes pris pour cible par le FAN ont annoncé leur fusion avec Ahrar al-Cham, a-t-il précisé.

Ces factions comprennent Jaish al-Islam, al-Jabha al-Shamia, l'Union Fastaqim Kama Umirt, Jaish al-Mujahideen et la Brigade Suqour al-Cham, a-t-il poursuivi.

« À la suite des affrontements, le FAN a pris le contrôle de la prison centrale d'Idlib après le retrait des éléments de Suqour al-Cham, qui sont fidèles à Ahrar al-Cham », a-t-il indiqué.

Le FAN a aussi attaqué des zones contrôlées par Jaish al-Mujahideen, groupe allié à l'Armée syrienne libre (ASL), et s'est emparé des villes d'Anadan, d'al-Zerbeh et d'Halazon, a-t-il déclaré, et Jund al-Aqsa, allié du FAN, a capturé de nombreuses villes dans la région de Jabal al-Zawiyah, notamment Hizareen, Abdeta, Ablin et Balshoun.

« Mais le FAN a également perdu beaucoup de zones qui étaient sous son contrôle, principalement Maarat al-Numan, dans la partie rurale du sud d'Idlib, en plus des villes d'Ihsim, de Mareian, de Deir Sunbul, de Shnan et de Banin », a-t-il indiqué.

« Les affrontements violents et les batailles qui ont eu lieu entre le FAN et les autres factions armées étaient attendus par tous les habitants d'Idlib, au vu des tensions qui ont régné dans la région au cours des derniers mois », a-t-il déclaré.

Échec du rêve d'un émirat

Le conflit entre les factions d'opposition à Idlib n'est pas surprenant, compte tenu de la multiplicité des points de vue et de l'incapacité d'un groupe à dominer les autres, a expliqué le major général Wael Abdoul Mouttalib, spécialiste en groupes terroristes et ancien officier de l'armée égyptienne.

« Avec des dizaines de factions d'opposition rassemblées dans la région d'Idlib, il fallait s'attendre à ce que la situation explose », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Cette situation n'a pas du tout été favorable au FAN, a-t-il ajouté, notant que le désordre a menacé sa capacité à contrôler complètement certaines zones.

Cela a fait chanceler le rêve du FAN d'établir un émirat islamique, dont le groupe avait déjà commencé à poser les fondations, a-t-il poursuivi, en mettant en place son interprétation agressive de la charia dans les zones sous son emprise.

Quant aux pourparlers se tenant hors de Syrie , a déclaré Abdoul Mouttalib, « la position internationale par rapport au FAN s'est presque unifiée pour le qualifier de groupe terroriste, l'excluant ainsi de facto des négociations [de paix] ».

Et ce malgré le fait que le FAN affirme s'être dissocié d'al-Qaïda , a-t-il indiqué.

Les factions se séparent du FAN

« Tout le monde, y compris des civils et des combattants, sait très bien que le FAN est devenu comme « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) », a déclaré Soumer Agha, militant des médias du comité de coordination Salamiyah ayant suivi la situation d'Idlib.

Comme l'EIIL, a-t-il indiqué à Diyaruna, le FAN « est pris pour cible par des frappes aériennes et des opérations militaires car il n'est pas inclus dans l'accord de cessez-le-feu ».

Le FAN et l'EIIL ont été exclus des discussions d'Astana, a-t-il précisé, et la réaction initiale du FAN a été d'accuser les groupes participant à ces pourparlers de travailler contre eux, de les combattre et de s'allier à la coalition internationale.

« La tension au sol et les signes de la bataille à venir entre les factions ont commencé à être ressentis lorsque [tous les groupes] sont passés en état d'alerte dès l'annonce du nom des factions participant aux pourparlers d'Astana et que la nouvelle de l'exclusion du FAN s'est répandue », a-t-il ajouté.

Par conséquent, toutes les factions travaillent à se distancer du FAN et à rejoindre Ahrar al-Cham, qui a réussi à attirer de nombreuses factions pour affronter le FAN en même temps que des opérations sont en cours pour le chasser d'Idlib, a-t-il déclaré.

Les émirs du FAN sont « très préoccupés » par les tentatives de passer du côté d'Ahrar al-Cham, a-t-il rapporté, les guerriers du groupe ayant clairement « saisi la détérioration de la situation du FAN entraînée par son exclusion ».

Pour répondre à cette inquiétude, le FAN vérifie les documents d'identité de ses éléments aux points de contrôle de sécurité, en particulier ceux des Syriens, a-t-il déclaré, et les empêche de quitter les zones contrôlées par le FAN.

Les habitants d'Idlib décrivent un état d'anxiété accrue parmi les éléments du FAN, a-t-il fait savoir, ajoutant que cela s'applique à ses combattants syriens et étrangers.

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