Terrorisme

Al-Qaïda intensifie la guerre des mots contre l'EIIL

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Le drapeau d'Al-Qaïda est affiché en Syrie, avant que le groupe dissident du Front al-Nosra ait établi une présence dans ce pays. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

La guerre des mots entre al-Qaïda et "l'Etat islamique en Irak et au Levant" (EIIL) fournit des preuves de plus en plus évidentes de la rupture entre les deux groupes, qui cherchent à se saper mutuellement.

Alors que chaque groupe se débat avec les défis extérieurs, les luttes intestines et le recrutement et la rétention des combattants, leurs dirigeants saisissent toutes les occasions pour attaquer l'autre et ternir son image, ont dit des experts à Al-Mashareq.

Le plus récent message audio du leader d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, destiné à l'EIIL et son chef, est une continuation de cette joute verbale, ont-ils dit.

Dans un message affiché en ligne le 5 janvier, al-Zawahri tente de profiter de la situation difficile que l'EIIL traverse pour attirer ses combattants loin de l'EIIL et joindre les rangs d'al-Qaïda.

Ce mouvement intervient au moment où de nombreux rapports récents font état de l'augmentation des défections et des divisions parmi les éléments de l'EIIL, en particulier en Syrie.

Dans son message, al-Zawahri accuse le dirigeant de l'EIIL Abou Bakr al-Baghdadi de mentir et de calomnier al-Qaïda dans une tentative de ternir son image et dénonce les éléments de l'EIIL qui ont soutenu ces actions.

Il se plaint qu'al-Baghdadi a répandu des allégations selon lesquelles al-Qaïda s'oppose aux attaques sectaires contre les chiites et est prêt à coopérer avec les dirigeants chrétiens.

"Les menteurs insistent sur leur mensonge, dans la mesure où ils ont prétendu que nous ne dénonçons pas les chiites comme des infidèles", a déclaré Al-Zawahiri.

Rivalité féroce

"Le nouveau message du chef d'al-Qaïda, qu'il a consacré à attaquer l'EIIL et son chef, Abou-Bakr al-Baghdadi, confirme encore une fois la profondeur de l'abîme entre les deux groupes et la férocité de la bataille en cours entre eux, a déclaré le général de division Wael Abdoul Mouttalib, spécialiste des groupes terroristes et officier militaire égyptien à la retraite.

Les désaccords entre les deux groupes ont été mis en évidence depuis environ le moment où l'EIIL a émergé et a rompu avec le contrôle d'al-Qaïda, a-t-il dit à Al-Mashareq.

"Al-Zawahiri profite clairement des pressions auxquelles l'EIIL est confrontée au cours de la guerre internationale menée contre lui en Irak et en Syrie", a indiqué Abdoul Mouttalib.

Le chef d'al-Qaïda essaie de "voler" les éléments de l'EIIL et revendiquer ainsi le "califat" d'al-Baghdadi, a-t-il ajouté, faisant référence à de nombreux rapports récents qui font état au fait que des éléments de l'EIIL fuient les zones contrôlées par le groupe ou défient d'autres groupes.

Parmi ceux-ci figurent le groupe du Front al-Nosra (FAN) dissident d'Al-Qaïda, également connu sous le nom du Front Fatah al-Sham, a-t-il souligné.

Par son message, al-Zawahiri a également cherché à souligner les "constantes auxquelles al-Qaïda a adhéré depuis sa création à ce jour, à savoir la lutte contre les pays occidentaux et les régimes arabes qui rejettent l'idéologie extrémiste", a-t-il dit.

"Il semble que tout son discours soit dirigé contre les éléments de l'EIIL et d'autres factions djihadistes qui se sont détachées du contrôle d'al-Qaïda au cours de la période écoulée et sont principalement présentes en Syrie", a déclaré Abdoul Mouttalib.

Alimenter les conflits sectaires

"Le récent discours d'al-Zawahiri rappellera les tensions sectaires entre sunnites et chiites, en particulier en Syrie et en Irak", a déclaré Abdoul Nabi Bakkar, professeur et chercheur politique de l'Université Al-Azhar.

Au cours de la période récente, al-Qaïda s'est quelque peu abstenu d'attaquer des civils, a-t-il dit à Al-Mashareq, non pas parce qu'il n'attaque plus les civils comme il le prétend, mais plutôt parce que les mesures de sécurité strictes en Irak en raison de la lutte contre l'EIIL ont rendu difficile la réalisation d'actes de terrorisme.

Bakkar a dit qu'il est possible d'inférer plusieurs choses du message d'al-Zawahiri, particulièrement en ce qui concerne la relation entre al-Qaïda et le FAN.

En ajoutant que "les circonstances de chaque arène du djihad doivent être prises en compte dans l'intérêt du djihad", Al-Zawahiri a donné au FAN un prétexte pour changer ses politiques, a-t-il dit.

Ceci donne une justification implicite au FAN, basée sur les circonstances actuelles, pour protéger son existence et les zones sous son contrôle, a noté Bakr.

Potentiel de bain de sang

Le général Abdoul Karim Ahmed, un officier de l'armée égyptienne retraité, a averti de la possible violence que le message d'al-Zawahiri pourrait déclencher chez les partisans d'Al-Qaïda, de l'ISIL et d'autres partisans de l'idéologie extrémiste.

"Cet appel pourrait inciter les groupes et leurs partisans à mener des attaques terroristes dans le monde entier dans une tentative de se surpasser pour prouver leur existence et revendiquer le soi-disant califat", a-t-il dit à Al-Mashareq.

Cela pourrait conduire à un "bain de sang", a-t-il annoncé.

La compétition entre al-Qaïda et l'EIIL serait sur quel groupe a le "droit de lever la bannière du djihad", a-t-il dit - une détermination basée sur quel groupe a tué le plus "d'infidèles" dans sa quête pour établir un califat .

"L'EIIL a clairement arraché cette bannière des mains d'al-Qaïda à sa création, et c'est là où al-Qaïda essaie une fois de plus de hisser la bannière, en profitant des circonstances que l'EIIL traverse", a-t-il affirmé.

Les tactiques de terrorisme employées par les deux groupes sont semblables, a-t-il ajouté, notant que "cela exige que les efforts internationaux de lutte contre le terrorisme, en particulier les travaux de renseignements, soient intensifiés pour déjouer toute tentative d'agression terroriste".

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Bien sûr, les superpuissances, l'Amérique et la Russie, ont des intérêts dans la trêve.

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