Terrorisme

Mariés sous le "califat", les couples irakiens disent "j'accèpte" à nouveau

Par AFP

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Un homme irakien attend pour prendre les documents officiels au tribunal d'al-Qayyarah le 6 décembre. [Gailan Haji/AFP]

A al-Qayyarah, les irakiens font la queue dans un tribunal civil pour se marier une deuxième fois, enregistrer les naissances et remplacer les documents qu'ils ont reçus pendant deux ans de l'administration jihadiste.

« Est ce que vous acceptez de prendre Ahmad comme époux légitime? », a demandé le juge à Salma dans le tribunal civil qui a récemment rouvert ses portes à al-Qayyarah, une ville sur le fleuve le Tigre au sud de la ville de Mossoul.

La jeune fille a dit oui, une année après avoir échangé les vœux devant un prêcheur musulman à Mossoul, la grande ville du nord où les forces irakiennes combattent « l'Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

Le certificat de mariage reçu par le couple à l'époque, sur l'entête et avec les cachets de l'EIIL, est inutile aux yeux de l'administration fédérale de l'Irak.

L'organisation jihadiste, qui contrôlait des régions en Syrie, a envahi de grandes parties d'Irak en 2014 et proclamé un califat réunissant les deux pays.

Dans une initiative sans précédent dans le jihade moderne, le « califat » proclamé à Mossoul était une expérience de l'état qui a vu une armée de greffiers et de fonctionaires de l'état civil gérer une administration parallèle délivrer des millions de « documents officiels ».

Les forces irakiennes ont lancé une opération pour reprendre Mossoul le 17 octobre et, dès qu'ils ont pu fuir, Ahmad et Salma sont venus au tribunal à al-Qayyarah pour officialiser leur union.

« Nous nous sommes mariés il y a une année mais j'ai les documents délivrés par l'EIIL et ils ne sont pas reconnus », a affirmé Ahmad à l'AFP après la cérémonie.

« Nous voulions venir à ce tribunal pour obtenir ce certificat avant d'aller à Bagdad », a-t-il expliqué.

Sa jeune épouse souriait silencieusement à ses côtés, un hijab noir entourant son visage lourdement maquillé.

Ils ont tous les deux refusé de donner leurs noms complets et ont demandé de ne pas les prendre en photo, mais par souci pour la sécurité de leurs familles qui sont restées dans les quartiers contrôlés par l'EIIL à Mossoul.

De longues queues

En face du tribunal d'al-Qayyarah, qui a rouvert à la mi-novembre après que les forces irakiennes ont repris la ville à l'EIIL cet été, des dizaines de personnes faisaient la queue.

Certains voulaient répéter leurs vœux de mariage, d'autres voulaient enregistrer la naissance de leurs enfants.

Abdel Aziz Ibrahim, un jeune de 25 ans d'al-Qayyarah, était parmi eux et a expliqué qu'il voulait officialiser son mariage datant de la période de Califat avec les autorités fédérales rétablies maintenant.

« Je suis venu pour enregistrer mon mariage », a dit le jeune homme, ajoutant qu'il espérait « obtenir un certificat de naissance pour mon fils Hamza, qui est né sous le contrôle de l'EIIL ».

Pendant ce temps, âgé de plus de deux ans, l'existence du petit Ahmed allait commencer.

Il est entré avec sa famille, qui était accompagnée par deux témoins pour signer le certificat de naissance de l'enfant.

« Ahmed est né en août 2014, deux mois après que l'EIIL est entré dans notre ville », a affirmé sa mère Hamda Mahmoud, tenant son fils qui portait un blouson épais et un chapeau en laine.

« Nous n'avons même pas essayé d'obtenir un certificat de naissance à l'époque car nous savions que les tribunaux de l'EIIL ne seraient jamais reconnus », a-t-elle dit. « L'EIIL nous a fait beaucoup de mal. »

A l'intérieur du tribunal très achalandé, le juge a essayé de réaffirmer son autorité après deux ans et demi de règne jihadiste marqué par la loi de terreur et l'interprétation de la sharia la plus draconiènne.

« Nous avons des diplômes en droit ici », a-t-il dit.

Tareq al-Jobouri, un des avocats exerçant à al-Qayyarah, a déclaré à l'AFP devant le tribunal que « les registres de mariages, naissances et décès sont gelés dans les tribunaux situés dans les zones contrôlées par l'EIIL».

« Maintenant que certaines de ces zones sont libérées, les gens prennent des mesures » pour obtenir les documents officiels, a-t-il expliqué.

Les gens qui font la queue en ce matin glacial devant le tribunal d'al-Qayyarah ne sont pas tous venus pour remplacer les documents délivrés par l'EIIL.

Serhan Matar, 56 ans, a dit qu'il est venu obtenir un certificat de décès pour son fils, « un policier tué par l'EIIL lorsque les jihadistes sont entrés à al-Qayyarah ».

Il a relaté qu'il voulait aussi demandé indemnité pour sa belle-fille et les enfants de son fils, et « déposer une plainte contre l'EIIL ».

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