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Terrorisme

Des familles fuient la famine et la violence d'al-Hawija, aux mains de l'EIIL

Par Khalid al-Taie

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Des habitants d'al-Hawija fuient par bus vers le camp de Laylan pour les DI à Kirkouk, afin d'échapper à « l'État islamique en Irak et au Levant ». [Photo fournie par le ministère des Migrations et des Déplacements]

Des centaines de familles risquent tout pour fuir la faim et la brutalité du règne de « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) de la ville d'al-Hawija, dans la province de Kirkouk.

Le 2 octobre, les forces de sécurité irakiennes ont accueilli plus de 500 civils, principalement des femmes et des enfants, à Maktab Khalid, dans la banlieue de Kirkouk, ont déclaré des responsables à Diyaruna.

« C'est le dernier exode en date de familles d'al-Hawija et des zones voisines, qui sont sous le contrôle de l'EIIL depuis plus de deux ans », a indiqué Ammar Sabah, directeur du Département des Migrations et des Déplacements de Kirkouk.

La plupart des personnes qui fuient vont vers Maktab Khalid ainsi que vers les villes de Daquq et d'al-Dibis, où elles sont accueillies par les forces de sécurité et reçoivent de l'aide d'urgence, a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Dès qu'ils arrivent, nous leur donnons à boire et à manger, et nous fournissons une aide d'urgence aux blessés et aux malades, avant de les déplacer vers des camps pour Déplacés internes (DI) dans la province de Kirkouk », a-t-il déclaré.

Ils sont ensuite inclus dans une base de données pour recevoir une aide financière, des provisions et de l'aide humanitaire, a ajouté Sabah.

« Nous avons suffisamment de réserves de nourriture et de provisions de secours pour 5 000 familles, et nous sommes prêts à faire face à n'importe quelle situation d'urgence », a-t-il affirmé.

« Fuir était la seule option »

Abou Abdallah, âgé de 59 ans, faisait partie des centaines de civils ayant fui al-Hawija pour rejoindre Maktab Khalid le 2 octobre.

Ils ont subi « un voyage périlleux et difficile », a indiqué Abou Abdallah, qui a demandé à utiliser un pseudonyme pour des raisons de sécurité.

Malgré tout, « des familles décidaient de fuir et de risquer leurs vies plutôt que de rester dans la ville et de mourir de faim », a-t-il raconté à Diyaruna. « Il ne nous reste plus rien à manger. Des aliments comme le blé ou le riz sont soit indisponibles, soit trop chers. »

Abou Abdallah a rapporté que le prix d'un sac de 50 kg de sucre s'élevait à un million de dinars irakiens (860 $) ; un kilo de thé coûte 150 000 dinars (129 $) ; un kilo d'oignons coûte 6 000 dinars (5 $), et un savon se vend pour 30 000 dinars (25 $).

« Nos conditions de vie étaient catastrophiques », a-t-il déclaré. « Nous n'avions ni électricité, ni eau potable, ni médicaments, et aucun service public. »

Quant aux crimes de l'EIIL, il ne se passait pas un jour sans que des habitants ne soient exécutés ou arrêtés, a-t-il poursuivi.

« Les terroristes prenaient notre argent et confisquaient nos biens en nous menaçant de mort », a-t-il relaté.

« Les exécutions, les flagellations et les lapidations des victimes de l'EIIL étaient menées sur les marchés et les espaces publics, et les gens étaient impuissants face à la brutalité des terroristes », a-t-il indiqué.

« S'échapper était la seule option dont nous disposions pour quitter cet enfer, même si cela devait nous coûter nos vies », a-t-il ajouté.

Conditions difficiles

Depuis le début de l'occupation d'al-Hawija par l'EIIL en 2014, près de 20 000 familles ont fui la ville pour aller à Kirkouk, a affirmé le député irakien pour Kirkouk, Khalid al-Mafraji.

Suite aux défaites de l'EIIL à al-Qayyara et al-Sharqat, le groupe resserre son emprise sur les résidents d'al-Hawija, a-t-il indiqué à Diyaruna.

« Beaucoup de familles s'étant enfuies que j'ai rencontrées ont parlé des horribles exécutions et des tactiques de la peur utilisées par l'EIIL contre les civils, et même contre ses propres membres qui fuient les combats », a-t-il déclaré.

Ils ont également parlé de la situation humanitaire « catastrophique » dans la ville, en raison des pénuries de nourriture, des prix exorbitants, et de l'absence de soins médicaux, a déclaré al-Mafraji.

« Le seul hôpital de la ville est consacré au traitement des terroristes et de leurs familles », a-t-il ajouté.

« Les gens n'ont pas d'autre choix que de s'enfuir pendant la nuit, en marchant pendant des jours sur des routes défoncées pour éviter d'être repérés par l'EIIL », a-t-il expliqué. « Quand bien même, plusieurs familles ont été capturées, ou ont été victimes des mines [posées par l'EIIL]. »

Les gens attendent

« L'EIIL est faible aujourd'hui à al-Hawija », a affirmé Mafraji, ajoutant que reprendre le contrôle de la ville « portera un sévère coup au terrorisme ».

Cheikh Anwar al-Assi, qui supervise les forces tribales de libération d'al-Hawija, a indiqué que ses forces étaient prêtes pour la bataille de libération de la ville.

« L'EIIL tue et torture notre peuple, et leur vole tout ce qu'ils ont, même le pain », a-t-il déclaré. « Ses conditions de vie empirent jour après jour à cause de la tyrannie de ces terroristes. »

Al-Assi a indiqué à Diyaruna que les forces tribales sont prêtes à commencer le combat dès qu'elles reçoivent le feu vert des forces de sécurité irakiennes.

« Nous serons les premiers à entrer dans la ville », a-t-il affirmé. « Nous avons suffisamment de volontaires, et il nous manque seulement davantage d'armes pour battre les terroristes. »

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