Analyse

Lq scission du Front Al-Nosra signe du déclin d'al-Qaïda

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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Les habitants de la ville syrienne de Maarat al-Noman manifestent contre le Front Al-Nosra en mars. Le groupe s'est récemment renommé et a coupé ses liens avec al-Qaïda. [Photo fournie par Abdoullah al-Jark]

Le Front Al-Nosra (FAN) a changé son nom, mais pas sa nature, ont affirmé des experts à Diyaruna, notant que sa récente décision de rompre ses attaches avec al-Qaïda et de se rebaptiser ne fait que révéler la désintégration d'al-Qaïda.

Lors de sa première apparition filmée, publiée sur internet le 28 juillet, le chef du FAN, Abou Mohammed al-Joulani, a déclaré que son groupe avait changé de nom pour s'appeler le Front Fatah al-Cham, et qu'il tenterait de s'unir qvec d'autres groupes combattant en Syrie.

Dans cette vidéo, al-Joulani apparaît en tenue militaire, portant une longue barbe et un turban. Il a remercié les dirigeants d'al-Qaïda « pour leur compréhension du besoin de rompre les liens » et jure que « le nouveau front ne sera lié à aucun parti externe », déclarant que la séparation avec al-Qaïda avait pour but de « protéger la révolution syrienne ».

Le même jour, le responsable d'al-Qaïda Ayman al-Zawahri a publié un message audio dans lequel il reconnaissait et approuvait publiquement la séparation d'avec al-Qaïda.

Des analystes ont expliqué que le FAN cherche à se dissocier de son rival, « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), lequel a été pris pour cible par des frappes aériennes de la coalition, et n'est pas protégé par les accords de cessez-le-feu.

L'influence d'al-Qaïda diminue

« La séparation entre le FAN et al-Qaïda est le deuxième coup porté à ce dernier. Le premier a été la défection d'Abou Bakr al-Baghdadi, l'ancien émir d'al-Qaïda en Irak, qui est parti en Syrie et a fondé l'EIIL », a indiqué le général de division égyptien à la retraite Yahya Mohammed Ali, spécialisé dans les groupes extrémistes.

« Ceci confirme le déclin du rôle majeur que jouait al-Qaïda, et son incapacité à contrôler toutes ses branches, en particulier celle de Syrie », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Ali a attribué cela principalement aux pressions militaires, sécuritaires et internationales subies par al-Qaïda.

« Ainsi, la bataille contre le terrorisme se poursuit sur un autre plan, où il sera plus facile d'éliminer des groupes terroristes séparés plutôt que d'en combattre un plus grand », a-t-il affirmé, notant que cette séparation accroîtra les tensions entre les deux organisations.

Le conflit politique poussera les deux groupes à une lutte pour contrôler le plus de terrain, tout en essayant de maintenir leurs soutiens les plus fervents, a-t-il expliqué.

« La prochaine phase en Syrie verra sans doute de nombreuses scissions dans les rangs du FAN, car cette décision n'est pas compatible avec les aspirations d'un grand nombre d'émirs et d'éléments du front », a-t-il indiqué.

Certains éléments du FAN «tendent catégoriquement vers une idéologie djihadiste fondamentale, et ont rejoint le FAN parce qu'il était la branche syrienne d'al-Qaïda », a-t-il déclaré.

« Sceller le destin d'al-Qaïda »

L'ancien djihadiste Cheikh Nabil Naïm, qui fut un membre fondateur du Djihad islamique égyptien, a déclaré qu'avec cette annonce, le FAN « scellait le destin d'al-Qaïda, dont le dirigeant, Ayman al-Zawahiri, n'est actuellement pas capable de contrôler toutes les branches du groupe, surtout en Irak et en Syrie ».

Tous les signes indiquaient que cette séparation allait se produire, a-t-il déclaré à Diyaruna, ajoutant que le lien financier entre le FAN et al-Qaïda avait été coupé.

« Par le passé, les affiliés s'en remettaient au commandement d'al-Qaïda pour leur financement », a-t-il expliqué. « Mais désormais, cette autorité, représentée par Ayman al-Zawahiri, est la plus faible financièrement comparée aux fonds générés par l'EIIL et le FAN. »

Les extrémistes qui adoptent l'idéologie d'al-Qaïda ont maintenant deux options, a-t-il annoncé: ils peuvent participer à des opérations terroristes avec l'EIIL – qui est confronté à d'importants revers de fortune – ou rejoindre le nouveau FAN et s'engager pleinement dans le conflit syrien, sachant parfaitement quelle faction n'aura aucun rôle à l'avenir.

« Il est ainsi possible qu'une fragmentation supplémentaire s'opère [alors qu'ils] cherchent une troisième option », a-t-il ajouté.

Le FAN cherche à se préserver

« Quiconque examine de près les discours du leader d'al-Qaïda Ayman al-Zawahiri et de l'émir du FAN Abou Mohammed al-Joulani, dans lesquels ils ont abordé cette séparation, verra clairement qu'ils ont bien pris soin de ne pas exacerber l'atmosphère de tension générale entre les factions djihadistes », a déclaré Abdoul-Karim Ahmed, général de division égyptien à la retraite et analyste militaire.

C'était une tentative de minimiser les pertes résultant de la scission, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Il est intéressant de noter que dans son discours, al-Joulani a insisté sur le maintien de l'idéologie du fondateur d'al-Qaïda, Oussama ben Laden, a-t-il indiqué, car cela a été un point d'achoppement entre le FAN et al-Qaïda par le passé, chacun accusant l'autre de dévier des idées de ben Laden.

« Avec ce changement, le FAN cherche à se dissocier [d'al-Qaïda] et tente de jouer un rôle politique pour se préserver pour la période à venir, et donner l'impression qu'il a abandonné l'approche terroriste », a déclaré Ahmed.

Ceci est dû au fait que la communauté internationale a rejeté et pris pour cible tout groupe affilié à al-Qaïda, a-t-il noté.

Al-Qaïda et l'EIIL essaieront sans doute de rallier à leur cause les autres groupes armés d'opposition combattant en Syrie afin de diminuer l'influence du FAN sur le terrain, a-t-il ajouté, et cela va davantage augmenter la fragmentation des groupes terroristes.

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2 COMMENTAIRE (S)
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Ô Dieu, fais que les combats entre eux soient intenses !

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Un bon programme qui est vraiment fantastique !

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