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Économie |

Exclusion de l'EIIL du système financier mondial

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

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« L'État islamique en Irak et au Levant » utilise des camions comme celui-ci, près de la ville syrienne d'al-Raqa, pour faire passer en contrebande du pétrole et des céréales. [Photo fournie par Mohammed al-Abdoullah]

La meilleure façon de bloquer l'accès de « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) au système financier mondial est d'éliminer ses sources de financement, d'empêcher ses activités de contrebande et de geler les actifs financiers du groupe, ont affirmé des experts.

Ce problème est inquiétant, car les conditions actuelles donnent à l'EIIL l'occasion d'exploiter le système financier, a indiqué Mahmoud Seif, expert bancaire donnant des cours magistraux à la faculté d'économie de l'université égyptienne de Zagazig.

« La pénétration du système financier mondial, malgré les complexités qui gouvernent ses transactions, peut être entreprise en temps de guerre et de tensions de sécurité, s'il existe des zones qui ne sont pas sous l'autorité d'un État et ne sont pas surveillées par la communauté internationale, mais contrôlées par un groupe ou un gang qui mène des transferts et des transactions commerciales et financières », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Ce scénario correspond à la réalité sur le terrain dans plusieurs régions d'Irak et de Syrie, où des transactions commerciales sont menées par l'EIIL avec la vente de pétrole, de céréales et d'antiquités volées » ainsi que d'autres activités illégales, a-t-il déclaré.

Les fonds générés pas de telles transactions commerciales, bien qu'illégales, atteignent au final les marchés mondiaux par le biais de commerçants du marché noir, et font alors partie du système financier mondial, a-t-il précisé.

Il est possible que l'EIIL pénètre également le marché financier mondial par les transactions bancaires dans les zones sous son contrôle, a indiqué Seif.

Cela s'est déjà produit en Irak, a-t-il affirmé, mais « des mesures financières urgentes ont été prises », incluant principalement le fait d'isoler ces banques du système financier.

Garder l'EIIL en dehors du système

« Il existe de nombreux moyens de combattre les tentatives de l'EIIL de pénétrer le système financier mondial », a déclaré à Diyaruna Shaher Abdoullah, professeur d'économie à l'université Ain Shams.

Des organisations internationales et plusieurs pays ont mis en place des mesures pour endiguer cette pénétration, a-t-il expliqué, notant que toute intervention doit comprendre une couverture juridique, car cela implique la recherche et le suivi des mouvements de fonds et des dépôts bancaires d'individus suspects dans le monde entier.

De nombreuses résolutions pour faciliter ces mesures ont été émises par l'ONU, l'UE et les nations du G20, ainsi que par d'autres pays, a déclaré Abdoullah.

Le Groupe d'action financière (GAFI) intergouvernemental a également mené un travail important pour assécher les sources de financements de l'EIIL, a-t-il indiqué, en communiquant et en coordonnant avec des pays de toute la planète.

Les décisions prises par les ministres des Finances des États membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont été essentielles pour réduire les sources de financement du terrorisme et pour geler les actifs des individus et entreprises impliqués dans le financement du terrorisme et le blanchiment d'argent pour le bénéfice de groupes terroristes, a-t-il ajouté.

À une plus petite échelle, des dizaines de pays ont implémenté des mesures strictes pour stopper les transferts financiers liés au terrorisme, a-t-il affirmé.

« En Europe, par exemple, des travaux sont en cours pour restreindre l'utilisation de cartes de crédit prépayées, dans une tentative sérieuse pour combattre le financement du terrorisme et le blanchiment d'argent », a-t-il déclaré.

L'action militaire est essentielle

« Tout plan visant à empêcher l'EIIL d'accéder aux marchés financiers mondiaux ou au système financier mondial doit être accompagné d'actions pour stopper le financement du groupe », a déclaré Sami Gheit, chercheur au Centre pour les études stratégiques et régionales d'Al-Sharq.

Ces actions doivent prendre pour cible les activités illégales menées dans les zones sous contrôle de l'EIIL, en particulier en Irak et en Syrie, a-t-il indiqué à Diyaruna.

Ce type d'activité de prévention est presque entièrement lié aux opérations militaires en cours, a-t-il expliqué, et inclut des frappes aériennes contre les convois de contrebande de pétrole, les installations et les raffineries, en plus des opérations au sol visant le groupe.

Ces dernières, menées par des groupes combattant l'EIIL, comme les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont pour but de couper l'accès du groupe aux frontières reliant la Syrie aux pays voisins afin d'assiéger le groupe militairement et financièrement.

« Arrêter la contrebande et le transport de biens, de combattants et de fonds par la frontière affaiblirait les capacités militaires et financières du groupe, ce qui préviendrait toute tentative d'injecter de l'argent dans les marchés mondiaux provenant d'activités illégales, dont la vente de pétrole et d'antiquités volées », a-t-il indiqué.

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