Médias

La vengeance et le silence : les deux objectifs de la répression médiatique de l'EIIL

Par Waleed Abu al-Khair au Caire

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« L'État islamique en Irak et au Levant » s'en est pris au journaliste syrien Ahmed Abd al-Qader deux fois cette année dans la ville turque d'Urfa. [Photo fournie par Abd al-Qader]

« L'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) continue à réprimer la liberté de la presse en s'attaquant aux journalistes et aux militants médiatiques en Syrie et à l'étranger, ont déclaré à Diyaruna des experts et des militants de médias.

L'EIIL cherche à se venger des militants des médias qui montrent la vérité sur le groupe et leurs mensonges, ont-ils expliqué, notant que sa persécution de journalistes fait partie de ses efforts pour isoler complètement les zones sous son contrôle.

Ces mesures sont conçues pour éviter que les informations de ces zones atteignent le monde extérieur et pour empêcher les habitants piégés d'accéder aux nouvelles, ont-ils indiqué – en particulier les nouvelles concernent les batailles que le groupe perd.

Parmi les tactiques employées récemment par l'EIIL contre les journalistes se trouve une vidéo datée du 26 juin intitulée « Inspirations de Satan », dans laquelle l'EIIL exécute cinq militants médiatiques syriens à Deir Ezzor qu'il avait accusé « d'apostasie » pour avoir répandu de « fausses informations » sur le groupe.

Le 13 juin, le journaliste syrien Ahmed Abd al-Qader a survécu à une attaque au couteau dans la ville turque d'Urfa après avoir reçu plusieurs menaces sur les réseaux sociaux. C'est la deuxième tentative d'assassinat dont il est victime en trois mois. L'EIIL a revendiqué la tentative par le biais de son agence de presse, Amaq.

L'EIIL avait auparavant revendiqué le meurtre du frère d'Abd al-Qader, Ibrahim, et son collègue Fares Hamadi, en octobre 2015.

Muselage des informations

« L'EIIL poursuit sa répression contre les journalistes et les militants médiatiques pour deux raisons », a affirmé Fares Hamadi, professeur à la faculté médiatique de l'université du Caire.

La première est la vengeance, a-t-il indiqué à Diyaruna, et la seconde est le besoin de les réduire au silence.

Le groupe veut se venger des journalistes « pour avoir démasqué le groupe et avoir révélé les crimes qu'il commet dans les zones syriennes sous son contrôle », a-t-il expliqué.

Ces crimes comprennent des exécutions, des amputations et des flagellations, sous prétexte de faire régner la charia, a-t-il déclaré, ajoutant que les journalistes ont également mis en lumière la détérioration des conditions de vie, la pénurie d'emplois et les taxes imposées par l'EIIL.

Tous les militants des médias opposés au groupe sont réduits au silence par l'assassinat, a-t-il indiqué, « obligeant les militants médiatiques à interrompre leurs activités pour sauver leurs vies ».

Après avoir reçu des menaces de mort directes, de nombreux journalistes et militants médiatiques n'ont eu d'autre choix que fuir la Syrie ou arrêter complètement leurs activités médiatiques, a ajouté Afifi.

L'EIIL a commencé à s'attaquer aux journalistes et aux militants des médias en même temps que l'établissement de son contrôle sur la Syrie, a indiqué le militant syrien Mahmoud Omar, membre du Réseau syrien des droits de l'Homme, actuellement en Turquie.

La groupe les a accusé d'être « des apostats travaillant avec les infidèles pour combattre et faire échouer le projet d'État islamique », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Ceci a confronté les journalistes, les militants des médias et même les militants humanitaires, au risque d'arrestation et de toutes sortes de châtiments, allant jusqu'à l'exécution. »

Dévoiler la vérité sur la vie sous le régime de l'EIIL

En prenant pour cibles des militants, l'EIIL tente de les empêcher de contrer sa propagande, a expliqué Omar, car leur travail révèle la vérité sur la vie sous le régime du groupe.

Ceci a eu un impact négatif sur les opérations de recrutement de l'EIIL, a-t-il ajouté, car elle montre une image très différente de celle que la machine médiatique du groupe essaie de projeter à travers ses vidéos et ses déclarations.

La Syrie est l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes, a-t-il précisé, se classant 177e (sur 180 pays) au Classement mondial de la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières.

L'EIIL en particulier a pris pour cible un grand nombre de journalistes et militants importants, dont les journalistes Zaher al-Shurqat et Naji al-Jaraf, et les militants Ibrahim Abd al-Qader et Fares Hamadi.

« La plupart des militants des médias ayant été pris pour cible par l'EIIL étaient des militants médiatiques ou des journalistes citoyens qui se sont imposés après le début de la guerre en 2011 », a expliqué le journaliste syrien Mohammed al-Abdullah, qui habite au Caire.

Leurs essais et leurs rapports ont un caractère populaire qui avait un impact réel et direct sur les citoyens syriens et l'opinion publique régionale et mondiale, a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Ils ont été capables de tirer le maximum des réseaux sociaux en publiant des rapports et des informations provenant de l'intérieur de la Syrie, ce qui a donné naissance à un rejet populaire de l'EIIL et ses idées », a-t-il ajouté.

Les nouvelles des récentes batailles du groupe « et les pertes qu'il a subies ont été une autre raison qui a poussé le groupe à accélérer l'élimination des militants, en raison du mal que des informations pareilles causent aux éléments du groupe », a indiqué al-Abdullah.

Ces nouvelles provoquent la frustration dans les rangs de l'EIIL tout en améliorant le moral des civils syriens, a-t-il ajouté, brisant ainsi l'image redoutable du groupe.

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