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Terrorisme |

Les Irakiens unis pour pleurer les morts d'al-Karrada

Par Alaa Hussain à Bagdad

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Des habitants de Bagdad se rassemblent sur le lieu de l'explosion meurtrière du 3 juillet à al-Karrada pour déposer des messages en mémoire de leurs proches. [Alaa Hussein/Mawtani]

Des Irakiens de toutes les confessions et de tous les groupes ethniques se sont unis en signe de solidarité avec les familles des 292 victimes de l'attentat suicide meurtrier du 3 juillet dans le quartier d'al-Karrada de Bagdad.

Cet attentat, revendiqué par « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL), a eu lieu lorsque le kamikaze a fait exploser un minibus rempli d'explosifs à proximité d'un centre commercial très fréquenté dans la rue al-Sharqiya d'al-Karrada.

L'explosion a eu lieu entre deux bâtiments de plusieurs étages, ce qui en a renforcé l'impact et la force, a expliqué à Mawtani le spécialiste de la sécurité Abdel Karim Khalaf.

Cet attentat, décrit comme l'un des plus meurtriers commis en Irak depuis plus de dix ans, a tué 292 civils et en a blessé plus de 200 autres, pour l'essentiel des jeunes, a indiqué Ahmed al-Rudaini, porte-parole du ministère de la Santé.

Dans une déclaration publiée jeudi 7 juillet, le ministre de la Santé Adila Hamoud a expliqué que les identités de 177 des personnes tuées dans cet attentat restaient à déterminer, et que 115 corps avaient été remis aux familles.

La procédure d'identification des corps devrait durer entre quinze et 45 jours, a-t-il précisé.

Le gouvernement irakien a décrété trois jours de deuil en mémoire des victimes, et le Président Fouad Masoum s'est abstenu de recevoir des visiteurs pour l'Aïd al-Fitr par respect pour les martyrs.

Le Premier ministre Haidar al-Abbadi a présenté ses condoléances aux familles des victimes et s'est engagé à punir les « gangs terroristes » responsables.

Al-Abbadi a également publié une série de décrets destinés à renforcer la sécurité dans la capitale, notamment l'accélération des travaux d'achèvement de la ceinture sécuritaire autour de Bagdad.

Une enquête est en cours, et elle a enregistré des avancées importantes, a expliqué à Mawtani le lieutenant général Abdul Amir al-Shamari, commandant des opérations à Bagdad.

Le propriétaire du véhicule a été retrouvé, a-t-il expliqué, et une vidéo des caméras de surveillance montre que l'assaillant avait déjà tenté d'entrer plus tôt dans le quartier d'al-Karrada, mais qu'il n'avait pas pu le faire parce que le quartier était fermé, et qu'il avait donc conduit son véhicule autour de ce quartier en attendant que la rue ouvre après minuit.

Les Irakiens unis

Depuis, des Irakiens de toutes origines venus de tout le pays se sont rassemblés pour exprimer leur douleur et dénoncer ce crime et ses instigateurs.

Le président du Bureau des dotations sunnites, Sheikh Abdul Latif al-Hamim, a publié un communiqué condamnant cette attaque, affirmant qu'elle était la preuve de « la défaite et des pertes sur les fronts » de l'EIIL.

Le Bureau des dotations chiites a lui aussi publié un communiqué condamnant cet attentat.

Des citoyens et des délégations de responsables religieux de diverses confessions se sont rendus sur le site de l'explosion pour exprimer leur solidarité et prier pour les défunts.

Parmi ces délégations se trouvaient des responsables chrétiens, des représentants de la minorité yézidie d'Irak et des imams sunnites et chiites, tandis que les Sabéens-Mandéens se sont abstenus de commémorer leur jour saint au lendemain de cette attaque.

Des délégations tribales et des représentants des syndicats se sont également rendus sur le site, tandis que des centaines de citoyens allumaient des bougies dans la rue ou dans les bâtiments endommagés.

Plus loin, des dizaines de jeunes de Ramadi ont allumé des bougies dans leur ville récemment libérée de l'EIIL en signe de deuil pour les victimes.

Dans le sud du pays, des militants d'al-Nassiriya ont organisé une manifestation populaire en mémoire des victimes, tandis que des citoyens se regroupaient pour participer à des rassemblements similaires dans d'autres parties du pays.

D'autres ont eu recours aux médias sociaux pour partager des photographies des victimes et des vidéos de l'explosion et de ses conséquences, dénonçant cet attentat et les actes de terrorisme de l'EIIL.

Des survivants racontent

Les chaînes de télévision irakiennes locales ont reçu de très nombreux témoignages de survivants.

« Je me suis retrouvé coincé avec dix autres personnes dans une réserve à l'étage supérieur du centre commercial ; les portes et les fenêtres étaient bloquées, et l'incendie brûlait tout », a raconté un adolescent qui a survécu à cet attentat, les mains brûlées entourées de bandages.

« Il y avait de la fumée et la mort partout, j'ai entendu des enfants crier jusqu'à ce qu'ils meurent et des hommes hurler avant que la mort les emporte », a-t-il raconté.

Il pleurait en parlant de ses amis morts dans l'explosion.

« De qui voulez-vous que je vous parle ? », a-t-il demandé. « De Fahd, pour qui nous rassemblions de l'argent pour qu'il puisse se marier après la fête ? Ou du vieux Hassan, tout timide, que vous entendiez à peine dire un mot pendant toute la journée ? Ou encore de Hamoudi, qui devait se fiancer au troisième jour des vacances ? »

Musa, un garçon de huit ans, faisait partie des blessés, souffrant de fractures à la jambe et à la main et de brûlures au visage.

Musa ne sait pas qu'il a perdu sa mère, son père, sa sœur et sa tante dans l'explosion, a expliqué sa tante, ajoutant que leurs corps n'avaient pas encore été identifiés.

« Nous nous occupons de ses blessures tout autant que nous tentons de lui cacher la vérité concernant sa famille », a-t-elle ajouté.

Des familles en deuil

Tandis que les survivants pansent leurs blessures et pleurent les morts, d'autres se retrouvent confrontés à la douleur d'avoir perdu un membre de leur famille.

Quelques minutes seulement après la dernière conversation téléphonique d'Umm Ahmed avec ses trois fils, qui tenaient une boutique de produits cosmétiques à al-Karrada, la télévision a commencé à diffuser des informations concernant une explosion survenue près du centre commercial d'al-Laith où ils travaillaient.

« Nos cœurs ont commencé à battre très fort peu après que leur mère eut rappelé ses enfants pour s'assurer qu'ils étaient sains et saufs, mais leurs téléphones portables étaient coupés », a raconté leur oncle, le journaliste irakien Flaih al-Jawwari.

« Nous ne savions pas encore à ce moment-là que leurs téléphones avaient perforé leurs magnifiques corps lors du plus horrible des attentats terroristes », a-t-il expliqué à Mawtani.

Ahmed, Mahmoud et Mohammed furent tous les trois tués par cette explosion, a-t-il ajouté.

« Nous avons retrouvé leurs corps mutilés et n'avons pu identifier Mahmoud, 30 ans, que grâce à sa montre et Ahmed, 28 ans, grâce à un collier », a-t-il expliqué, ajoutant que le corps d'Mohammed, 32 ans, n'avait pas encore été identifié.

Lors des funérailles, al-Jawwari pouvait à peine laisser échapper les mots pour décrire l'état dans lequel se trouvait leur mère.

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