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L'Irak intensifie ses efforts pour contenir la milice de Ninive

Alaa Hussain à Bagdad et Faris al-Omran

Des membres de la milice de la 30e brigade sur une photo le 7 juillet publiée par le site internet de la milice. Le chef de la milice, Waad Qado, est accusé d'infractions aux droits de l'homme par le Département du Trésor américain.

Le gouvernement irakien œuvre pour contenir les milices soutenues par l'Iran qui opèrent dans les plaines de Ninive et pour prendre le contrôle de la situation en matière de sécurité, alors que l'autorité de l'État est contestée.

Ces actions se déroulent alors que la milice dominante de cette région, la 30e brigade des Forces de mobilisation populaire, dirigée par Waad Qado, continue de défier le gouvernement, qui lui a ordonné de quitter son quartier général et de se retirer de la zone.

Le 5 août, le Premier ministre irakien Adel Abdoul Mahdi a émis une directive sommant la 30e brigade de se retirer de tous les postes de contrôle sous son contrôle dans la région des plaines de Ninive.

Cet ordre s'est heurté à une forte résistance de la part de la brigade, dont les dirigeants ont mobilisé leurs partisans et leur ont demandé de bloquer la route entre Mossoul et Erbil. Les miliciens ont également brûlé des pneus et jeté des pierres sur les forces de la police et de l'armée.

Deux jours après le blocage de la route, le gouvernement irakien a envoyé une délégation militaire de haut rang pour négocier avec le commandant de la 30e brigade, Qado, qui figure sur une liste de sanctions américaines.

La délégation a décidé que l'armée, la police et la 30e brigade exerceraient un contrôle conjoint sur la zone, ce qui a mis en colère la population locale.

Les actions de la 30e brigade sont « une mutinerie pure et simple contre l'État et les hauts commandements militaires », a affirmé à Diyaruna le porte-parole d'une tribu de Ninive, Cheikh Muzahim al-Huweit.

Il a accusé la milice d'obéir aux ordres d'Ali Khamenei, guide suprême de l'Iran, et de servir les intérêts de l'Iran plutôt que ceux de l'Irak.

La sécurité des plaines de Ninive devrait être assurée par la police locale, a déclaré Ghazwan al-Daoudi, membre du conseil provincial de Ninive à Diyaruna.

La milice a exploité sa position

La 30e brigade « a refusé d'exécuter les ordres du Premier ministre de se retirer des postes de contrôle », a déclaré le député irakien Shirwan al-Dobardani à Diyaruna.

Il a appelé au retrait des miliciens de tous les postes de contrôle de la périphérie de Ninive, affirmant que la 30e brigade « fait chanter la population locale et reçoit des pots-de-vin des camionneurs et des commerçants aux points d'entrée de la ville ».

La désobéissance de la milice vient de sa détermination à défendre ses intérêts économiques dans la région, a déclaré l'analyste politique Ghazi Faissal Hussein à Diyaruna.

La 30e brigade générerait 2 millions de dollars par jour grâce à l'extorsion et aux frais imposés aux camionneurs à ses points de contrôle dans les plaines de Ninive, a-t-il rapporté, et en forçant les commerçants à lui verser un pourcentage de leurs profits.

La désobéissance de la milice montre la contradiction évidente de sa position, a-t-il déclaré, notant qu'elle prétend faire partie de l'appareil officiel de l'État et se conformer aux décisions prises par le Premier ministre.

Mais en vérité, la 30e brigade et d'autres milices soutenues par l'Iran en Irak suivent les ordres du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran, a-t-il affirmé.

Le CGRI a propagé l'idée que les forces de sécurité irakiennes sont incapables de protéger le peuple irakien seules, et que les milices, auxquelles il fournit armes et argent, sont nécessaires pour la sécurité de l'Irak, a-t-il précisé.

Freiner les groupes paramilitaires

Les Iraniens aspirent à faire de ces forces paramilitaires une alternative aux forces régulières irakiennes, a rapporté Hussein, en imitant la relation du CGRI avec l'armée iranienne, et à affaiblir les institutions de l'État irakien.

Le gouvernement irakien a déclaré à plusieurs reprises qu'il n'autoriserait aucun groupe armé à outrepasser l'État de droit, a-t-il déclaré, notant que malgré les pressions et les défis auxquels il est confronté, il mettait son plan en œuvre.

Il s'agit notamment de freiner l'influence des groupes paramilitaires, en particulier ceux soutenus par l'Iran, a-t-il poursuivi.

Abdoul Mahdi a affirmé le 10 août sa détermination à superviser la suppression progressive de tous les postes de contrôle non autorisés dans les plaines de Ninive et à veiller à ce que les forces irakiennes soient les seules responsables de la surveillance des postes de contrôle restants.

Dans un entretien accordé aux médias irakiens, il a déclaré que l'application d'une ordonnance administrative publiée en juillet pour déclarer illégales les factions des FMP qui ne se conforment pas aux décisions gouvernementales sera « difficile et complexe ».

Mais ce sera fait, a-t-il ajouté, notant qu'il faudra un à six mois pour la mise en œuvre.

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