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Économie |

Des entrepreneurs iraniens créent des tensions en Irak

Faris al-Omran

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Le projet de réseau d'égouts du district d'Al-Shatra dans la province irakienne de Dhi Qar a été retardé de plus de trois ans par la société iranienne qui l'administre. [Photo fournie par la Direction publique des eaux usées et publiée le 1er janvier]

De nombreux projets de services en Irak confiés à des entrepreneurs ou sous-traitants iraniens n'ont pas été menés à bien, même si dans certains cas des années se sont écoulées depuis le début des travaux, ont déclaré des experts irakiens à Diyaruna.

Ils ont également souligné les vides juridiques qui permettent aux entreprises ayant obtenu un contrat de transférer la totalité ou une partie des travaux à des sous-traitants qui effectuent les travaux à un coût moindre, en utilisant parfois des matériaux ne répondant pas aux normes.

En 2008, le gouvernement irakien a attribué à la société iranienne ABC un contrat pour la construction de 200 écoles utilisant des structures en fer dans plusieurs provinces, dont l'Anbar, pour un montant de 280 milliards de dinars irakiens (235 millions de dollars).

Une entreprise iranienne expose ses produits alimentaires à la Foire internationale de Bagdad. Des entreprises iraniennes cherchent à inonder le marché irakien avec leurs produits, impactant les installations de production locales en Irak. [Photo tirée de la page Facebook de la Foire internationale de Bagdad et publiée le 2 juin]

Mais les progrès ont été lents et le projet n'est pas encore achevé, certains affirmant que l'entreprise a enfreint les termes du contrat.

Parmi les autres projets en retard du secteur public ayant été attribués à des entreprises iraniennes figure la construction d'un complexe de logements et d'un système d'égouts dans le district d'Al-Shatra, dans la province de Dhi Qar.

De nombreuses entreprises iraniennes « ne sont pas équipées techniquement ou financièrement pour lancer les projets qui leur sont attribués », a déclaré Laith al-Janabi, habitant de Ramadi.

Les Irakiens finissent par en payer le prix et par porter le fardeau de mauvais services publics, a-t-il expliqué à Diyaruna, notant que les secteurs de l'éducation, des municipalités et du logement ont été les plus durement touchés.

Pression des miliciens

Les membres des milices soutenues par l'Iran qui ont remporté des sièges au parlement irakien « exercent d'énormes pressions » pour accorder des contrats de projets du secteur public à des entreprises iraniennes, a déclaré à Diyaruna un résident de Bagdad ayant demandé à rester anonyme.

Cela est fait pour apaiser l'Iran et servir ses intérêts, a-t-il déclaré, ajoutant que certaines entreprises iraniennes n'ont « aucune expertise ou capacité pour effectuer le travail requis ».

Abdoul Qader al-Nayel, chercheur en affaires politiques, a mis en évidence plusieurs projets bloqués qui avaient déjà été attribués à des entreprises qu'il a qualifiées « d'écrans pour le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran ».

« Il y a des projets de construction d'écoles et d'hôpitaux, comme l'hôpital de Nadjaf, dont les fondations ont été posées il y a plus de dix ans et dont les projets n'ont pas encore vu le jour », a-t-il rapporté à Diyaruna.

Des centaines de millions de dollars ont été puisés dans les coffres de l'État irakien suite à la mauvaise gestion de ces projets, a-t-il fait savoir.

Ces entreprises cherchent non seulement à profiter financièrement de l'économie irakienne, mais sont également soupçonnées de tenter d'influencer les décideurs, a-t-il poursuivi.

« Cela se fait avec l'aide directe des milices irakiennes supervisées par Qassem Suleimani, commandant de la Force Qods du CGRI », a-t-il expliqué.

Impact sur l'économie irakienne

Les Irakiens sont conscients de l'impact que l'ouverture de succursales d'entreprises industrielles iraniennes en Irak aura sur leur économie, a rapporté al-Nayel.

Ces entreprises cherchent à inonder le marché irakien de produits iraniens, ce qui aura un impact sur les usines locales en Irak, a-t-il indiqué.

L'Iran tente d'augmenter activement sa présence économique en Irak « à tout prix, afin de contourner les sanctions économiques imposées par les États-Unis et de faire des bénéfices », a déclaré l'économiste Salama Smeisim à Diyaruna.

Elle a suggéré d'ouvrir les portes aux entreprises nationales et internationales pour qu'elles concourent à des projets de reconstruction et de développement basés sur des normes de « compétence, d'expertise et de transparence ».

« Cet objectif ne pourra être atteint qu'après la mise en place de réformes et incitations majeures », a-t-elle affirmé, les plus importantes étant d'offrir aux investisseurs un environnement sûr et accueillant, exempt de bureaucratie et de corruption.

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