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Droits de l'Homme |

Bombardée par le régime, la province d'Idlib est une « prison pour les hommes libres »

AFP

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Un homme examine les ruines et les véhicules endommagés après les frappes aériennes de la Russie, alliée du régime syrien, sur la ville de Kafr Nabl, dans la province d'Idlib, le 20 mai. [Omar Haj Kadour/AFP]

Sa région sud est une ligne de front instable, sa frontière nord est un immense campement en plein air pour les personnes déplacées, et son centre est une véritable jungle urbaine.

La région syrienne d'Idlib contrôlée par les activistes abrite près de trois millions de personnes qui ont été touchées à des degrés divers par une augmentation des attaques par le régime depuis avril.

Ville fantôme

Dans la ville assiégée de Kafr Nabl, l'appel à la prière du soir retentit dans des rues vides, où les rideaux des maisons sont tirés.

Cette vue aérienne datant du 8 mai montre des Syriens déplacés regroupés près d'un camp de réfugiés dans le village d'Atme, dans le nord de la province d'Idlib . [Aaref Watad/AFP]

Un couple syrien âgé assis sous un olivier dans un camp de déplacés internes près de la localité d'Aqrabat, dans la province d'Idlib, le 4 juin. [Aaref Watad/AFP]

« On dirait une ville déserte éclairée seulement par le clair de lune », a déclaré Mohammad al-Cheikh, un militant de 28 ans. « Personne n'ose sortir. »

Située dans la campagne du sud d'Idlib, Kafr Nabl n'a pas toujours été une « ville fantôme », a pourtant précisé ce jeune militant à l'AFP.

Il y a seulement cinq mois, son plus grand terrain de football vibrait de centaines de supporters enthousiastes à l'occasion d'un tournoi local, et leurs encouragements s'élevaient au-dessus du terrain.

Mais aujourd'hui, les habitants évitent de rester dehors depuis que les dernières frappes ont touché ces deux derniers mois des marchés, des hôpitaux, des puits, des écoles et des boulangeries.

Ces violences ont contraint la plupart des 20 000 habitants de Kafr Nabl à fuir, tout en piégeant ceux qui sont restés dans des abris et dans leurs maisons, a-t-il ajouté.

Al-Sheikh a expliqué ne plus se rendre à la mosquée, craignant des frappes aériennes du régime pendant les prières.

Comme la plupart des habitants, il évite également de faire ses courses sur les marchés en extérieur, pensant qu'ils sont particulièrement vulnérables aux attaques.

« Vous devenez prisonniers dans votre propre maison », a-t-il ajouté. « C'est une prison, mais pour des hommes libres. »

Idlib, désignée zone démilitarisée en septembre en vertu d'un accord entre la Russie et la Turquie, est soumise à de forts bombardements par le régime et son allié russe depuis que l'alliance extrémiste Tahrir al-Sham s'est emparée de la plus grande partie de la province en début d'année.

À la recherche d'un lieu sûr

Les violences ont culminé en avril, faisant plus de 490 morts parmi les civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Cet embrasement en a également déplacé 330 000 autres, ont indiqué les Nations unies, faisant naître la crainte de l'une des pires catastrophes humanitaires dans ce conflit vieux de huit ans.

Dans le nord d'Idlib, près de la frontière avec la Turquie, les oliveraies et les vastes plaines rocailleuses sont devenues des lieux sûrs pour des milliers de familles fuyant les violences.

Abdoul Monem al-Shamaa, 37 ans, vit sous un arbre recouvert d'une bâche avec sa femme, ses cinq enfants et ses deux parents.

Sa famille a fui son village de Maaret Horma en mai, et en juin, sa femme a donné naissance à leur cinquième enfant sous un olivier, a-t-il rapporté.

Bien que la région soit loin des bombardements du régime, ce n'est pas le lieu idéal pour une vie de famille.

« Il n'y a rien d'autre ici que des arbres et une terre aride », a poursuivi al-Shamaa.

Il passe le plus clair de son temps à chercher de la nourriture, marchant au moins cinq kilomètres chaque jour pour chercher ce que distribuent les ONG et les conseils locaux, a-t-il expliqué.

Lorsque ses recherches s'avèrent vaines, il doit utiliser le seul argent qu'il a réussi à mettre de côté : 18 modestes dollars.

« Tout a changé », a-t-il affirmé à l'AFP.

« Autrefois, je vivais dans une maison, qui est aujourd'hui détruite », a-t-il raconté. « Je dormais, et mes enfants avaient le ventre plein. Désormais, il y a peu de sommeil et beaucoup de faim. »

« La vie continue »

La situation est radicalement différente à proximité de la capitale homonyme de la province d'Idlib.

À l'exception de quelques frappes aériennes sporadiques aux confins de la ville, ce bastion de Tahrir al-Sham a été en grande partie épargné par les attaques, qui sinon, auraient envoyé des dizaines de milliers de personnes fuir vers la Turquie voisine.

Dans la ville de Binnish, à moins de dix kilomètres de la ville d'Idlib, « les marchés regorgent d'activité, les gens sortent dans la rue et dans les restaurants », a déclaré Khayriya Ninal, une enseignante de 22 ans.

C'est même encore plus peuplé maintenant que des milliers de personnes déplacées se sont rapprochées de la capitale ces dernières semaines en fuyant la violence, a-t-elle poursuivi.

« Les personnes de l'extérieur pensent que la vie s'arrête avec les bombardements », a expliqué Ninal à l'AFP. « Parfois, c'est ce qu'il se passe, mais les gens ont aussi tendance à reprendre leur vie d'une manière étonnamment rapide. »

Elle a pris l'exemple de sa maison, détruite l'an dernier par une frappe aérienne, quelques jours seulement avant l'Aïd el-Fitr.

« Nous avons quand même célébré l'Aïd », a-t-elle fait savoir.

Même maintenant, malgré les attaques plus fréquentes sur la région, elle raconte qu'elle s'occupe de planifier le mariage de son frère le mois prochain.

« La vie continue », a indiqué Ninal.

Mais le spectre plane d'un assaut tant redouté des forces gouvernementales.

« Nous essayons de précipiter le mariage afin qu'il puisse avoir lieu avant que la violence ne se propage dans ma région », a-t-elle conclu.

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