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Les élections à Mossoul font naître des inquiétudes à propos des milices

Fares al-Omran

Le nouveau gouverneur de Ninice Mansour Mareid al-Jubouri, vu ici le 7 février, a été accusé d'entretenir des liens avec les milices pro-iraniennes. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

L'élection d'un nouveau gouverneur à Ninive a agité cette province du nord de l'Irak, certains habitants et observateurs mettant en avant ses liens présumés avec les milices pro-iraniennes et les allégations de corruption qui ont accompagné le processus électoral.

Le député irakien Mansour Mareid al-Jubouri, représentant de Ninive au parlement, a été élu le 13 mai gouverneur par le conseil provincial de Ninive avec 28 voix sur 39.

Sirwan Mohammed, membre du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) a été élu premier adjoint d'al-Jubouri, et le vote pour le second adjoint a été ajourné.

Ces résultats ont été réfutés par certains membres du parlement,et ont suscité de fortes objections de la part des habitants de Ninive, qui ont demandé que le gouvernement intervienne et laisse la cellule de crise gérer les affaires de la province.

Cette photo, publiée en ligne le 13 mai, montre l'élection de Mansour Mareid al-Jubouri au poste de gouverneur de Ninive. [Photo fournie par le Centre des médias de Ninive]

Cette cellule de crise avait été mise en place en mars, après le renvoi de l'ancien gouverneur de Ninive Nawfal al-Akoub suite à l'incident du ferry de Mossoul, lors duquel plus de 100 personnes avaient trouvé la mort. Cette cellule avait été dissoute le 28 mai.

L'enquête sur cet incident avait fait apparaître la corruption qui régnait dans certaines régions d'Irak, où les milices appuyées par l'Iran exercent leur influence.

Questions sur les élections

Abou Wissam, un habitant de Mossoul qui a demandé à garder l'anonymat , a expliqué à Diyaruna que l'élection d'al-Jubouri était « illégale » et a souhaité la dissolution du conseil, accusant ses membres de corruption.

Le mandat du conseil « a expiré il y a deux ans, à l'issue de son droit constitutionnel à gouverner, qui est de quatre ans », a-t-il déclaré.

Il a demandé que l'élection du gouverneur soit annulée, expliquant qu'elle était « contraire à la volonté du peuple », et que le gouvernement de la province soit à nouveau assuré par la cellule de crise, jusqu'à ce que des élections justes puissent être organisées.

Le nouveau gouverneur est un membre actif du mouvement Ataa, dirigé par le leader des Forces de la mobilisation populaire Faleh al-Fayyad, qui inclut des milices loyales à l'Iran.

Des habitants et des observateurs de Ninive ont indiqué à Diyaruna qu'ils craignent que cette élection donne plus de pouvoir aux milices sur les ressources de leur province et bloque les enquêtes sur la corruption.

Muayed al-Juhayshi, analyste stratégiste originaire de Ninive, a expliqué à Diyaruna qu'il existe « des soupçons que certains des membres du conseil provincial de Ninive qui ont voté pour le nouveau gouverneur ont reçu d'importants pots-de-vin ».

« Des accusations contre plusieurs responsables politiques confirment que des millions de dollars leur ont été versés en échange de leur vote en faveur d'al-Jubouri, appuyé par les milices, au poste de gouverneur », a-t-il précisé.

« Les habitants de Ninive sont furieux contre les membres du conseil qui n'ont pas respecté leurs demandes de tenir les officiels corrompus pour responsables et d'empêcher les agents de ces milices de commettre de nouveaux actes de corruption », a-t-il ajouté.

« Les gens sont frustrés et peu satisfaits des résultats de l'élection, qui ne font que renforcer le chaos », a-t-il poursuivi.

Inquiétudes quant aux milices

Pour l'ancien gouverneur de Ninive Atheel al-Nujaifi, les civils de la province ont raison d'être inquiets quant au fait que les milices renforceront leur emprise sur Ninive et domineront complètement le processus décisionnel.

« Ces craintes sont légitimes », a-t-il affirmé à Diyaruna.

« Mais nous devons encourager les gens à résister à ces impressions, et renforcer leur confiance en leur capacité à changer leur situation et à empêcher les milices de mettre la main sur Ninive par des moyens pacifiques », a-t-il ajouté.

Al-Nujaifi a estimé que la voie du changement commence avec le besoin de « soutenir la demande populaire d'organiser rapidement des élections locales qui feront apparaître un conseil provincial et un gouvernement local nouvellement élu ».

Il a suggéré de considérer les autorités locales comme « une administration intérimaire » jusqu'à ce que des élections puissent être organisées, soulignant que la province a « souffert de nombreux problèmes, et que les élections locales sont la solution pour résoudre ces questions ».

Le député irakien Abdoul Rahman al-Luwayzi, représentant de Ninive au parlement, a expliqué à Diyaruna que le paysage politique de la province est un champ de problèmes complexes truffé d'entités politiques engluées dans des rivalités.

Ces problèmes poseront « un défi majeur » pour n'importe quelle administration locale, a-t-il poursuivi, soulignant qu'existent également des problèmes avec les Kurdes pour le contrôle de certaines zones, ainsi que le refroidissement des relations entre le gouvernement fédéral et les autorités locales.

« Le gouvernement actuel, avec ses liens forts avec les décideurs de Bagdad, pourrait être en mesure de surmonter certains problèmes plutôt complexes », a-t-il indiqué.

Mais cela ne suffit toutefois pas à convaincre certains analystes comme al-Juhayshi.

« Que pouvons-nous attendre d'autre du nouveau gouverneur que de suivre la voie de son prédécesseur, al-Akoub, entraînant plus de souffrance pour la population locale à cause de la corruption, de la mauvaise gouvernance, de la négligence, de la mauvaise mise en œuvre des projets de services et de l'absence de contrôles et de responsabilité », a poursuivi al-Juhayshi ?

« Cela donnera aux milices déjà actives dans la province, comme Asaib Ahl al-Haq, Harakat al-Nujaba, Kataeb Hezbollah et Saraya al-Khorasani, plus de pouvoir qu'auparavant pour détourner les fonds alloués à la reconstruction et aux ressources nationales via leurs officines économiques », a-t-il ajouté.

Ces milices appuyées par l'Iran sont déjà avides de bloquer le cours des enquêtes sur l'incident du ferry » et « d'enterrer ce dossier une fois pour toutes », a-t-il conclu.

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