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Religion |

L'Iran cherche à étendre son influence à Najaf

Faris Omran

Des Irakiens récitent le Coran dans la ville sainte de Najaf, le 4 mai. [Photo extraite de la page Facebook de l'Attaba al-Ilwiya]

L'Iran tente d'imposer son hégémonie sur l'autorité religieuse chiite en Irak en étendant son influence dans la ville sainte de Najaf, ont expliqué des experts à Diyaruna.

Najaf, un centre de pouvoir politique et religieux chiite, connu comme étant le site où est enterré l'imam Ali ibn Abi Talib, accueille l'un des séminaires les plus importants de la secte et est un lieu de pèlerinage des chiites du monde entier.

En finançant des écoles religieuses et des organisations caritatives, et en entretenant des liens avec des intellectuels à Najaf, l'Iran cherche à gagner en influence au sein de la hiérarchie chiite, ont-ils ajouté.

La république islamique a également promu la doctrine du Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste) à Najaf et dans toute la région, qui appelle à l'allégeance à l'al-Wali al-Faqih – le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Des Irakiens se rassemblent pour écouter le sermon d'un responsable religieux de Najaf. [Photo extraite de la page Facebook de l'Attaba al-Ilwiya]

« L'autorité religieuse chiite de Najaf est une ancienne institution traditionnelle dont la structure idéologique n'est pas facile à influencer ou à modifier », a expliqué Ghaith al-Tamimi, spécialiste de la pensée islamique et ancien imam au séminaire de Najaf.

Cependant, les services de Khamenei « déploient de grands efforts et dépensent des sommes d'argent importantes pour atteindre cet objectif », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Les autorités iraniennes tentent d'asseoir leur influence en « construisant des écoles et des centres confessionnels, en aidant les étudiants du séminaire [de Najaf], et en fournissant des fournitures et des manuels scolaires », a-t-il poursuivi.

Mais les autorités religieuses de Najaf n'accueillent pas favorablement l'influence idéologique de l'Iran, et rejettent largement la doctrine du Wilayat al-Faqih, a-t-il ajouté.

Tentatives d'influence

Al-Tamimi, qui a passé 20 ans à enseigner au séminaire de Najaf et a étudié avec les autorités religieuses les plus importantes, a expliqué que l'influence iranienne à Najaf est limitée.

Les quatre principales autorités de Najaf, ainsi que les autorités secondaires et la plupart des enseignants « ne sont pas proches de l'Iran » ou de Khamenei, a-t-il fait savoir.

Les tentatives de l'Iran d'imposer un successeur à Ali al-Sistani échoueront, comme ont échoué auparavant celles visant à trouver un successeur à al-Sistani, « qui est pourtant la plus haute autorité religieuse chiite en Irak ».

En 2011, l'Irak avait cherché à placer Mahmoud Hashemi al-Shahroudi à Najaf comme successeur potentiel d'al-Sistani, mais les responsables du séminaire avaient « rejeté ces tentatives et réussi en fin de compte à les faire échouer », a indiqué al-Tamimi.

« En raison de mon expérience des périodes historiques importantes au séminaire de Najaf, je sais qu'il n'est pas facile pour l'Iran ou d'autres d'installer leurs propres leaders religieux pour remplacer al-Sistani », a-t-il expliqué.

Al-Shahroudi est mort en décembre, et avec sa mort, l'Iran « n'a plus de responsable du séminaire de la ville iranienne de Qom qui soit en mesure de se présenter au poste de leader spirituel suprême en Irak », a-t-il poursuivi.

Le séminaire de Qom ne contrôle pas les autorités religieuses irakiennes, a-t-il souligné.

Opposition au Wilayat al-Faqih

Pendant des décennies, l'Iran a cherché à étendre son influence à Najaf, a expliqué pour sa part Issam al-Fayli, professeur de science politique à l'université al-Mustansiriyah.

« L'Iran considère Najaf comme la capitale spirituelle du chiisme, et il tente toujours d'y faire régner son influence par le biais d'une aide financière et du financement des écoles religieuses, et le parrainage d'étudiants au séminaire », a-t-il précisé à Diyaruna.

Mais l'Iran est cependant incapable d'imposer son contrôle sur Najaf pour plusieurs raisons, a-t-il poursuivi, au premier rang desquelles le fait que « al-Sistani est très éloigné de l'approche iranienne et s'oppose fermement à la doctrine du Wilayat al-Faqih ».

D'autres leaders religieux basés à Najaf et disposant d'un large soutien populaire s'opposent également à l'influence et à l'idéologie de l'Iran, a ajouté al-Fayli.

La communauté chiite d'Irak « conserve son identité religieuse et sa spécificité historique, qui n'acceptent pas la soumission de l'Irak à l'influence [de l'Iran] », a-t-il conclu.

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