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Les milices épaulées par l'Iran cherchent à alimenter les conflits sectaires en Irak

Faris Omran

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Des membres de la brigade Sayyed al-Shuhada appuyée par l'Iran brandissent des photos de dirigeants iraniens lors d'un défilé en Irak. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Des citoyens et des analystes irakiens accusent les milices appuyées par l'Iran en Irak de chercher à étendre l'influence de l'Iran dans leur pays en changeant le caractère religieux des régions à majorité sunnite.

Ces milices, appuyées par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) mettent en œuvre un plan qui sert les ambitions iraniennes visant à alimenter les divisions sectaires et à détruire l'identité nationale irakienne, ont-ils ajouté.

Elles incluent les milices Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq et l'organisation Badr.

Des membres de la milice irakienne Saraya al-Khorasani appuyée par l'Iran lors d'un défilé militaire, sur cette photo publiée en ligne le 23 juin 2017. [Photo extraite de la page Facebook de Saraya al-Khorasani]

Un habitant de la province de Ninive, qui a demandé à conserver l'anonymat par peur de représailles, a expliqué que ces milices avaient infiltré les villes libérées dont la population est composée essentiellement de sunnites irakiens, en plus des fidèles d'autres croyances, comme les chrétiens et les yézidis.

Les membres de ces milices cherchent à diffuser la doctrine du Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste), qui appelle à prêter allégeance à l'al-Wali al-Faqih, le leader suprême iranien Ali Khamenei.

Ils utilisent « la politique de la carotte et du bâton pour atteindre leurs objectifs», a-t-il poursuivi, car d'un côté ils ouvrent la porte aux habitants sans emploi de ces régions pour qu'ils rejoignent leurs rangs et puissent jouir des avantages d'un salaire et de l'influence.

Ils utilisent également leurs bureaux culturels pour organiser des campagnes pour promouvoir la doctrine du Wilayat al-Faqih et distribuer des photos de Khamenei et d'autres leaders iraniens,comme le major général Qassem Suleimani, commandant de la force al-Qods, dans les rues et les espaces publics.

« Mais d'un autre côté, ils contraignent les gens à se convertir à leur secte au risque d'être emprisonnés sous des accusations [montées de toutes pièces] de terrorisme ou d'être expulsés par la force de leur région ou encore empêchés d'y travailler et d'y gagner leur vie », a-t-il ajouté.

« Pouvoir illégitime »

Sheikh Mouzahim al-Huweit, porte-parole tribal de Ninive, a confirmé « l'existence de telles pratiques », en particulier dans la province de Ninive.

« Les milices tentent d'exercer leur pouvoir illégitime dans notre région », a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

Ils cherchent à semer les conflits sectaires en organisant des classes sur le Wilayat al-Faqih dans les mosquées sunnites et même dans les écoles et les universités, a-t-il ajouté.

Ces classes « attirent un grand nombre de jeunes sunnites par des salaires et des emplois en échange du renoncement à leur secte », a expliqué al-Huweit.

L'Iran souhaite instiller les divisions dans les villes à majorité sunnite afin que ses milices « puissent mettre la main sur ces villes et renforcer leur présence et leur influence dans tout l'Irak », a-t-il précisé.

« Nous avons à plusieurs reprises mis en garde contre les agissements de ces mercenaires qui servent les intérêts et les plans des Iraniens, et chacun, y compris le gouvernement et les responsables locaux, doit leur résister », a-t-il encore déclaré.

Les milices refusent la liberté de culte

Les milices appuyées par l'Iran, et appuyées par le CGRI, tentent de « faire plonger l'Irak dans le marigot du sectarisme », a estimé pour sa part le politologue Abdoul Qader al-Nayel.

Elles imposent une pression sur les Irakiens de toutes les confessions pour qu'ils prêtent allégeance au Wilayat al-Faqih, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Ce faisant, elles s'efforcent d'effacer la diversité sectaire et culturelle au sein de la société irakienne,a-t-il ajouté.

« Les milices appuyées par l'Iran ont récemment empêché la réouverture d'une ancienne église dans le district d'al-Habbaniya de l'Anbar, alors même que des volontaires locaux l'avaient restaurée et qu'il existait une forte demande populaire en faveur du retour des chrétiens déplacés dans la région », a-t-il précisé.

Ces milices ne souhaitent pas que « la cohésion sociétale et la diversité » prévalent en Irak, a-t-il ajouté.

Les habitants des régions libérées ont désormais peur de pratiquer leurs rites religieux « par crainte des persécutions par les milices, qui leur dénient le droit à la liberté de culte », a ajouté al-Nayel.

Ces agissements « alimentent l'extrémisme et les conflits » au sein de la population locale et dans la région, a-t-il ajouté, ce qui ouvre la voie au CGRI et à ses milices pour y étendre leur influence.

Cela sert également les ambitions du CGRI d'ouvrir une route terrestre reliant l'Iran au Liban, à la Syrie, et à la mer Méditerranée, via l'Irak, a-t-il ajouté.

« Cibler tous les Irakiens »

Promouvoir la doctrine du Wilayat al-Faqih est un objectif stratégique pour le régime iranien depuis sa formation, a expliqué l'ancien député Omar Abdoul Sattar, spécialiste des relations internationales.

« Des milices irakiennes comme Asaib Ahl al-Haq, Kataib Hezbollah et al-Nujaba prennent actuellement sur elles d'appliquer cette stratégie », a-t-il déclaré à Diyaruna, ajoutant qu'elles visent également les chiites irakiens fidèles à l'Irak et qui revendiquent leur identité arabe.

Ces milices agissent en fonction d'un plan systématique et « mènent actuellement une guerre incessante dans les provinces [à majorité sunnite] en assassinant, déplaçant et contraignant les populations civiles » à renoncer à leurs croyances, a-t-il conclu.

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