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Religion |

L'Iran pose les bases d'une influence de long terme en Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Un véhicule appartenant à une milice affiliée au CGRI dans la campagne d'Homs. [Photo fournie par Ahmed al-Salem]

Le régime iranien s'est engagé dans une démarche visant à fixer sur le long terme son influence en Syrie, en y mettant en place une infrastructure religieuse et culturelle destinée à faire basculer cette nation à majorité sunnite en sa faveur.

Ces efforts viennent compléter sa présence militaire, sous la forme du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de ses milices affiliées, et ses aspirations économiques, comme en atteste une série d'accords économiques dont il cherche à tirer profit.

C'est à Damas et dans ses environs que l'influence iranienne est la plus évidente, ainsi que dans les provinces de Deir Ezzor et d'Alep, a expliqué l'avocat syrien Bashir al-Bassam à Diyaruna.

Une cérémonie accueille à Damas Abou al-Fadl al-Tabatabai, représentant du guide suprême iranien Ali Khamenei. [Photo fournie par Ahmed al-Salem]

Dans ces régions en particulier, a-t-il ajouté, le CGRI « tire parti de la situation difficile que connaissent les civils à cause de la poursuite de la guerre » pour s'enraciner auprès des populations locales de différentes manières.

Par le biais d'initiatives caritatives à l'accent fortement sectaire et par des efforts de recrutement militaire, le régime iranien cherche en effet à modifier la structure sociale de la Syrie, « qui établit un équilibre entre toutes les sectes existantes », a-t-il ajouté.

Les efforts de l'Iran pour étendre son influence en Syrie incluent également la propagation de la doctrine du Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste), qui appelle à l'allégeance à l'al-Wali al-Faqih : le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Cela favorise un basculement de la loyauté en faveur de l'Iran plutôt que de la Syrie, a-t-il continué, et donne au CGRI un moyen d'action sur les Syriens qui prêtent allégeance au guide suprême.

Cela pourrait avoir des conséquences dévastatrices, a poursuivi al-Bassam, « parce que les actions du CGRI alimentent le conflit sectaire à grande échelle ».

Le CGRI consolide sa présence

Le CGRI a épaulé des milices dans Deir Ezzor par de l'argent et des armes, en exploitant le chômage endémique dans la région et la détresse économique pour passer des accords avec plusieurs leaders tribaux, a expliqué Ahmad al-Salem, un activiste d'Alep, à Diyaruna.

En vertu de ces accords, les dignitaires locaux « reçoivent un soutien financier mensuel et une assistance en nature des organisations affiliées au CGRI telles que Jihad al-Bina et la fondation al-Shaheed, en échange du recrutement des jeunes », a-t-il ajouté.

De même à Alep, a-t-il poursuivi, le CGRI « est entré profondément dans la province et y a formé de multiples groupes armés affiliés ».

Il a recruté un grand nombre de jeunes dans ces milices, en les attirant avec de l'argent et la promesse d'éviter le service militaire ou de réserve obligatoire, a-t-il ajouté.

À Deir Ezzor, le CGRI a également acheté des biens fonciers, maisons et boutiques, ainsi que des terrains agricoles, pour y consolider sa présence, a-t-il ajouté.

Des organisations affiliées au CGRI comme Jihad al-Bina et l'Autorité des lieux saints d'Ahl al-Bayt ont également ouvert des bureaux dans la province, dans le but de conquérir la population locale et de recruter des combattants dans les rangs du CGRI, a ajouté al-Salem.

« Les Iraniens ont ouvert un grand nombre de husseiniyas et de sanctuaires, et ont organisé des pèlerinages vers ces lieux en provenance d'Iran et d'Irak », a-t-il poursuivi.

Parmi ces lieux se trouvent le sanctuaire de Nabeh Ali à Mahkan, près de Mayadine dans Deir Ezzor, des tombeaux dans la ville de Daraya, à proximité de Damas, notamment le tombeau de Sakina actuellement en cours de restauration, et la mosquée al-Noqta à Alep, a-t-il précisé.

Le CGRI a également étendu son influence à l'université d'Alep, a-t-il encore ajouté, où de nombreux étudiants sont désormais sous l'influence de son idéologie.

Influence iranienne à Damas

Seul un petit nombre des civils qui avaient quitté la Ghouta orientale dans la campagne de Damas y sont retournés, a expliqué à Diyaruna Mohammed al-Beik, un activiste de la région de Damas.

Dans leur majorité, les revenants ou ceux qui étaient restés dans la campagne de Damas sont ceux qui ont accepté les conditions de leur retour, notamment l'acceptation du Wilayat al-Faqih ou un travail avec le CGRI.

Cela est clair dans la zone située autour de Damas, a-t-il indiqué, où « les rues grouillent de drapeaux sectaires iraniens et de processions organisées par des groupes religieux ».

Ce type d'activité n'a aucun caractère syrien et ne reflète en rien les traditions et le patrimoine du pays, a-t-il conclu, mais est plutôt révélateur de l'influence de l'Iran.

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