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Économie |

La construction d'un barrage par l'Iran réduit l'approvisionnement en eau de l'Irak

Faris Omran

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Des manifestants irakiens de Sulaymaniyah brandissent des slogans condamnant l'Iran pour vouloir bloquer les rivières qui coulent jusqu'en Irak, sur cette photo d'archive datant du 5 juillet 2017. [Photo fournie par l'Initiative internationale pour la solidarité avec la société civile irakienne] 

La construction par l'Iran de barrages qui détournent l'eau des rivières qui s'écoulent en Irak a entraîné de graves pénuries en aval, qui portent atteinte aux terres agricoles et privent les Irakiens de ressources en eau essentielles, ont expliqué des experts à Diyaruna.

Ces dernières années, l'Irak a ainsi perdu de vastes étendues de terres agricoles par suite du détournement en amont du cours de plusieurs rivières, ont-ils ajouté, et la situation s'est aggravée l'été dernier, lorsque les quantités d'eau ne suffisaient pas à répondre aux besoins en eau potable.

Le barrage de Kolsa dans la région iranienne de Sardasht a provoqué une baisse de 80 % du niveau de l'eau dans le Petit Zab, qui se jette dans le Tigre, entraînant une crise de l'eau potable dans le district de Qalaat Daza de la province de Sulaymaniyah.

Un camion-citerne apporte de l'eau potable aux habitants d'al-Sahalat dans le district d'al-Nasiriya lors de la sécheresse de l'année dernière, sur cette photo du 12 septembre 2018. [Photo extraite de la page Facebook du Centre pour la restauration des marais et des zones humides en Irak]

« Les niveaux de l'eau de 42 rivières et affluents qui ont leur source en Iran et coulent en territoire irakien ont fortement diminué ou entièrement disparu », a expliqué le spécialiste de l'agriculture Adel Moukhtar à Diyaruna.

Parmi eux se trouvent des rivières qui sont des affluents très importants du Tigre et du Shatt al-Arab, notamment le Karun et le Petit et le Grand Zab, a-t-il poursuivi.

L'année dernière avait vu une baisse importante de la quantité d'eau coulant en Irak et provenant d'Iran, avec pour conséquence « des vagues de soif, la destruction des récoltes et une augmentation sans précédent de la salinité », a-t-il encore ajouté.

La salinité du Shatt al-Arab à Basra est passée d'un niveau normal de 1000 parties par million (ppm) à 25 000 ppm, selon le ministère irakien de l'Eau.

Cette hausse de la salinité provient de la décharge par l'Iran d'une eau saumâtre fortement concentrée qui a causé la mort de millions de poissons et des dégâts sérieux à l'environnement, selon le ministère.

« Cette année, les abondantes chutes de neige et de pluie ont atténué de manière significative le problème de la sécheresse », a indiqué Moukhtar, ajoutant qu'il est probable que les réserves stratégiques en eau augmenteront d'ici la fin du mois de mai pour atteindre environ 37 milliards de mètres cubes.

« La situation hydrologique actuelle est bonne, nous disposons d'une réserve d'environ 26 milliards de mètres cubes », a-t-il expliqué, soulignant que le problème pourrait toutefois resurgir si le niveau des précipitations devait être faible l'hiver prochain.

Un apport d'eau réduit

Au fil des ans, l'Iran a construit des dizaines de barrages sur les rivières qui s'écoulent en Irak, détournant selon les estimations quelque sept milliards de mètres cubes d'eau nécessaires pour irriguer près de 770 000 hectares de terres cultivées à Ahvaz et Ilam.

Ces barrages iraniens sont certes petits, « mais ils sont nombreux et fonctionnent collectivement comme un seul grand barrage », avait déclaré en octobre dernier l'ancien ministre irakien des Ressources en eau Hassan al-Janabi.

Il avait fait état de l'achèvement d'environ dix barrages, affirmant qu'ils avaient contribué à « une baisse significative de notre débit d'eau [en provenance de l'Iran] qui atteint le barrage [irakien] de Darbandikhan ».

Dans le même temps, la Société iranienne de gestion des ressources hydrauliques avait annoncé son intention d'édifier 109 nouvelles retenues dans le cadre d'un plan courant jusqu'en 2021.

Parmi les entreprises supervisant cette construction se trouve le groupe Khatam al-Anbiya, le bras économique du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Les deux autres entreprises répertoriées, al-Quds al-Radwi et Mostazafan, sont placées sous l'autorité du leader iranien Ali Khamenei.

L'eau reste un problème épineux

« L'eau a été un problème épineux entre l'Irak et l'Iran avant et pendant la guerre entre les deux pays », a rappelé à Diyaruna l'expert militaire et en stratégie Muayyed Salem al-Juhaishi.

Aujourd'hui, elle reste « une menace sérieuse », a-t-il ajouté, alors que le régime iranien cherche à optimiser l'utilisation des ressources en eau par le pays et « cherche à priver l'Irak de son droit à l'eau sur les rivières qui ont leur source en Iran ».

En réponse aux sanctions internationales, l'Iran souhaite « accentuer la pression sur l'Irak en suivant une stratégie de blocus de l'eau pour contraindre le pays à s'engager à ses côtés dans le front contre la communauté internationale », a-t-il poursuivi.

« Les Iraniens ne devraient pas être autorisés à nous mêler à leurs problèmes et à leur isolement international, ni avoir une chance d'influencer nos politiques et de lier notre sort au leur », a estimé al-Juhaishi.

« Nous devons nous sortir de leur giron », a-t-il poursuivi.

« C'est ce que nous sommes encouragés à faire par d'autres pays, et l'Iran tente de résister et de marginaliser la volonté internationale », a-t-il ajouté.

« L'Iran s'est imposé en force dans toutes les affaires de l'Irak et s'efforce de le priver de ses droits, de saper son économie et de voler ses richesses », a déclaré à Diyaruna le politologue Hilal al-Obeidi.

Et de conclure que l'Irak devrait être aidé à résister aux pressions que lui impose l'Iran en matière d'eau, d'énergie et de commerce.

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