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L'Iran capte un fonds souverain pour financer ses opérations militaires

Waleed Abou al-Khair au Caire

Des Iraniens participent à une manifestation durant la crise économique actuelle. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Bien que d'importantes manifestations en Iran ont exhorté le régime à concentrer les ressources sur des questions nationales, celui-ci a pris des mesures lui permettant de détourner les crédits alloués au fonds de richesse souverain du pays pour financer ses opérations militaires.

En février, les médias iraniens avaient rapporté que les députés avaient approuvé le retrait de 1,5 milliard de dollars du Fonds pour le développement national pour payer les dépenses militaires.

L'an dernier, le guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei, avait ordonné le retrait de 2,5 milliards de dollars de ce fonds pour financer des projets militaires.

Le Fonds pour le développement national de l'Iran avait été créé « pour allouer une partie des revenus générés par le pétrole, le gaz et divers produits dérivés à des investissements non pétroliers et productifs, et conserver une partie de ces revenus pour les générations futures », a expliqué Shaher Abdoullah, professeur à l'Université Aïn Shams.

Le major général Qassem Suleimani (à droite), commandant de la Force Qod du CGRI, pose avec des combattants des milices afghanes en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Cette année, Khamenei a demandé au parlement de modifier le projet de budget pour l'exercice 2019 de telle sorte que seuls 20 % des revenus tirés du pétrole soient versés au Fonds pour le développement national au lieu des 30 % prévus à l'origine, ont indiqué les médias iraniens.

« Ce montant est assez modeste, au vu due la forte baisse des exportations de pétrole par suite des sanctions imposées à l'Iran et de la chute des cours mondiaux du pétrole », a ajouté Abdoullah.

La récente décision de retirer 1,5 milliard de dollars de ce fonds « intervient à un moment où l'économie iranienne a besoin de se remettre rapidement de sa récente contraction, au cours de laquelle elle a enregistré une baisse de 5,5 % », a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

L'argent appartient au peuple iranien

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) « continue de soutenir ses opérations à l'étranger avec de l'argent qui appartient au peuple iranien », a déclaré Fathi al-Sayed, chercheur au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

Le CGRI soutient les intermédiaires de l'Iran au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen, a-t-il expliqué à Diyaruna, ajoutant que « maintenir le contrôle sur ces groupes sectaires requiert un flux constant d'armes et de fonds ».

Le CGRI bénéficie d'un financement pris sur le budget général iranien et provenant d'autres sources, notamment ce Fonds pour le développement national, a-t-il poursuivi, et son budget principal, qui totalisait quelque 3,3 milliards en 2013, a gonflé pour atteindre environ 7 milliards de dollars en 2017.

« Ces chiffres concernent exclusivement le CGRI, et ne comprennent pas les montants similaires alloués aux missions liées à la défense et à l'armée, qui atterrissent également dans les coffres du CGRI », a-t-il expliqué.

Le taux de chômage chez les jeunes diplômés de l'université en Iran est très élevé et est exacerbé par l'actuelle crise économique, a expliqué Sheyar Turko, chercheur spécialisé dans le financement du CGRI.

« Si le CGRI n'épuisait pas cet argent, les ressources et la richesse du peuple iranien, la situation aurait été bien différente », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Épuisement quasi total du fonds

Le Fonds pour le développement national était destiné au départ à financer des projets non pétroliers et à « aider les entreprises privées à renforcer l'économie et créer des emplois pour les jeunes diplômés de l'université », a ajouté Turko.

Mais l'utilisation croissante faite par le régime iranien de ce fonds pour supporter l'agenda régional du CGRI a entraîné son quasi-épuisement, a-t-il poursuivi.

L'argent de ce fonds est maintenant utilisé « pour poursuivre le soutien militaire et financier de longue date » dont bénéficient les milices au Yémen, en Syrie, en Irak, au Liban et au-delà, a-t-il ajouté.

« Les étudiants et les diplômés de l'université protestent quotidiennement contre cette situation dans les grandes villes », a-t-il conclu, mais les agences de sécurité et les médias iraniens tentent de museler cette contestation et d'instaurer un blackout dans les médias.

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