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Droits de l'Homme |

À peine sauvés de l'EIIS, c'est la malnutrition qui menace les bébés syriens

AFP

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Une Syrienne transporte un enfant dans le camp de déplacés d'al-Hol dans la province syrienne d'al-Hasakeh le 6 février. [Fadel Senna/AFP] 

Des médecins syriens traitent un bébé le 6 février dans une clinique improvisée du camp de déplacés d'al-Hol dans la province d'al-Hasakeh. [Fadel Senna/AFP]

Une déplacée syrienne tient un enfant en attendant devant une clinique improvisée dans le camp de déplacés d'al-Hol, le 7 février. [Fadel Senna/AFP]

Des femmes et des enfants syriens déplacés dans le camp de déplacés d'al-Hol dans la province d'al-Hasakeh, le 7 février. [Fadel Senna/AFP]

Les déplacés syriens arrivent en masse au camp d'al-Hol, dans le nord-est de la province d'al-Hasakeh, le 6 février. [Fadel Senna/AFP] 

Des déplacés syriens reçoivent une aide humanitaire le 7 février dans le camp d'al-Hol de la province syrienne d'al-Hasakeh. [Fadel Senna/AFP]

Ils ont certes échappé au dernier bastion de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), mais les bébés squelettiques qui arrivent en masse dans le camp d'al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, sont maintenant engagés dans une course contre la malnutrition.

Des camions entiers transportant des femmes et des enfants décharnés fuyant le dernier refuge de l'EIIS dans la vallée de l'Euphrate arrivent chaque jour au camp d'al-Hol.

« Ils n'ont plus que la peau sur les os lorsqu'ils arrivent ici », explique à l'AFP le Dr Antar Senno, pédiatre du Croissant-Rouge kurde (CRK), dans une clinique improvisée à al-Hol.

Des Syriennes attendent devant une clinique de fortune le 7 février dans le camp de déplacés d'al-Hol du gouvernorat d'al-Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie. [Fadel Senna/AFP]

Ils ont souffert de conditions extrêmes dans la dernière poche tenue par l'EIIS près du village d'al-Baghouz, proche de la frontière irakienne, où la nourriture, l'eau et les médicaments sont rares.

Les personnels du CRK examinent rapidement ces enfants, en particulier ceux âgés de moins d'un an, pour détecter une minceur anormale des membres, une peau tendue et sèche,ou encore des signes de diarrhée, a-t-il précisé.

« L'équipe inspecte scrupuleusement l'ensemble de la tente d'accueil. S'ils détectent un cas qui pourrait être de la malnutrition, ils isolent immédiatement l'enfant et le placent dans une ambulance », a-t-il poursuivi.

Mais le voyage ne s'arrête pas là.

Les personnels médicaux du camp d'al-Hol, qui ont vu un énorme afflux de plus de 25 000 personnes déplacées ces dernières semaines alors que s'accéléraient les opérations militaires, n'ont pas les moyens de traiter les enfants en état de malnutrition sévère et doivent les envoyer dans les hôpitaux de la ville d'al-Hasakeh, à une heure de distance.

Cela rend chaque minute encore plus précieuse, a ajouté Senno.

« Ils sont pratiquement morts lorsqu'ils arrivent ici. Mais si nous parvenons à les repérer et à les envoyer à temps à l'hôpital d'al-Hasakeh, nous pouvons les sauver », a-t-il précisé.

« Ce n'est pas une affaire de jours. C'est une affaire de minutes. »

« Un allaitement insuffisant »

Plus de 37 000 personnes ont fui cette enclave de l'EIIS dans l'est de la province de Deir Ezzor, qui se réduit au fur et à mesure de la progression des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Plusieurs d'entre elles marchent pendant des jours dans le désert pour atteindre un point de collecte contrôlé par les FDS, où elles sont examinées, reçoivent un peu de nourriture et d'eau et embarquent dans des camions pour un voyage de plusieurs heures vers al-Hol.

Mais cette odyssée dans le désert peut être meurtrière ; au moins 35 nouveau-nés et nourrissons ont succombé en route vers le camp ou juste après leur arrivée, selon les Nations unies.

Un travailleur du camp a expliqué avoir vu des femmes descendre avec difficulté des camions en portant des bébés sans vie, ne sachant pas qu'ils étaient morts en chemin.

Ahmad, âgé de trois mois, fut presque l'un d'entre eux, a expliqué Istabraq, sa mère irakienne.

« Je l'allaitais quand nous étions à al-Baghouz, mais cela ne suffisait pas », a expliqué cette jeune mère de 22 ans.

Ils se sont enfuis il y a 20 jours et ont été amenés à al-Hol.

« Son état était vraiment mauvais lorsque nous sommes arrivés ici au camp. Ils l'ont amené directement hors de la zone d'accueil et transporté à l'hôpital », a-t-elle poursuivi.

Elle a été autorisée à l'accompagner à al-Hasakeh pour la journée, mais n'a pas été autorisée à revenir.

Les autorités d'al-Hol ont en effet imposé de strictes mesures de sécurité, craignant que des combattants de l'EIIS ne se cachent parmi les civils en fuite.

Malnutrition aiguë sévère

Une malnutrition aiguë sévère (MAS) peut constituer un risque mortel chez les enfants, en particulier chez les nourrissons.

Selon le Programme alimentaire mondial, 18 700 enfants âgés de moins de cinq ans souffrent de MAS sur l'ensemble du territoire syrien.

Le CRK a indiqué avoir transféré des dizaines de cas de MAS du camp d'al-Hol à al-Hasakeh ces dernières semaines, dont 29 qui y sont actuellement traités.

Mais les nourrissons peuvent souffrir de malnutrition même une fois arrivés à al-Hol, a affirmé l'organisation caritative médicale Mar Ephraem, qui gère une clinique pour enfants à al-Hol.

« S'ils souffrent de diarrhées chroniques et de déshydratation, nous les envoyons immédiatement à l'hôpital », a expliqué l'infirmière Marah al-Sheikhi.

« Cela est extrêmement urgent. Un retard d'une heure peut faire toute la différence chez un enfant en état de malnutrition », a-t-elle poursuivi.

Jeudi, Mar Ephraem a ordonné le transfert d'urgence d'un bébé à l'hôpital.

Yaqin, âgée de trois mois, était arrivée à al-Hol une semaine auparavant, amenée par sa mère, Shamaa.

« Cela fait dix jours que nous sommes ici, mais son poids continue de baisser. Elle souffre de diarrhées et de vomissements », a expliqué Shamaa, 23 ans, faisant les cent pas en attendant l'ambulance qui les amènera à al-Hasakeh.

« Je viens de découvrir qu'elle souffre aussi de malnutrition sévère. J'ai si peur pour elle », a-t-elle ajouté, tout en berçant Yaqin, si faible qu'elle ne peut même pas pleurer.

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