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La Syrie sévit contre ceux qui tentent d'échapper à la conscription

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des hommes de Damas sont emmenés pour effectuer leur service militaire obligatoire. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

Le régime syrien a arrêté de nombreux hommes dans les zones qu'il contrôle pour s'assurer qu'ils effectuent leur service militaire obligatoire, expliquent des militants locaux à Diyaruna.

En réponse à ces mesures, des milliers d'hommes âgés de moins de 42 ans habitant dans les zones tenues par le régime fuient ou se cachent, ont-ils ajouté.

« Le régime syrien a commencé à renforcer l'application du service militaire et de la réserve obligatoire », a indiqué l'avocat syrien Bashir al-Bassam à Diyaruna.

Cette mesure est mise en œuvre pour soulager la pénurie en hommes dans les rangs de l'armée, a-t-il poursuivi.

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De jeunes hommes se rassemblent devant les bureaux de la conscription à Damas, où certains espèrent obtenir une exemption ou un report de leur enrôlement. [Photo fournie par Mohammed al-Beik]

Cette pénurie résulte des lourdes pertes enregistrées sur les différents fronts, de l'abandon du service militaire et de réserve de milliers de jeunes opposés au régime, et des défections de milliers de soldats depuis le déclenchement du conflit en Syrie, a-t-il précisé.

« Cette pénurie a été renforcée par la fin du service de milliers d'hommes qui composaient le contingent de conscription 102 et avaient servi sous les drapeaux pendant huit ans », a-t-il ajouté.

La durée légale du service a été réduite de 21 à 18 mois en 2011.

Des dizaines de bureaux de recrutement ont été ouverts dans toutes les zones, « en plus des bureaux permanents dans les universités qui contrôlent les dossiers des étudiants afin de les emmener de force effectuer leur service militaire et de réserve », a continué al-Bassam.

De surcroît, « un décret a été promulgué refusant leurs diplômes aux étudiants qui terminent leurs études avant de s'être mis en règle vis-à-vis des services de la conscription », a-t-il précisé.

Promesses non tenues

Le régime syrien avait auparavant publié des communiqués exemptant des milliers de jeunes vivant hors du pays du service militaire et de réserve.

Mais des centaines de ceux qui sont rentrés ces deux derniers mois ont été arrêtés et conduits dans des camps d'entraînement militaires, a indiqué al-Bassam.

« Les listes de ceux qui sont recherchés pour aller effectuer leur service obligatoire comprennent plus de 250 000 noms provenant de toutes les régions de Syrie, à l'exception des régions d'Idlib et du nord de la Syrie », a-t-il ajouté.

Ces régions échappent encore au contrôle du régime.

Le régime a rompu sa promesse envers ceux qui sont recherchés pour leur service dans la réserve, a-t-il poursuivi, en revenant sur un décret antérieur dans lequel il avait annoncé que des milliers de noms avaient été retirés de ces listes et dispensés de service.

L'option consistant à payer une taxe au lieu d'effectuer son service militaire a été supprimée.

« Ces décrets poussent des milliers de jeunes à tenter de fuir la Syrie pour échapper aux nombreuses années de conscription, en empruntant les voies de contrebande qui étaient utilisées ces dernières années, ou en déménageant légalement dans les pays voisins », a-t-il précisé.

Un fort ressentiment

« Un fort ressentiment prévaut dans les zones contrôlées par le régime par suite du déploiement à grande échelle de la police militaire dans toutes ces régions et de la traque des jeunes et des hommes de moins de 42 ans », a expliqué le militant Mohammed al-Beik, originaire de la Ghouta orientale

Les hommes en âge de conscription sont emmenés soit dans des camps d'entraînement avant d'effectuer leur service militaire obligatoire, soit vers des postes militaires pour y effectuer leur service dans la réserve, a-t-il précisé à Diyaruna.

Le ressentiment « est fort dans les régions les plus loyales au régime, comme Damas, Latakia et Tartous, en raison des humiliations que les membres de la sécurité font subir aux jeunes qu'ils recherchent », a-t-il poursuivi.

« Ils sont arrêtés sans ménagement et emmenés dans des camions bâchés, dont certains sont utilisés pour le transport de la viande, en étant mis aux fers et enchaînés les uns aux autres comme des criminels », a-t-il indiqué.

Les centres de conscription et les bureaux qui délivrent des permis de voyage sont remplis de jeunes et de leurs familles qui cherchent à obtenir une exemption ou un report pour diverses raisons, a ajouté al-Beik.

« Mais un coup d'arrêt a été mis à toutes ces permissions et les autorisations de voyage ne sont désormais plus accordées, sauf aux fils de personnalités influentes de la politique et de l'armée », a-t-il indiqué.

Ces familles ont pu faire sortir leurs fils du pays ou faire retirer leurs noms des listes de conscription, a-t-il ajouté.

Non-respect des accords de trêve

Les forces du régime ont imposé un blocus sur la Ghouta orientale, et effectuent des raids quotidiens pour arrêter des jeunes en âge d'effectuer leur service militaire obligatoire, a poursuivi al-Beik.

Elles procèdent ainsi bien que, selon les termes des accords de trêve, les jeunes de la région bénéficient d'une période d'exemption d'un an, a-t-il ajouté.

« Dans les régions du sud de la Syrie, en particulier Daraa et ses environs, la colère est forte à cause des arrestations arbitraires de jeunes âgés de plus de 18 ans pour leur devoir de conscription et de réserve », a expliqué à Diyaruna Jumaa al-Masalma, un militant de Daraa.

Ces arrestations ont lieu malgré l'accord conclu entre les habitants et le régime de reporter leur service d'au moins un an, a-t-il poursuivi.

De plus, toujours selon cet accord passé avec le régime qui stipulait que les combattants de l'opposition pourraient quitter la région et remettre leurs armes, un grand nombre de jeunes seraient exemptés de service militaire, a-t-il rappelé.

« La majorité des jeunes qui sont arrêtés sont emmenés vers des points de fortes tensions dans les provinces d'Idlib et de Deir Ezzor, même si l'accord précise qu'une fois passée une année, leur zone de service sera Daraa ou le sud de la Syrie », a conclu al-Masalma.

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