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Les garde-frontières irakiens veulent bloquer le trafic de drogue

Hassan al-Obaidi à Bagdad

Un homme devant un panneau indiquant « Iran-Kerbala » en farsi et en arabe au poste-frontière de Mehran entre l'Iran et l'Irak. [Atta Kenare/AFP]

L'Irak a du mal à endiguer le flux de drogue traversant sa frontière depuis l'Iran, ont indiqué des responsables irakiens à Diyaruna, exprimant la frustration que l'Iran ne fait pas assez pour empêcher le trafic de drogue de son côté de la frontière.

Au cours des dernières semaines, la police irakienne a démantelé six réseaux de trafic de drogue à Bagdad et dans d'autres provinces, qui avaient reçu de la drogue en provenance d'Iran, ont annoncé des responsables de l'unité de lutte contre les stupéfiants du ministère irakien de l'Intérieur.

Ces drogues comprenaient du hachich et des pilules hallucinogènes, ont-ils précisé.

Grâce à l'utilisation d'équipement sophistiqué et à l'entraînement de la police anti-stupéfiants, les forces irakiennes ont renforcé leur capacité à lutter contre les réseaux de trafic de drogue.

Mais ces actions ne pourront pas être pleinement efficaces sans une bonne coopération transfrontalière.

« L'Iran ne coopère pas pour empêcher l'infiltration de drogues en Irak », a déclaré à Diyaruna le major Ahmed al-Hassani, de la police de Bagdad.

« Nous pensons que les garde-frontières iraniens sont corrompus, et qu'ils travaillent avec les trafiquants qui transportent de la drogue vers l'Irak sous les yeux des gardes, en échange d'un pot-de-vin », a-t-il indiqué.

L'impact négatif de la consommation de stupéfiants sur la société irakienne est évident, a-t-il déploré, soulignant le nombre élevé d'infractions criminelles commises par des personnes droguées.

L'utilisation de drogue peut également mener les jeunes à quitter l'école, entre autres répercussions sociales négatives, a-t-il précisé, ajoutant que « l'on peut dire que [la drogue] est désormais la deuxième menace la plus sérieuse pour l'Irak, après l'EIIS ».

Arrestations multiples

« Six réseaux de trafic de drogue ont été démantelés en Irak rien qu'au cours des cinq dernières semaines à Bagdad, Bassorah, al-Nasiriya et dans l'Anbar », a fait savoir à Diyaruna le capitaine Saad al-Atwani, de l'unité anti-stupéfiants du ministère irakien de l'Intérieur.

Les forces de sécurité ont arrêté 53 hommes et femmes membres de ces réseaux, a-t-il relaté, et « plus de 450 000 pilules de drogue ont été saisies », dont 180 000 pilules hallucinogènes portant des noms comme « cristal », « imagination » et « sourcil ».

Au moins 44 kg de haschish et de cocaïne ont également été saisis, ainsi que d'autres substances destinées au traitement de l'épilepsie et comme analgésiques pour les patients subissant d'importantes opérations chirurgicales, a-t-il rapporté.

Un numéro de téléphone gratuit (104) a été mis en place pour permettre aux citoyens de signaler à la police les gangs s'adonnant au trafic et à la vente de drogue, a déclaré al-Atwani.

« D'importantes récompenses sont offertes à ceux dont le signalement mène à l'arrestation de trafiquants et de revendeurs de drogue, similaires à celles qui sont versées à ceux qui signalent des opérations terroristes », a-t-il ajouté.

« Les provinces à la frontière avec l'Iran sont les plus touchées par la drogue », a expliqué Laith Mohammed, directeur de Diyala al-Khair, une organisation qui sensibilise aux dangers de la drogue et du crime organisé.

Diyala a besoin d'un hôpital spécialisé pour traiter les addictions, a-t-il affirmé à Diyaruna.

L'utilisation de drogues est devenue de plus en plus courante, et est désormais « l'une des causes [principales] de l'augmentation de la criminalité dans plusieurs villes d'Irak », a poursuivi Mohammed.

Des obstacles persistent

Les garde-frontières irakiens déploient des « efforts colossaux » pour endiguer le flux de drogues, a fait savoir le colonel Mohamed Mohsen, directeur de la division de l'orientation morale du commandement des garde-frontières dans la province de Wasit, dans le sud de l'Irak.

« Nous avons réussi à frapper les réseaux de contrebande agissant entre l'Iran et l'Irak et dont les membres sont des ressortissants de ces deux pays », a-t-il rapporté à Diyaruna.

Mais des obstacles persistent, a-t-il ajouté, parmi lesquels la dévaluation de la monnaie iranienne, « qui a entraîné une augmentation du trafic et de la contrebande vers l'Irak par diverses routes terrestres ».

La longueur de la frontière constitue également un énorme problème, a ajouté Mohsen.

« Nous avons récemment été en mesure de déployer des hélicoptères pour des opérations de surveillance », a-t-il déclaré. « Mais ce problème nécessite la coopération du côté iranien, qui doit contrôler sa frontière. »

Les trafiquants de drogue utilisent des femmes, car il est moins probable qu'elles soient fouillées, et des pèlerins, qui sont très respectés, afin de faciliter le passage de la drogue, a-t-il expliqué.

Dans un des cas, 100 000 pilules de stupéfiants cachées dans une cargaison de poulets ont été découvertes par des inspecteurs au poste frontière.

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