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Société |

2018-11-09

Un hôtel brise les traditions tribales en Irak

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L'ouverture d'un nouvel hôtel constitue un défi aux coutumes tribales de la province de l'Anbar, dans l'ouest de l'Irak, où la tradition veut que les habitants accueillent sous leur propre toit les gens extérieurs à la province. [Moadh al-Dulaimy/AFP]

Cet hôtel de 80 lits, construit par un jeune homme d'affaires irakien, a suscité une polémique dans l'Anbar, où la tradition veut que les habitants accueillent les étrangers sous leur propre toit, mais il affiche néanmoins une belle croissance dans cette période post-EIIS.

Au centre de Ramadi, la capitale de la province, s'élève un haut bâtiment éclairé par des néons. Une enseigne lumineuse indique « Hôtel Rose Plaza » en arabe et en anglais.

Cet établissement de 80 lits, construit par un jeune homme d'affaires irakien, a suscité la controverse dans l'Anbar, la vaste province désertique située à l'ouest de Bagdad qui s'étend jusqu'aux frontières avec la Syrie, la Jordanie et l'Arabie saoudite.


L'accueil de l'hôtel Rose Plaza a été présenté à Ramadi le 3 octobre 2018. Cet établissement de 80 lits, construit par un jeune homme d'affaires irakien, suscite une controverse dans l'Anbar, où les habitants accueillent traditionnellement les étrangers sous leur propre toit. [Moadh al-Dulaimy/AFP]

L'accueil de l'hôtel Rose Plaza a été présenté à Ramadi le 3 octobre 2018. Cet établissement de 80 lits, construit par un jeune homme d'affaires irakien, suscite une controverse dans l'Anbar, où les habitants accueillent traditionnellement les étrangers sous leur propre toit. [Moadh al-Dulaimy/AFP]


L'hôtel Rose Plaza à Ramadi, la capitale de la province de l'Anbar en Irak, le 3 octobre 2018. [Moadh al-Dulaimy/AFP]

L'hôtel Rose Plaza à Ramadi, la capitale de la province de l'Anbar en Irak, le 3 octobre 2018. [Moadh al-Dulaimy/AFP]

Costume-cravate et cheveux gominés, Mohammed Kassar est prêt à défendre son projet.

« Nous sommes la province de la générosité et de l'hospitalité », a déclaré ce jeune entrepreneur de 29 ans.

« Mais il ne serait pas sérieux qu'une province qui couvre un tiers de l'Irak, donne sur trois pays et est un carrefour commercial n'ait aucun hôtel. »

L'Anbar revient de loin.

La province avait été capturée par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) en 2014 et était devenue une destination bannie pour les touristes ou les investisseurs en voyages d'affaires.

Mais depuis que Ramadi a été reprise par les autorités irakiennes en 2016, la reconstruction, les nouveaux logements et les projets commerciaux connaissent un grand essor et attirent les entrepreneurs de l'ensemble du pays.

Louai Rafe, un homme d'affaires irakien, s'est dit heureux d'avoir trouvé le Rose Plaza.

Il pensait pouvoir terminer certaines tâches administratives dans l'Anbar et retourner le soir même à Bagdad, la capitale, à 100 km de là.

Mais son travail a duré plus longtemps que prévu et il a décidé de réserver une chambre dans ce nouvel hôtel.

« Quand je venais, j'avais l'habitude d'aller dormir chez un ami, et je me sentais gêné de l'importuner de nouveau », a expliqué Rafe.

« Cet hôtel est vraiment le bienvenu, il simplifie la vie de tout le monde. »

L'hôtel affiche une bonne croissance dans la période post-EIIS

Mais dans l'Anbar, la vie est régie par les tribus de la région et leurs coutumes ancestrales.

Le sens de l'hospitalité veut que les personnes étrangères à la province soient invitées à partager un copieux repas et à passer la nuit chez l'habitant.

Les maisons sont même construites dans cette optique, et le diwaniya, la pièce de réception, doit être la pièce la plus grande et la plus impressionnante.

Cela reste vrai même s'il faut alors réduire l'espace familial.

L'unique autre tentative d'ouvrir un hôtel à Ramadi s'était soldée par un échec, comme en témoigne le bâtiment non terminé et abandonné dans le centre de la ville.

La société turque qui était derrière ce projet avait été contrainte de l'abandonner en 2014, lorsque l'EIIS s'est emparé de la ville. Les habitants expliquent sous forme de boutade que même les extrémistes n'allaient pas dans cet hôtel.

Mais certains habitants de l'Anbar sont impatients de profiter de ce nouvel hôtel, à l'instar de Mohammed Ahmed, 28 ans, qui a réservé une chambre pour sa lune de miel.

« Je n'avais nulle part où aller, et l'hôtel est une bonne alternative », a-t-il expliqué, la barbe fraîchement taillée et portant une chemise d'un blanc immaculé.

Le propriétaire de l'établissement espère également attirer une clientèle d'affaires, pensant accueillir les délégués à des conférences sur la reconstruction et à des sommets sur le futur post-EIIS de l'Irak.

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