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Droits de l'Homme |

2018-10-09

Une yézidie victime de viol reçoit le prix Nobel de la paix

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Cette photo, prise le 31 mai 2016 à Hanovre, montre Nadia Morad, militante de la communauté yézidie en Irak et rescapée de l'esclavage sexuel de l'EIIS. Morad et le docteur congolais Denis Mukwege ont reçu le prix Nobel de la paix 2018 le 5 octobre pour leur lutte contre les violences sexuelles dans des conflits du monde entier. [Julian Stratenschulte/dpa/AFP]
Cette photo, prise le 31 mai 2016 à Hanovre, montre Nadia Morad, militante de la communauté yézidie en Irak et rescapée de l'esclavage sexuel de l'EIIS. Morad et le docteur congolais Denis Mukwege ont reçu le prix Nobel de la paix 2018 le 5 octobre pour leur lutte contre les violences sexuelles dans des conflits du monde entier. [Julian Stratenschulte/dpa/AFP]

La militante yézidie Nadia Morad et le docteur congolais Denis Mukwege ont remporté le prix Nobel de la paix 2018 le vendredi 5 octobre pour leur lutte contre les violences sexuelles dans des conflits du monde entier.

Ils recevront la récompense le 10 décembre lors d'une cérémonie à Oslo.

Morad, âgée de 25 ans, est la première personne de nationalité irakienne à remporter le prix Nobel de la paix.


Ce montage créé le 5 octobre à partir d'images d'archive montre le gynécologue congolais Denis Mukwege et Nadia Morad, militante de la communauté yézidie en Irak et rescapée de l'esclavage sexuel de l'EIIS, qui ont remporté le prix Nobel de la paix 2018 pour leur lutte contre les violences sexuelles dans des conflits du monde entier. [Frederick Florin/AFP]

Ce montage créé le 5 octobre à partir d'images d'archive montre le gynécologue congolais Denis Mukwege et Nadia Morad, militante de la communauté yézidie en Irak et rescapée de l'esclavage sexuel de l'EIIS, qui ont remporté le prix Nobel de la paix 2018 pour leur lutte contre les violences sexuelles dans des conflits du monde entier. [Frederick Florin/AFP]

Il fut un temps où elle menait une vie tranquille dans le village de Kocho, à Sinjar, dans le nord de l'Irak. Mais lorsque « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) a envahi la région en 2014, elle a été enlevée par le groupe, et son destin a changé à jamais.

Morad fait partie des milliers de femmes et de filles yézidies qui ont été enlevées, violées et brutalisées par l'EIIS pendant leur assaut de cette année contre la minorité de langue kurde, et que l'ONU a qualifié de génocide.

Après son évasion, elle est devenue une figure de proue dans les efforts visant à protéger les yézidis, et a été nommée ambassadrice de l'ONU pour les victimes de trafic humain.

Elle a déclaré que cette récompense était une victoire importante pour toutes les femmes souffrant de violences sexuelles.

« Cela signifie beaucoup, pas seulement pour moi, mais aussi pour toutes ces femmes en Irak et dans le monde », a-t-elle fait savoir à la fondation Nobel.

« Pour ces petites communautés qui sont persécutées, ce prix me dit que leurs voix sont entendues. »

« Un courage rare »

Le comité Nobel a salué le « courage rare » de Morad, ajoutant qu'elle avait « refusé d'accepter les codes sociaux qui exigent que les femmes gardent le silence à propos des mauvais traitements qu'elles ont subis, et qu'elles en aient honte ».

Le nouveau président irakien, Barham Saleh, a déclaré que la victoire de Morad est la « reconnaissance du calvaire tragique » des yézidis, et de « son courage dans la défense des droits des victimes de terrorisme et de violences sexuelles ».

La récompense attribuée à Morad a été « un honneur pour tous les Irakiens luttant contre le terrorisme et l'obscurantisme », a affirmé Saleh.

« Nous sommes très heureux. C'est un camouflet de plus pour le terrorisme », a ajouté la députée Vian Dakhil, qui représente la communauté yézidie au parlement irakien.

« En défendant les victimes de violence sexuelle dans les conflits, [Morad et Mukwege] ont défendu nos valeurs communes », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies.

En tant qu'ambassadrice pour l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime depuis 2016, Morad « a cherché à obtenir de l'aide pour les victimes de trafic humain et d'esclavage sexuel et à faire comparaître les coupables devant la justice », a déclaré Guterres.

« Son engagement important a touché des personnes dans le monde entier et a aidé à établir une enquête de l'ONU vitale sur les crimes atroces qu'elle et beaucoup d'autres ont subi », a-t-il ajouté.

Morad continue de se battre pour les 3 000 yézidies encore portées disparues.

Sensibiliser l'opinion mondiale

Le ministère irakien des Migrations et des Déplacements a annoncé avoir nommé Morad, alors âgée de 23 ans, pour le prix Nobel de la paix en février 2016.

Cette nomination était motivée par le désir de « sensibiliser l'opinion mondiale aux souffrances infligées par l'EIIS aux Irakiennes en général, et aux yézidies en particulier », avait alors indiqué à Diyaruna Sattar Nowruzat, porte-parole du ministère.

« Elle est devenue un symbole de la lutte des femmes contre les forces obscures qui cherchent à les réduire en esclavage et à salir leur honneur », a-t-il poursuivi.

Morad est devenue une icône des victimes de l'EIIS le 16 décembre 2015 lorsqu'elle a parlé courageusement et ouvertement de son esclavage et de son viol par l'EIIS devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Des responsables irakiens avaient alors déclaré à Diyaruna que la nouvelle de sa nomination avait grandement remonté le moral des victimes du terrorisme, et qu'elle constituait un pas en avant pour révéler les crimes contre l'humanité de l'EIIS.

Morad a fait savoir à Diyaruna qu'elle a vu la nomination comme l'occasion de dévoiler les violations de l'EIIS et de dissuader les jeunes de rejoindre ce groupe extrémiste et d'autres similaires.

Morad prend la parole

« Le viol a été utilisé pour détruire des femmes et des filles, et s'assurer qu'elles ne pourront jamais avoir une vie normale », a déclaré Morad lors de son témoignage devant la réunion de décembre 2015 du Conseil de sécurité de l'ONU portant sur le trafic d'êtres humains dans les situations de conflit armé.

Elle a décrit son enlèvement d'août 2014 avec environ 150 familles yézidies.

« Pendant le trajet, ils nous ont humiliées. Ils nous ont touchées et nous ont violées », a-t-elle raconté, ajoutant que les combattants de l'EIIS offraient les filles de ces familles comme « cadeaux ».

Elle a rapporté qu'un homme avait voulu la prendre et l'avait battue lorsqu'elle a protesté, et qu'elle a supplié un autre homme de la prendre avec lui, par peur du premier.

Le deuxième homme lui a demandé de changer de religion, mais elle a refusé, a-t-elle déclaré. Il a demandé à la marier et, quelques jours plus tard, l'a forcée à rejoindre sa faction militaire et a porter des vêtements qui ne recouvraient pas son corps.

Elle a décrit comment il l'a battue, lui a demandé d'enlever ses vêtements et l'a mise dans une pièce avec des gardes, qui ont ensuite commis des crimes contre elle jusqu'à ce qu'elle s'évanouisse. « Je vous en implore, débarrassez-vous complètement de l'EIIS », a-t-elle demandé.

Morad a été retenue prisonnière pendant trois mois avant de pouvoir s'échapper.

« J'ai été réduite en esclavage, vendue et louée des dizaines de fois à Mossoul, Tal Afar et al-Hamdaniya sur une période de trois mois ; j'ai été séparée de ma mère et de mes frères et sœurs, et je n'ai toujours pas revu ma mère », a-t-elle déclaré devant l'ONU.

Révéler les crimes de l'EIIS

« C'est une question humanitaire qui n'a rien à voir avec l'identité religieuse, confessionnelle, sectaire, ethnique ou politique », a affirmé Morad à Diyaruna en 2016.

« Mon but est de révéler les crimes contre l'humanité de l'EIIS et de dire aux jeunes de ne pas rejoindre les rangs d'organisations extrémistes comme l'EIIS », a-t-elle déclaré.

« Le fait que je représente cette cause humanitaire, qui a été salué et a reçu le soutien de nombreuses personnes dans le monde, est une vraie victoire contre l'EIIS », a indiqué Morad.

Mais la plus grande victoire sera la destruction de l'idéologie extrémiste, a-t-elle ajouté, et la découverte d'une solution internationale pour le respect des droits des femmes et des enfants dans les zones de conflits du monde entier.

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