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Économie |

2018-09-27

L'Iran cherche à accaparer le marché de la reconstruction en Syrie

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Les régimes iranien et syrien signent plusieurs accords en janvier 2017 à Téhéran pour renforcer leurs liens. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]
Les régimes iranien et syrien signent plusieurs accords en janvier 2017 à Téhéran pour renforcer leurs liens. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

L'Iran envisage de sceller une présence à long terme en Syrie en établissant une position dominante dans les secteurs de l'énergie et de la construction, expliquent des experts à Diyaruna.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et ses milices affiliées ont déjà établi une présence iranienne sur le terrain, poursuivent-ils, ajoutant que le régime iranien cherche maintenant à récupérer son investissement militaire en Syrie.

C'est dans ce but qu'une délégation iranienne composée de représentants de 180 entreprises dans les secteurs de la construction, du pétrole et de l'acier a proposé de créer des usines en Syrie pour produire des matériaux de construction, a indiqué le quotidien pro-régime al-Watan.


Cette photo montre la délégation d'une société iranienne à la Foire internationale de Damas début septembre. Les entreprises iraniennes cherchent à faire connaître leurs produits sur le marché syrien. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

Cette photo montre la délégation d'une société iranienne à la Foire internationale de Damas début septembre. Les entreprises iraniennes cherchent à faire connaître leurs produits sur le marché syrien. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

Selon Mohammed Seif, vice-ministre syrien des Travaux publics et du Logement, cette délégation s'était déplacée dans le but de chercher des terrains et des sites adaptés pour construire trois usines, a précisé al-Watan.

Le ministère syrien a répondu par une proposition de partenariat conjoint, dans lequel les entreprises de construction générale affiliées au ministère seraient associées à tous les projets de construction, de barrages, de gestion des déchets et d'électricité, a poursuivi ce rapport.

Préjudice aux entreprises syriennes

Alors que la guerre en Syrie touche à sa fin, l'Iran cherche les moyens de maintenir son influence, « et le contrôle économique direct est le meilleur moyen de parvenir à ces fins », a expliqué Fathi al-Sayed, chercheur au Centre al-Sharq d'études régionales et stratégiques.

En mettant en avant des centaines d'entreprises iraniennes opérant dans tous les secteurs essentiels, l'Iran cherche à prendre le contrôle de la phase de la reconstruction, a-t-il ajouté pour Diyaruna.

« Ces entreprises généreront également un profit significatif pour l'Iran », a-t-il ajouté, que la République islamique considère comme un « dédommagement » pour les sommes d'argent colossales qu'elle a dépensées avec son intervention dans le conflit syrien.

L'Iran et le régime syrien ont ainsi déjà signé un accord économique qui permettra à des dizaines d'entreprises iraniennes de s'implanter dans tous les secteurs, en particulier dans la construction, où certains projets sont déjà en cours, a expliqué al-Sayed.

Cet accord, signé le 27 août entre les ministres de la Défense d'Iran et de Syrie, porte à la fois sur la coopération militaire et sur la reconstruction.

Mais un tel partenariat économique peut être préjudiciable à la Syrie, a expliqué à Diyaruna Shaher Abdoullah, économiste et professeur à l'Université Aïn Shams.

« L'arrivée des entreprises iraniennes à une telle échelle, notamment de celles qui produisent des matériaux de construction, aboutira à une paralysie des entreprises syriennes », a-t-il poursuivi.

Ces contrats de partenariat limiteront les options de la Syrie pour négocier avec d'autres pays au niveau économique, du fait d'une étroite association avec l'Iran, et permettront aux Iraniens de demeurer longtemps en Syrie, a-t-il souligné.

Cela est dû au fait que des entités telles que des usines, des centrales électriques et des installations pétrolières impliquent des contrats de fonctionnement et de maintenance qui lient encore plus l'horizon économique de la Syrie à celui de l'Iran.

Une initiative pour contourner les sanctions

L'Iran a engagé des entreprises liées au CGRI et d'autres du secteur privé dans tous les pays où il envisage d'asseoir sa présence, a expliqué le major général Yahya Mohammed Ali, ancien officier de l'armée égyptienne et analyste en stratégie.

L'Iran s'efforce de pénétrer le marché syrien avec le plus grand nombre de petites et de moyennes entreprises, a-t-il poursuivi pour Diyaruna, notamment celles qui ne figurent pas sur les listes américaine ou européenne des entreprises qui financent le CGRI.

Cela constitue « une tentative évidente de contourner les sanctions qui devraient entrer en vigueur très prochainement », a-t-il ajouté.

Téhéran le fait également dans le but de réduire au silence les entreprises iraniennes peu satisfaites des résultats économiques de l'Iran, a-t-il conclu, dans la mesure où cette expansion profitera aux entreprises qui pénétreront sur le marché syrien, ce qui à son tour sera bénéfique pour l'économie iranienne.

Depuis sa création, le CGRI a toujours cherché à tirer parti de l'économie de l'Iran pour assurer les flux de financement nécessaires à ses projets et ses plans expansionnistes, a expliqué le chercheur Sheyar Turko, spécialiste du CGRI et de ses méthodes de financement.

En détournant les ressources nationales pour financer ses intermédiaires armés régionaux, comme le Hezbollah au Liban et les Houthis (Ansarallah) au Yémen, le CGRI joue le jeu du régime iranien, mais ignore les intérêts du peuple iranien.

Cela a eu un impact économique et social négatif sur la population, comme en attestent les vagues de protestation qui ont secoué le pays du 28 décembre au 1er janvier.

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