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Droits de l'Homme |

Des militants veulent que le régime syrien soit tenu pour responsable des attaques chimiques

Waleed Abou al-Khair au Caire

Abdel Hamid Youssef, présent sur cette photo, a perdu 19 membres de sa famille lors de l'attaque chimique du 4 avril 2017 contre Khan Sheikhun. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

Des militants envoient de la documentation à l'organisation mondiale de veille pour garantir que les responsables complices de l'utilisation par le régime syrien d'armes chimiques prohibées soient tenus pour responsables de leurs actions.

Les gouvernements mondiaux ont voté le 27 juin pour renforcer les pouvoirs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) afin de lui permettre de désigner les personnes coupables des attaques à l'arme chimique en Syrie, a rapporté l'AFP.

Cette décision a été adoptée après un vote avec 82 voix pour et 24 voix contre, malgré l'opposition de la Russie, de la Syrie et de l'Iran.

« Des organisations syriennes des droits de l'homme ont présenté plus de 350 rapports sur l'utilisation d'armes chimiques contre des civils par l'armée du régime au cours des dernières années », a indiqué l'avocat syrien Bashir al-Bassam à Diyaruna.

Un patient reçoit des soins à Khan Sheikhun après une attaque le 4 avril 2017, lors de laquelle des projectiles au gaz sarin ont été tirés sur cette ville tenue par l'opposition dans la province d'Idlib, tuant 83 personnes. [Photo fournie par Bashir al-Bassam]

L'OIAC n'a enquêté que sur un petit nombre de ces rapports, qui couvrent 70 attaques, car il est difficile d'accéder aux sites des attaques présumées, a-t-il expliqué.

« Beaucoup de militants syriens en Syrie et à l'étranger suivent de près cette question afin de voir la justice triompher, et les responsables de ces actes criminels contre les civils syriens tenus pour responsables », a-t-il ajouté.

Les militants travaillant pour des organisations humanitaires et médicales ont essayé, autant qu'ils le pouvaient, d'apporter la preuve de l'implication du régime, a déclaré al-Bassam.

« Ils ont mené des examens médicaux sur certains blessés ayant été transportés à l'étranger pour y être traités après avoir inhalé du gaz toxique », a-t-il fait savoir.

Ils ont également fourni des photos et des vidéos documentant les moments avant que les civils ne connaissent des difficultés respiratoires et la mort après avoir inhalé du gaz toxique.

Sites des attaques présumées

Selon les membres des équipes de réponse rapide et les médecins, une quarantaine de personnes ont été tuées lors d'une attaque chimique présumée le 7 avril sur la ville de Douma, tenue par l'opposition.

L'OIAC a déclaré le 13 juin n'avoir trouvé aucune preuve de l'utilisation de gaz neurotoxiques lors de cette attaque, mais a déclaré que du chlore a pu être utilisé, notant que sa mission de recherche de preuves avait découvert « des résidus d'explosifs et des produits organiques chlorés ».

« Le travail de l'équipe pour établir l'importance de ces résultats est toujours en cours », a fait savoir l'OIAC.

Toujours le 13 juin, l'OIAC a annoncé que du gaz sarin et du chlore avaient « très probablement » été utilisés lors de deux attaques distinctes dans le village de Latamneh, dans le nord-ouest de la Syrie, le 24 et 25 mars 2017.

Le 30 mars, Latamneh avait subi une troisième attaque au cours de laquelle du gaz sarin avait été utilisé, avait déclaré Ahmet Uzumcu, directeur de l'OIAC, à l'AFP l'année dernière.

L'attaque contre Khan Sheikhun le 4 avril 2017, qui a provoqué la mort de plus de 80 personnes, était auparavant considérée comme la première utilisation de gaz sarin par le régime depuis l'attaque mortelle d'août 2013 dans la Ghouta orientale.

L'ONU a confirmé que du gaz sarin avait été utilisé lors de l'attaque de 2013 qui a fait 1000 victimes, dont plus de 400 enfants, a déclaré à Diyaruna le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

Sanctions contre le régime syrien

« Les forces du régime syrien ont lancé des attaques systématiques contre les civils avec des armes chimiques interdites », a affirmé Wael al-Sharimi, professeur de droit pénal à l'université du Caire et chercheur au Centre régional d'études stratégiques.

Cette stratégie a été menée « pour maîtriser les zones échappant à son contrôle », a-t-il expliqué à Diyaruna, notant que le régime et ses organes de presse associés ont publié à plusieurs reprises des communiqués niant l'utilisation d'armes chimiques.

« Le prouver ne sera pas difficile, mais cela demande du temps, car les traces de certaines des substances utilisées, notamment les gaz moutarde et sarin, sont difficiles à cacher », a-t-il déclaré, ajoutant que l'utilisation de chlore est plus facile à dissimuler.

Selon le droit international, a précisé al-Sharimi, les personnes et les entreprises qui ont transporté des produits, facilité ou financé ces opérations sont également coupables.

« C'est cela qui a poussé le département du Trésor des États-Unis et le gouvernement français à imposer des sanctions à plusieurs personnes morales », a-t-il déclaré.

Parmi celles-ci se trouvent le Centre d'études et de recherches scientifiques (CERS) syrien, Katrangi Electronics Trading (EKT) et Top Technologies.

Le 25 juillet, les États-Unis ont indiqué avoir sanctionné huit personnes physiques et cinq personnes morales ayant aidé à créer des parties essentielles du réseau d'approvisionnement du programme d'armes chimiques de la Syrie.

Cette décision s'inscrit dans le cadre d'une action coordonnée avec la France et cible le réseau d'approvisionnement du CERS, qui est selon le Trésor américain responsable du développement des armes chimiques, a rapporté l'AFP.

« L'utilisation horrible d'armes chimiques par la Syrie, dont des attaques contre des femmes et des enfants innocents, reste gravée dans nos esprits », a affirmé Sigal Mandelker, sous-secrétaire en charge des renseignements sur le terrorisme et financiers du Trésor américain.

« Nous continuons notre campagne pour mettre fin aux attaques sans pitié du régime d'Assad en prenant pour cible les réseaux d'approvisionnement qui ont soutenu son programme d'armes chimiques », a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

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