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Analyse |

2018-08-13

Sur la défensive, l'EIIS a recours à de vieilles tactiques pour rebondir

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Le jeune Druze Mouhannad Thakoun a été assassiné par « l'État islamique en Irak et en Syrie » la semaine dernière après avoir été enlevé avec des dizaines d'autres otages dans le village d'al-Shabaki, dans la province de Sweida, dans le sud de la Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]
Le jeune Druze Mouhannad Thakoun a été assassiné par « l'État islamique en Irak et en Syrie » la semaine dernière après avoir été enlevé avec des dizaines d'autres otages dans le village d'al-Shabaki, dans la province de Sweida, dans le sud de la Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

« L'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) cherche à récupérer son pouvoir perdu en revenant aux tactiques macabres qui lui avait conféré sa renommée internationale, expliquent les analystes, notamment les exécutions et les rapts de minorités.

La semaine dernière, l'EIIS a ainsi décapité un étudiant de 19 ans, l'un des quelque 30 Syriens druzes qu'il avait enlevés fin juillet lors d'une vague d'attentats suicides, de fusillades et d'attaques au couteau dans la province de Sweida, dans le sud de la Syrie.

Bien que les médias officiels de l'EIIS eurent rapidement revendiqué ces attaques, les canaux de propagande n'ont fait aucune mention des enlèvements.

Au lieu de cela, des sources locales et des observateurs de la guerre ont indiqué que les extrémistes étaient engagés dans des négociations visant à échanger ces otages contre des commandants de l'EIIS et d'autres combattants détenus par le gouvernement syrien.

« D'un côté, ils tuent publiquement des gens, mais de l'autre, en coulisse, ils prennent des otages et cherchent à les échanger », a indiqué Hassan Hassan, chercheur principal à l'Institut Tahrir de politique au Moyen-Orient.

« Ce point est essentiel : tout cela fait partie d'une tentative visant à faire revivre ses cellules, récupérer certains de ses moyens et regarnir sa direction et ses rangs avec des individus qui avaient été enlevés ou détenus », a poursuivi Hassan.

L'EIIS a énormément perdu depuis qu'il a décrété un prétendu « califat » en Syrie et Irak en 2014, où il avait mis en œuvre son interprétation ultraconservatrice de l'Islam, avec notamment des exécutions publiques.

L'année dernière, le groupe a perdu les deux sièges conjoints de son pouvoir, Mossoul et al-Raqqa, et il y a quelques mois, il a été expulsé de Damas, la capitale syrienne.

Nombre de ses commandants ont été abattus et les forces du régime et celles appuyées par la coalition détiennent chacune des membres de l'EIIS dans tout le pays, notamment certains de ses combattants étrangers tristement célèbres.

Pour compenser certaines de ces pertes, l'EIIS continuera vraisemblablement à appliquer « sa tactique de guérilla pour enlever des gens », a ajouté Hassan.

« À l'encontre de tous les principes »

L'EIIS avait utilisé des tactiques similaires en Irak et dans le nord-est de la Syrie lorsqu'en 2015 il avait enlevé 220 chrétiens assyriens qu'il avait par la suite échangés contre une rançon élevée.

Les négociations en vue de libérer les otages druzes restants, treize femmes et quinze enfants, se déroulent grâce à une coordination entre la Russie et le gouvernement syrien, selon un haut dignitaire religieux druze.

L'étudiant décapité la semaine dernière par l'EIIS avait été pris en otage en compagnie de sa mère.

Des proches ont reçu une vidéo montrant le jeune homme s'exprimant avant d'être assassiné, ainsi que sa décapitation et des images de son corps sans vie.

Selon les analystes, diffuser une image de choc et de terreur fait depuis longtemps partie du mode opératoire de l'EIIS.

L'attaque la plus tristement célèbre de l'EIIS contre une minorité a été celle menée contre des Yézidis irakiens en 2014, lorsqu'il avait contraint des dizaines de milliers de membres ce petit groupe religieux à fuir et avait pris leurs filles et leurs femmes comme trésor de guerre.

Pour Khattar Abou Diab, un spécialiste de la Syrie vivant à Paris, les opérations menées contre les Druzes évoquent cette période sombre.

« Les actions et les abus commis contre des civils druzes depuis ce mercredi noir du 25 juillet ressemblent beaucoup à ceux commis par l'EIIS contre les Yézidis en Irak », a expliqué Abou Diab.

« Pour cette communauté ancestrale, prendre des femmes en otages va à l'encontre de tous les principes », a-t-il ajouté.

« Créer l'anarchie »

Les Druzes, qui représentaient 3 % de la population syrienne avant la guerre, suivent une foi secrète considérée comme une branche de l'Islam, mais considérée comme hérétique par l'EIIS.

Leurs leaders ont cherché à maintenir un accord précaire avec le régime : en échange de leur loyauté les hommes druzes ne seraient pas soumis à la conscription ni envoyés se battre loin de chez eux.

En s'en prenant aux Druzes, l'EIIS tente de rompre cette relation, estime Pieter Van Ostaeyen, spécialiste belge des groupes extrémistes.

« L'attaque contre la communauté druze dans la province de Sweida vise à semer l'inquiétude et est une tentative pour les inciter à se rebeller contre le régime », a-t-il poursuivi.

« Après tout, c'est la vieille tactique de l'EIIS sous toutes ses formes : tenter de créer l'anarchie, l'agitation, pour finalement prendre le contrôle sur le chaos. »

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