http://diyaruna.com/fr/articles/cnmi_di/features/2018/02/21/feature-01

×
×

Droits de la Femme |

Après l'EIIS, les femmes de l'Anbar sortent de l'ombre

Par Saif Ahmed dans l'Anbar

Se connecter via Twitter Se connecter via Facebook

Une Irakienne au volant de sa voiture dans les rues d'al-Khalidiya, dans la province de l'Anbar. [Saif Ahmed/Diyaruna]

Depuis que le groupe a été chassé, les femmes de la province de l'Anbar, dont l'apparence, la conduite et la présence dans les rues faisaient l'objet d'un strict contrôle par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), sont de plus en plus visibles dans les lieux publics.

Certaines ont même repris leur place derrière le volant.

D'autres sont retournées au travail et pratiquent à nouveau des activités autrefois interdites, comme le fait de jouer d'un instrument de musique, ont rapporté les habitants.

Rana Abdoullah, du quartier de Tameem dans la partie sud de Ramadi, suit des cours pour apprendre à jouer de l'oud. [Saif Ahmed/Diyaruna]

La plupart des résidents de l'Anbar sont membres de tribus et très religieux, a expliqué Hana Ibrahim, une salariée de 33 ans originaire de Ramadi.

Mais la loi irakienne autorise les femmes à conduire, a-t-elle ajouté pour Diyaruna, soulignant que « nous ne violons aucune loi ni aucun précepte religieux » en conduisant une voiture.

« J'ai moi-même appris à conduire grâce à mon mari, et j'ai acheté une petite voiture pour me rendre au travail, et pour faire des courses pour mes enfants », a-t-elle expliqué, ajoutant qu'elle veille toujours à respecter le code de la route.

« Dans l'Anbar, on voit de plus en plus de femmes qui conduisent, et nous pouvons désormais obtenir le permis auprès des Services généraux de la circulation après avoir passé avec succès les tests de conduite et de sécurité de la route », a-t-elle poursuivi.

Des femmes de Ramadi, de Falloujah et d'al-Khalidiya se sont réunies pour former un groupe de bénévoles de conductrices chevronnées qui proposent des cours de conduite à des tarifs réduits, a-t-elle expliqué.

Les femmes prennent le volant

« Pour les femmes, conduire était inhabituel sous le règne de l'EIIS », a raconté à Diyaruna Najat Khaled, une jeune conductrice de 28 ans.

« Mais après la libération de l'Anbar, les gens sont revenus et la reconstruction a débuté, tout ce qui était magnifique a aujourd'hui retrouvé sa place, comme à al-Khalidiya », a-t-elle ajouté.

Khaled a expliqué avoir appris à conduire à Bagdad, où elle habitait avec sa famille pendant un temps après avoir fui l'Anbar pour échapper à l'EIIS.

« Le fait que je conduise ne gênait pas ma famille, mais certains hommes le remarquaient lorsque je conduisais dans la rue », a-t-elle poursuivi. « Certains me laissaient passer et étaient courtois, ce qui était pour moi un encouragement. »

« Je suis enseignante, et mon école est assez éloignée de là où j'habite », a-t-elle précisé. « Posséder ma propre voiture m'a permis de gagner du temps et de me concentrer sur des choses utiles, et d'éviter aussi d'arriver en retard à l'école. Je peux aussi emmener ma famille au marché et au parc. »

Conduire n'est pas seulement réservé aux hommes, a expliqué le lieutenant-colonel Khaled al-Azzawi, des Services généraux de la circulation de l'Anbar. « Les femmes représentent la moitié de la société, et à ce titre, elles ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes. »

On peut maintenant voir dans la province de bonnes conductrices qui ont obtenu avec succès leur permis de conduire et sont « des conductrices prudentes », a-t-il indiqué à Diyaruna.

« Les règles de la circulation sont claires, et elles s'appliquent aussi bien aux hommes qu'aux femmes qui conduisent. »

« Il est à nouveau possible de rêver »

À Ramadi, la scène culturelle de la ville autrefois très riche connaît également un renouveau, les femmes participant à des activités telles que la peinture, la photographie, et la pratique ou l'apprentissage d'un instrument de musique.

« Les jeunes femmes de l'Anbar sont bourrées de talent et affichent un fort potentiel dans des domaines comme la peinture, la composition musicale et le sport », a expliqué Diyaruna l'artiste Manal Abdullah al-Dulaimi.

De nombreuses femmes de la province montrent un grand intérêt pour l'apprentissage de l'oud et de divers types de musique, a-t-elle poursuivi, ajoutant que « l'on trouve maintenant de bons cours de musique donnés par des artistes majeurs de l'Anbar ».

« L'injustice, le terrorisme, l'extrémisme et le sectarisme empêchaient ces dernières années les femmes de l'Anbar de laisser libre cours à leur productivité», a-t-elle rapporté.

« Maintenant que la province a été libérée et que la stabilité et la sécurité sont de retour, il est possible pour les civils et pour les jeunes hommes et femmes de rêver à nouveau », a-t-elle poursuivi. « Le terrorisme et les idéologies extrémistes n'ont plus leur place chez nous. »

L'art, la culture et la littérature sont des armes efficaces contre la criminalité et le terrorisme, a conclu al-Dulaimi, ajoutant « qu'avec la peinture, le chant et la musique, nous pouvons propager la paix, l'amour et la culture aux autres villes irakiennes et au monde ».

Se connecter via Twitter Se connecter via Facebook
Aimez-vous cet article?
35
1

1 COMMENTAIRE (S)

Politique Commentaire Captcha
نزهت | 2018-02-25

Je veux que les femmes soient libres et participent à tous les événements civils et artistiques.

Répondre