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Terrorisme |

Le champ de bataille syrien change après la mort d'al-Masri

Par Waleed Abou al-Khair au Caire

Abou Ayman al-Masri, vétéran d'al-Qaïda et figure importante de Tahrir al-Sham, a été tué dans la soirée du jeudi 15 février lorsqu'il a refusé de s'arrêter à un poste de contrôle de Nourreddine al-Zinki. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Les tensions sont vives dans le nord de la Syrie après que le mouvement extrémiste Nourreddine al-Zinki a tué un vétéran d'al-Qaïda qui occupait une haute position dans les rangs de l'alliance Tahrir al-Sham, a rapporté un militant local.

Le vétéran d'al-Qaïda Abou Ayman al-Masri, dont le vrai nom est Ibrahim Mohammed Saleh al-Banna, a été tué jeudi soir alors qu'il passait un poste de contrôle dans la campagne de la province d'Alep tenu par Nourreddine al-Zinki.

Nourreddine al-Zinki affirme ne pas avoir voulu tuer al-Masri, bien qu'un djihadiste repenti s'étant entretenu avec Diyaruna a rejeté cette thèse.

Quoi qu'il en soit, les tensions se sont accrues dans les provinces d'Idlib et d'Alep depuis le meurtre d'al-Masri, a fait savoir à Diyaruna Faisal al-Ahmad, activiste à Alep.

Al-Masri a été tué, et sa femme a été blessée, par des tirs sur leur voiture alors qu'ils tentaient de traverser jeudi soir un poste de contrôle de Nourreddine al-Zinki entre les villages d'al-Huta et de Bashkatine, dans la campagne de l'ouest d'Alep.

Nourreddine al-Zinki a reconnu avoir abattu al-Masri après que celui-ci eut refusé d'obtempérer à l'ordre de s'arrêter au poste de contrôle.

Une poursuite s'est engagée, au cours de laquelle il a été atteint par des coups de feu.

Cependant, Tahrir al-Sham a accusé Nourreddine al-Zinki d'avoir ouvert le feu délibérément sur al-Masri, dans l'intention de le tuer.

« Al-Masri a été transporté à l'hôpital d'al-Huda, puis à celui de Dar Azaa, où il est décédé des suites de ses blessures », a déclaré al-Ahmad.

Sa femme a été transportée à l'hôpital d'al-Huda, puis en Turquie afin que ses blessures à la tête et à la colonne vertébrale y soient traitées, a-t-il ajouté.

Les groupes annoncent leur fusion

Dimanche 18 février, Nourreddine al-Zinki et Ahrar al-Sham ont annoncé qu'ils allaient fusionner pour former le Front syrien de libération (Hayaat Tahrir Syria), et ils ont appelé les autres groupes de l'opposition à les rejoindre, a précisé l'AFP.

Ces deux groupes affichent une forte présence dans les zones tenues par l'opposition du nord de la Syrie, le long de la frontière entre les provinces d'Alep et d'Idlib.

La province d'Idlib est principalement tenue par Tahrir al-Sham, une alliance extrémiste dominée par l'ancien Front al-Nosra (FAN).

« C'est une tentative de créer un contrepoids à Tahrir al-Sham, qui se positionne apparemment pour un nouveau combat contre al-Zinki », a expliqué à l'AFP Sam Heller, analyste à l'International Crisis Group.

Nourreddine al-Zinki et Ahrar al-Sham sont les deux factions non extrémistes les plus importantes dans le nord de la Syrie, a-t-il indiqué, ajoutant « qu'al-Zinki en particulier a été un obstacle aux tentatives de consolidation de la mainmise par Tahrir al-Sham ».

Comme l'a indiqué l'activiste al-Ahmad à Diyaruna, la peur règne parmi les habitants des campagnes d'Alep et d'Idlib, car cette action est annonciatrice d'une escalade de la tension qui pourrait mener à des affrontements sanglants mettant en danger la vie des civils.

« La région est dans un état d'alerte élevé », a-t-il fait savoir, « comme en attestent les contrôles renforcés des pièces d'identité et l'imposant déploiement de combattants armés par les deux camps ».

« Une atmosphère de forte hostilité persiste entre les deux parties, chacune ayant émis des récriminations pour porter atteinte à l'autre », a-t-il poursuivi.

Le meurtre d'al-Masri ne serait « pas accidentel »

Selon le djihadiste repenti Nabil Naïm, membre fondateur du Djihad islamique en Égypte qui a renoncé à l'extrémisme, le meurtre d'al-Masri « n'était pas accidentel ».

« Il s'inscrit plutôt dans le contexte de la guerre de liquidations et des assassinats en cours entre les groupes extrémistes alors qu'ils sont attaqués en Syrie, chaque groupe tentant d'étendre son contrôle aux dépens des autres », a-t-il affirmé à Diyaruna.

Naïm a noté que les relations entre les factions armées dans le nord de la Syrie, et en particulier entre al-Zinki et Tahrir al-Sham, se sont fortement tendues ces derniers temps, avec des assassinats réciproques.

Ceux-ci ont à plusieurs reprises visé des émirs et des commandants de terrain, a-t-il fait savoir.

Naïma a confirmé qu'al-Masri est Ibrahim Mohammed Saleh al-Banna, né à al-Sharqiyah, en Égypte, en 1965. Figure importante d'al-Qaïda, il a été l'un des premiers à aller combattre en Afghanistan, puis en Libye et en Syrie.

Al-Masri a d'abord rejoint le Djihad islamique, a rapporté Naïm, le quittant ensuite pour rejoindre al-Qaïda, où il a servi en tant que directeur des renseignements du groupe et travaillant dans la division des médias, puis dans celle de la falsification de documents.

Il a joué un rôle capital dans les déplacements et les opérations d'al-Qaïda au Yémen, en Libye, en Afghanistan, et plus récemment en Syrie, après avoir rejoint le FAN, qui a ensuite intégré l'alliance Tahrir al-Sham.

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