Droits de l'Homme |

2018-02-06

Des militants syriens dissuadent d'épouser des combattants étrangers

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Une affiche de la campagne « Qui est ton mari ? » met en garde les Syriennes et leurs familles contre les dangers d'un mariage avec un combattant étranger. [Photo fournie par Assem Zeidan]
Une affiche de la campagne « Qui est ton mari ? » met en garde les Syriennes et leurs familles contre les dangers d'un mariage avec un combattant étranger. [Photo fournie par Assem Zeidan]

Des militants syriens ont mené une campagne populaire visant à décourager les femmes et les veuves d'épouser des combattants étrangers membres de groupes terroristes.

Ils ont indiqué que ces unions posent nombre de problèmes et qu'elles doivent être évitées, car elles entraînent de grandes difficultés pour ces femmes et leurs enfants.

Assem Zeidan, militant syrien et coordinateur de la campagne « Qui est ton mari ? », a expliqué à Diyaruna qu'un groupe de militants et lui avaient décidé de lancer cette initiative au vu du grand nombre de femmes épousant des combattants terroristes et des conséquences négatives de ces mariages.


Un graffiti peint sur un mur d'Idlib appelle les Syriennes à arrêter d'épouser des combattants étrangers qu'elles ne connaissent pas. [Photo fournie par Assem Zeidan]

Un graffiti peint sur un mur d'Idlib appelle les Syriennes à arrêter d'épouser des combattants étrangers qu'elles ne connaissent pas. [Photo fournie par Assem Zeidan]


Des affiches de la campagne « Qui est ton mari ? » à l'entrée d'une mosquée mettent en garde les Syriennes et leurs familles contre les dangers d'un mariage avec un combattant étranger. [Photo fournie par Assem Zeidan]

Des affiches de la campagne « Qui est ton mari ? » à l'entrée d'une mosquée mettent en garde les Syriennes et leurs familles contre les dangers d'un mariage avec un combattant étranger. [Photo fournie par Assem Zeidan]

La campagne vise des communautés où ces pratiques sont devenues communes, en particulier dans les parties du nord de la Syrie où Tahrir al-Sham est présent.

« Parmi les personnes visées par la campagne se trouvent les femmes, les parents et les imams et responsables locaux qui ont délivré ces licences de mariage illégales », a-t-il ajouté, précisant que toutes les couches de la société syrienne peuvent profiter de ce message.

Les enfants n'ont pas de droits civils

Zeidan estime à 1 750 le nombre de tels mariages contractés.

L'une des principales préoccupations est le futur et l'identité des enfants issus de ces mariages, a-t-il indiqué, ainsi que les divers obstacles sur leur chemin.

D'un point de vue juridique, a-t-il poursuivi, ces enfants n'ont pas de droits civils en Syrie, y compris le droit à l'éducation, car ils ne disposent pas de papiers d'identité officiels.

Ces enfants portent également l'héritage de leurs pères, a indiqué Zeidan, soulignant la situation psychologique, sanitaire et familiale négative dans laquelle ils se trouveront avec leurs mères.

Le problème est aggravé lorsque les hommes quittent leurs femmes syriennes, a-t-il expliqué, pour retourner dans leur pays natal ou pour suivre leur faction vers d'autres lieux, où beaucoup seront tués au combat.

« Dans ces situations, les femmes sont livrées à elles-mêmes et leurs enfants sont laissés sans aucun soutien », a-t-il ajouté, et elles sont contraintes d'élever seules leurs enfants.

Elles peuvent être confrontées à un rejet social, voire à une relation difficile avec leurs enfants.

Zeidan a expliqué que l'initiative « Qui est ton mari ? » initie le dialogue avec des femmes pour les sensibiliser à ces questions, et qu'elle affiche également des posters, distribue des brochures à Idlib et dans ses alentours et mène une campagne sur les réseaux sociaux.

Mariages illégaux non sanctionnés

Ces types de mariages ne sont pas sanctionnés dans l'islam, a fait savoir Cheikh Muath Abdoul Kareem, ancien prédicateur à la mosquée al-Omar d'Alep, qui vit désormais au Caire.

L'islam exige que les mariés déclarent leur identité dans le certificat de mariage et au public, ce qui n'est pas le cas des étrangers qui ne veulent pas révéler leur vrai nom pour des « raisons de sécurité », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Avec le mariage civil, la filiation peut être établie, a-t-il déclaré, ce qui n'est pas possible pour les enfants issus de ces unions, car l'identité du père reste inconnue.

Le seul but de ces mariages est de fournir une satisfaction sexuelle aux combattants étrangers, a-t-il ajouté, précisant que « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) a utilisé cela pour attirer des combattants de l'extérieur de la Syrie.

Abdoul Kareem a ajouté que ceux qui prononcent de tels mariages et délivrent une licence doivent disposer d'une connaissance spécialisée de la jurisprudence islamique, ce qui n'est généralement pas le cas des combattants étrangers.

Au lieu de cela, un prétendu « émir » se contente d'approuver le mariage par sa signature.

Pour Mohammed al-Ashwah, un réfugié de la campagne de Damas qui vit désormais au Caire, le mariage de Syriennes avec des combattants étrangers est l'une des raisons principales qui l'ont conduit à amener sa famille en Égypte.

Selon al-Ashwah, qui vit désormais de la vente de nourriture syrienne, cela n'a rien à voir avec le mariage et équivaut à du « trafic sexuel ».

« Les femmes sont contraintes d'épouser ces hommes après avoir été menacées de représailles contre leurs familles », a-t-il rapporté, ajoutant qu'il connaissait personnellement plusieurs veuves qui ont été forcées de se remarier plusieurs fois « sous prétexte de protéger leur honneur ».

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