Terrorisme |
2017-10-09

Les fausses revendications de responsabilité de l'EIIS mettent en doute la crédibilité de ses médias

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Des bougies, des jouets et des fleurs sont placés en commémoration des victimes de l'attentat terroriste du 14 juillet à Nice, dans lequel un camion a plongé dans la foule célébrant la fête de la Bastille. 'L'Etat islamique en Irak et en Syrie' s'est précipité pour affirmer que le conducteur du camion, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, était l'un de ses partisans, mais les experts disent qu'aucune preuve n'a été trouvée qui l'attache au groupe. [Anne-Christine Poujoulat / AFP]
Des bougies, des jouets et des fleurs sont placés en commémoration des victimes de l'attentat terroriste du 14 juillet à Nice, dans lequel un camion a plongé dans la foule célébrant la fête de la Bastille. 'L'Etat islamique en Irak et en Syrie' s'est précipité pour affirmer que le conducteur du camion, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, était l'un de ses partisans, mais les experts disent qu'aucune preuve n'a été trouvée qui l'attache au groupe. [Anne-Christine Poujoulat / AFP]

Pendant longtemps, "l'Etat islamique en Irak et en Syrie" (EIIS) était reconnu comme responsable uniquement des attaques terroristes qu'il avait planifiées ou inspirées, mais sa crédibilité à cet égard a considérablement diminué ces derniers mois, conjointement avec ses défaites militaires successives, ont déclaré des responsables et des experts.

Dimanche 1er octobre, le groupe a revendiqué l'attaque de Las Vegas aux Etats-Unis, disant que le tireur, un comptable à la retraite de 64 ans, était un "soldat" du groupe.

Le lendemain, le groupe a publié une deuxième déclaration affirmant que le joueur en série Stephen Paddock s'était récemment converti à l'islam et était connu sous le nom de guerre d'Abou Abdel Bar al-Amriki.

Les enquêteurs et les experts en ce groupe ont largement contesté cette affirmation et ont déclaré n'avoir trouvé "aucun lien" entre Paddock et tout groupe terroriste international.

"Aujourd'hui, l'EIIS a tendance à revendiquer sa responsabilité de toutes les attaques car il passe par une régression militaire" et doit "maintenir sa présence dans l'espace médiatique", a déclaré mardi le ministre français de l'Intérieur Gerard Collomb.

Le groupe a toujours utilisé la même méthode pour revendiquer la responsabilité d'une attaque, même si elle a échoué ou a été déjouée.

L'EIIS exige que les attaquants indiquent leur allégeance au groupe avant ou pendant l'attaque.

Si cela n'était pas possible, l'auteur de l'attaque devait en faire preuve dans sa maison ou sa voiture, même s'il s'agissait simplement de la bannière noire du groupe ou d'un enregistrement vidéo ou audio indiquant son allégeance.

Mais les doutes sur les revendications de responsabilité du groupe ont d'abord commencé à apparaître après l'attaque de Nice de juillet 2016, dans laquelle 86 personnes ont été tuées lorsqu'un Tunisien de 31 ans a conduit son camion dans une foule.

Même si l'EIIS s'est précipité pour revendiquer sa responsabilité de l'attaque, aucune preuve n'a été trouvée qui a lié le conducteur, Mohammed Lahouaiej Bouhlel, à l'EIIS ou à une idéologie extrémiste.

Revendications douteuses

"Ce massacre n'avait rien à voir avec le djihadisme, l'auteur avait d'énormes problèmes psychologiques", a déclaré à l'AFP Farhad Khosrokhavar, expert en islam de l'Ecole d'études supérieures en sciences sociales à Paris (EHESS).

"Mais personne ne l'écoute. Il y a des moments où les sociétés sont aveugles et elles tombent dans le piège de l'Etat islamique", a-t-il souligné.

Les revendications douteuses de responsabilité ont augmenté alors que le groupe extrémiste souffre de défaites successives en Syrie et en Irak, et son "califat" se rétrécit.

"Au cours des derniers mois, l'EIIS a fait un certain nombre de revendications manifestement fausses pour des attaques et des incidents qui n'avaient aucun lien terroriste jihadiste", a déclaré Paul Cruickshank du Centre de lutte contre le terrorisme à West Point.

"L'EIIS, désespéré pour l'attention, revendiquera à peu près tout aujourd'hui sachant que ses partisans ne croiraient pas au gouvernement ou aux médias", a-t-il indiqué.

Si le tireur de Las Vegas "est un convertis et a un contact avec l'EIIS, quelqu'un devrait le savoir", a déclaré l'expert en extrémisme islamique Shiraz Maher sur Twitter.

"Les amis, la famille, l'application de la loi éclaireront cela", a ajouté le chercheur et l'auteur de l'université de King's College de Londres.

"Les défaites du groupe sur le terrain et la perte de ses bastions majeurs, comme Mossoul en Irak et al-Raqa en Syrie, expliquent sa dernière improvisation dans les revendications de responsabilité", a déclaré Mathieu Guidère, expert en mouvements islamiques.

"Aujourd'hui, le responsable de l'agence de propagande Amaq du groupe se trouve devant la télévision [regardant les nouvelles] ... et publie des revendications de responsabilité", a-t-il dit.

"Nous ne sommes plus confrontés à des individus qui exigent une preuve", a-t-il déclaré. Le responsable d'Amaq "revendique la responsabilité de presque tout ce qui se passe sous ses yeux".

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