Jeunesse |
2017-02-15

Les milices soutenues par l'Iran entraînent les jeunes irakiens à leur perte

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Des combattants d'Harakat al-Nujaba, une milice irakienne soutenue par l'Iran, participent à la bataille dans la ville syrienne d'Alep. [Photo tirée de la page Facebook d'Harakat al-Nujaba Syrie]
Des combattants d'Harakat al-Nujaba, une milice irakienne soutenue par l'Iran, participent à la bataille dans la ville syrienne d'Alep. [Photo tirée de la page Facebook d'Harakat al-Nujaba Syrie]

Depuis sa maison dans le nord de Bagdad, Abou Muslim se rappelle ce moment, le 13 janvier 2015, lorsqu'il apprit que son frère Jawad avait été tué alors qu'il combattait dans les rangs d'une faction irakienne favorable au régime syrien.

« Je n'oublierai jamais ce soir froid », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Abou Muslim a expliqué avoir reçu un appel téléphonique l'informant que son seul frère avait été tué à Alep, et que son corps arriverait chez lui d'ici quelques jours.


Un Irakien en pleurs sur le cercueil d'un combattant d'une milice irakienne tué en Syrie. [Photo provenant de la page Facebook d'Asaib ahl al-Haq]

Un Irakien en pleurs sur le cercueil d'un combattant d'une milice irakienne tué en Syrie. [Photo provenant de la page Facebook d'Asaib ahl al-Haq]

Il pensa d'abord qu'il devait s'agir d'une erreur, a-t-il expliqué, mais lorsqu'il prit conscience que tout cela était vrai, « j'ai lâché le téléphone et ai fondu en larmes ».

« Je refusais d'y croire », a-t-il poursuivi, « mais à l'arrivée du corps, tous mes doutes s'effacèrent ».

« Il n'était pas seulement un frère, il était comme un fils », a expliqué Abou Muslim. « C'est moi qui l'avais élevé après la mort de nos parents. »

Jawad a laissé derrière lui une femme et deux enfants, a-t-il ajouté.

Il était l'un des nombreux Irakiens servant dans les milices appuyées par l'Iran qui se battaient en soutien au régime syrien depuis le printemps 2011.

Abou Muslim a expliqué que son frère, qui servait dans les rangs d'Asaib Ahl al-Haq, une milice financée et entraînée par les forces Qods, une unité des forces spéciales du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), « était allé se battre pour défendre une croyance religieuse et des lieux saints ».

Sa décision de se battre lui coûta la vie, a-t-il poursuivi.

Les pauvres pris pour cibles

La ferveur religieuse n'est pas la seule raison pour laquelle des jeunes partent pour participer à la lutte en Syrie.

Beaucoup sont tentés par l'argent, parce qu'ils connaissent chômage et pauvreté, a expliqué Sheikh Thaer al-Bayati, secrétaire général du conseil tribal arabe de la province de Salaheddine.

« Des milices comme Asaib Ahl al-Haq, le Mouvement al-Nujaba et Kataeb Hezbollah ont réussi à attirer les jeunes avec des salaires tentants », qui varient d'un combattant à l'autre en fonction de l'ancienneté et de son rôle dans les combats, a-t-il indiqué.

Ces milices, qui disposent de bureaux à Bagdad et dans les provinces du sud, sont chargées du financement, de l'équipement et de l'entraînement de ces jeunes, « et les envoient ensuite par groupes vers divers aéroports irakiens et iraniens pour aller combattre en Syrie », a-t-il précisé.

« Nombre de nos jeunes recrutés par ces bureaux ont été conduits à la mort sous le prétexte de soutenir la doctrine [chiite], alors que la vérité est qu'ils étaient de la chair à canon dans une guerre purement sectaire qui ne sert que les ambitions de l'Iran », a-t-il poursuivi.

Les factions armées irakiennes n'ont pas dévoilé le nombre de combattants tués en Syrie, mais plusieurs articles parus dans les médias estiment que ces morts se comptent par centaines. Il n'existe aucun chiffre fiable sur le nombre de jeunes irakiens qui se battent actuellement en Syrie.

« Ce nombre peut être revu à la hausse ou à la baisse, en fonction des ordres venus d'Iran », a fait savoir Najeh al-Mizan, secrétaire général adjoint de l'Arab Project en Irak.

Les factions irakiennes appuyées par l'Iran maintiennent une présence armée en Syrie sous le prétexte de lutter contre le terrorisme, a-t-il expliqué à Diyaruna, et se déploient selon les ordres du commandant du CGRI, Qasem Soleimani.

Ces milices annoncent leur intention de participer aux combats « dès lors que cela leur est demandé par le Wali al-Faqih [le leader suprême iranien Ali Khamenei] », a-t-il précisé.

Politique de non-interférence

Al-Mizan a instamment demandé au gouvernement irakien de prendre des mesures strictes pour décourager l'activité de ces milices, au vu de « leur défiance envers le respect de la loi et de l'État et leur mépris pour la vie des citoyens ».

Ces milices menacent la sûreté et la sécurité du pays, a-t-il affirmé.

« La constitution irakienne est très claire sur le sujet du respect des principes de bon voisinage et de non-interférence dans les affaires intérieures des pays. Cela fait partie des obligations internationales de l'Irak », a-t-il ajouté.

Le 20 décembre, le Premier ministre irakien Haider al-Abbadi a annoncé que toute entité irakienne combattant en Syrie ne représente pas l'Irak, soulignant que l'Irak ne souhaite participer à aucun conflit régional.

Selon le politologue Ghanem al-Aabed, le gouvernement devrait activement appliquer la politique de non-interférence dans la guerre en Syrie et placer les activités de toutes les factions armées sous un strict contrôle.

« Nous devons relever suffisamment de défis », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Il y a une bataille contre "l'État islamique en Irak et au Levant" (EIIL) et de nombreux autres problèmes » qui requièrent notre attention.

« Nous ne voulons pas que la présence armée en Syrie se poursuive », a-t-il ajouté. « Nous ne voulons pas que nos jeunes aillent mourir dans une guerre qui n'a pas de sens. Nous en avons assez des guerres ; c'est ce que pense chaque Irakien au plus profond de lui. »

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Di blue bubble 2 COMMENTAIRE (S)

رافد العراقي | 2017-02-27

Où sont les combattants tchétchènes, afghans et arabes qui ont jugé légitime de se battre en Syrie et de se faire exploser en Irak et de tuer des milliers d'Irakiens avec leurs voitures piégées et leurs engins explosifs improvisés (EEI) ? Ils doivent être chassés d'Irak. Nous aurions dû prendre part au conflit syrien pour les combattre là-bas et éviter leurs méfaits s'ils entrent sur le territoire irakien.

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سيدعلاءالشريفي تاج راسكم | 2017-02-22

Les chaussures des milices et les saintes Forces de Mobilisation Populaires valent tout le Golfe. C'est parce ce que nous sommes plus pures que vous tous!

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