Terrorisme |
2017-02-13

L'EIIL utilise des enfants comme bourreaux dans sa dernière vidéo

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Image tirée d'une vidéo de l'EIIL montrant un activiste donnant une arme à feu à un jeune enfant. Quelques instants plus tard, l'enfant abat un « apostat ».
Image tirée d'une vidéo de l'EIIL montrant un activiste donnant une arme à feu à un jeune enfant. Quelques instants plus tard, l'enfant abat un « apostat ».

De jeunes enfants tuent par balles et décapitent des hommes dans une nouvelle vidéo chargée d'une rhétorique religieuse incendiaire, produite par « l'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL) et diffusée sur les réseaux sociaux.

Cette vidéo est une monstrueuse violation de l'enfance et de l'Islam, déclarent des experts à Diyaruna, ajoutant que les dégâts sur la société s'étendront au-delà des jeunes coupables ayant subi un lavage de cerveau, car elle est destinée à attirer d'autres enfants.

Diffusée le 8 janvier par la branche médiatique de la soi-disant Wilayat al-Khaïr de l'EIIL (comprenant la ville de Deïr Ezzor et son arrière-pays), la vidéo montre trois garçons, l'un d'eux âgé d'à peine quatre ans exécutant trois jeunes hommes dans une partie rurale de Deïr Ezzor.


Image tirée d'une vidéo de l'EIIL montrant un activiste donnant un couteau à un jeune garçon. Peu après, le garçon décapite un « apostat ».

Image tirée d'une vidéo de l'EIIL montrant un activiste donnant un couteau à un jeune garçon. Peu après, le garçon décapite un « apostat ».


Des membres des Forces démocratiques syriennes arrêtent des enfants combattant dans les rangs de « l'État islamique en Irak et au Levant » lors de combats dans le nord de la province d'al-Raqqa. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

Des membres des Forces démocratiques syriennes arrêtent des enfants combattant dans les rangs de « l'État islamique en Irak et au Levant » lors de combats dans le nord de la province d'al-Raqqa. [Photo fournie par les Forces démocratiques syriennes]

Les victimes sont accusées d'apostasie et d'espionnage pour le compte des Unités de protection du peuple kurdes (YPG), une force combattant l'EIIL dans le nord de la Syrie.

La vidéo est présentée dans le style d'un jeu vidéo et est de toute évidence conçue pour plaire aux enfants, a affirmé Mazen Zaki, directeur du nouveau service médiatique du Centre égyptien Ibn al-Waleed d'études et de recherche de terrain.

Elle est destinée à pousser d'autres enfants à rejoindre les rangs du groupe en « présentant un contenu médiatique attrayant qui commence par des scènes d'assauts menés par les éléments du groupe », a-t-il indiqué.

Un enfant regardant cette vidéo s'imaginerait sûrement dans la peau d'un de ces éléments, a-t-il ajouté.

Rhétorique incendiaire

La rhétorique religieuse incendiaire de la vidéo commence par « une explication du concept de "loyauté et désaveu" (al-walaa wal baraa) », a fait savoir Zaki.

Ceci décrit « la façon dont les liens religieux sont plus forts que ceux de la famille, ce qui revient à une incitation contre les familles et les proches en faveur du groupe », a-t-il expliqué.

« La vidéo montre également des éléments de l'EIIL de tous âges, pour suggérer que le groupe ne différencie pas entre les éléments en fonction de leur âge et qu'ils sont tous de même valeur », a-t-il poursuivi.

Pour illustrer ce point, la vidéo rapporte l'histoire de Khitab al-Qamishli, un « lionceau du califat » qui a choisi de vivre avec le groupe après que sa famille eut décidé de vivre « au pays des kouffar », le territoire kurde hors du contrôle du groupe.

Devant la caméra, le garçon dit être venu sur le territoire de l'EIIL poussé par son frère, Abou Baraa al-Qamishli, tué dans une frappe aérienne.

« Dans l'histoire de cet enfant, l'accent est mis sur la rébellion contre les décisions des parents et la désobéissance à ces derniers, pour encourager les enfants à intégrer le groupe », a déclaré Zaki. « Le lavage de cerveau qu'a subi cet enfant est évident. »

Ses paroles sont accompagnées d'images d'autres enfants recevant un entraînement aux armes, avec des scènes attrayantes montrant beaucoup de rires, d'armes et d'activités sportives, comme de l'équitation, a précisé Zaki.

Quant aux trois victimes, elles connaissent une fin tragique.

Les trois jeunes hommes sont filmés avouant avoir travaillé pour les forces kurdes contre l'EIIL, après quoi ils sont ligotés et exécutés par les enfants.

« Exemple flagrant de maltraitance d'enfants »

« La vidéo, qui est destinée aux enfants, est un acte qui déforme à la fois l'enfant et l'islam », a indiqué à Diyaruna le professeur de sociologie de l'université du Caire Bassima Housni.

Dans sa dernière vidéo, l'EIIL a commis un double crime, a-t-elle affirmé : « Le premier est l'incitation au meurtre, et le second est l'incitation au meurtre à l'attention particulière des enfants, ce qui est un cas flagrant de maltraitance ».

« De telles vidéos aident le groupe à rendre les enfants totalement inconscients de l'aspect criminel [de ces actes], car ils sont associés à des affirmations religieuses qui sont déformées par le groupe », a-t-elle ajouté.

Lors des batailles qu'elles ont menées contre l'EIIL dans la partie rurale d'al-Raqqa dans le cadre de l'Opération colère de l'Euphrate, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont pu capturer un grand nombre d'éléments de l'EIIL, « y compris des enfants et des garçons d'à peine quinze ans », a rapporté à Diyaruna le commandant de peloton des FDS Ghassan Ibrahim.

Les enfants se sont rendus dès que leurs positions ont été encerclées, a-t-il déclaré.

Il n'y avait aucun commandant supérieur pour les diriger, a-t-il ajouté, « ce qui indique qu'ils ont été envoyés au combat seuls ».

Ibrahim a déclaré qu'il est évident que l'EIIL dépend des enfants à cause des immenses pertes humaines qu'il a subies au combat en Syrie et en Irak et parce qu'il ne peut plus faire venir des combattants recrutés à l'étranger comme avant.

« Il ne lui reste que des enfants pour compenser la chute du nombre de combattants », a-t-il expliqué.

Les enfants récupérés dans les rangs de l'EIIL « font l'objet d'une attention toute particulière », a-t-il indiqué. « Ils sont transportés vers des camps spéciaux où ils sont interrogés par des spécialistes, après quoi une recherche de leurs parents et de leurs proches est lancée. »

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